Note : Les noms des personnages de ce forum sont fictifs. Toute coïncidence n’est attribuable qu’au hasard bien qu’il soit possible que les prénoms et les noms de famille reproduisent ceux d’étudiants réels. 

      L’éducation, incluant l’éducation collégiale en particulier, est-elle au service de certains pouvoirs politiques ? Y aurait-il une sorte de grand système qui nous asservirait à ses fins propres ? 

Cassandra Gagné : 

            Moi, je veux faire des études techniques et je ne vois pas pourquoi je dois passer par le cégep.  

Julie Comeau-Gagnon : 

Obliger les étudiants à suivre des cours de cégep comme le français et la philosophie est un abus de pouvoir du système contre les jeunes. 

Alexandre Morin : 

            Je vois également un abus de pouvoir de la part du système dans tous les cours obligatoires du cégep. Par exemple, on doit suivre des cours d’anglais et d’éducation physique, ce qui fait le jeu du système capitaliste. 

Kevin Saint-Amant : 

            Le système scolaire représente en fait ce qui fait l’intérêt des capitalistes. On y apprend à se tenir tranquille et à se conformer au pouvoir dominant. L’école est du côté des riches. 

(…) 

Alexandre M. : 

            Tiens, personne ne répond. Serait-ce parce qu’on a enfin compris qu’il faut abolir les cours obligatoires ?! 

(…) 

Nicolas Gingras-Richer : 

Vos questions sont mal posées. D’abord, il faut définir le « système ». Il s’agit du complexe militaro-industriel occidental, surtout américain. La personne (Cassandra) qui dit qu’elle veut faire des études techniques devrait se demander pourquoi elle tient tant que ça à faire une technique. Ce n’est pas en tant que salariée technicienne qu’elle pourra combattre le système, surtout si elle n’a pas le droit de grève. Ensuite, les « riches », c’est une expression vague. En Occident, nous sommes « riches », la plupart des cégépiens sont riches en comparaison avec les jeunes du tiers-monde. Quant à Alexandre et Kevin, leur critique de l’école capitaliste est simpliste. Dans plusieurs cours du cégep, dont les cours de philosophie, il y a des critiques du capitalisme. Je pense que la vraie critique à faire du système collégial est qu’on y enseigne la pensée grecque, par exemple, mais pas la pensée chinoise ou la pensée indienne. Les cours de philosophie et de littérature sont ethnocentriques. 

(…) 

Simon Hamel-Langevin : 

            Je suis d’accord en partie avec ce que tu as écrit, Nicolas, mais je pense que le principal problème avec les cours du collégial est qu’ils infantilisent les étudiants. J’ai lu un texte sur Internet du pédagogue Célestin Freinet qui affirme que les adultes empêchent les enfants de penser par eux-mêmes. Tout apprentissage valable, selon lui, doit être fait sans contrainte. 

Marie-Claude Tessier : 

            Je ne suis pas d’accord avec ce que tu as écrit, Simon. On peut lire dans Wikipedia (l’article « Philosophie de l’éducation ») que Célestin Freinet a été critiqué par Philippe Meirieu. Celui-ci fait remarquer que « l’enfant n’apprend rien sans le secours de l’adulte » et que c’est ce qui légitime l’autorité de l’adulte sur lui. 

Alexandre M. : 

            Mais les cégépiens ne sont pas des enfants ! Sauf peut-être quelques-uns. Je trouve qu’au cégep, on doit faire beaucoup trop de travaux. On devrait pouvoir réussir sans avoir à en faire autant. 

Simon H.-L. : 

            Le vrai problème, à mon avis, n’est pas là. C’est que tout le système éducatif est encore bien trop centré sur la compétition. Chaque étudiant n’est content que s’il fait mieux qu’un autre. J’en connais qui tiennent à tout prix à avoir au moins 90%. On veut toujours en savoir plus que les autres. C’est à l’image de la compétition dans le marché global. On veut à tout prix être plus performant que les concurrents. 

Marie-Claude T. : 

            À mon avis, la compétition n’est pas en soi un problème. Il faut que chacun puisse s’épanouir sans entrave et c’est ce qui fait que certains, plus travaillants ou mieux organisés, performent mieux que d’autres. Je crois que beaucoup d’étudiants sont motivés et qu’ils veulent apprendre. Quant aux autres, ce que le système doit faire pour eux, c’est d’abord de les amener à vouloir réussir, à vouloir se dépasser eux-mêmes. 

Fin de la discussion.