Certains concepts utilisés dans le Manifeste progressiste sont nouveaux; ils représentent souvent un moyen de clarifier les questions et les enjeux, et parfois de résoudre certaines difficultés éthiques ou épistémologiques.   

   Autonomie

               L’autonomie des individus ou des groupes représente ici la capacité effective d’avancer vers de nouvelles moeurs et vers une nouvelle conception de la morale et de l’éthique. Le concept devient radical lorsqu’on le définit comme la possibilité effective pour un groupe de se régir d’après ses propres lois. Voir le respect des personnes et des groupes dans leur autonomie.

   Culture morale (ou groupe humain)

               Toute nation, peuple, peuplade etc. constituent une culture morale, c’est-à-dire un groupe d’appartenance tel que ses membres veulent appartenir à ce groupe. En ce sens, la culture morale est essentiellement définie au moyen de la différence numérique. Voir le respect des personnes et des groupes dans leur autonomie. Pour la comparaison de la culture morale avec l’ethnie, voir le cas du Nigéria.         

   Différence

               La différence des groupes — c’est-à-dire des nations, des peuples, etc. — est généralement définie comme une différence qualitative alors qu’il faudrait bien plutôt la voir comme une différence numérique. C’est à cette condition que la définition de la nation en général est suffisamment inclusive pour n’exclure aucun groupe et que les conditions conceptuelles du respect des groupes peuvent être réunies. Voir la différence numérique des groupes et le respect de la différence.

   Éthocentrisme

               Terme applicable à tout groupe centré sur lui-même en ce qui touche son sens moral, c’est-à-dire, plus précisément, en ce qui touche sa façon de juger en bien ou mal ses propres attitudes en comparaison avec celles d’autres groupes, il se distingue de l’ethnocentrisme par sa généralité et par ses connotations morales plutôt que culturelles. Voir éthocentrisme.

   Groupe humain

                  Voir culture morale.               

   Liberté

                   Confrontée aux données de la science actuelle, la notion de liberté semble d’abord n’avoir aucun fondement (voir l’impression de liberté). Elle peut néanmoins être considérée à la fois comme éminemment compatible avec l’existence même de la science et basique d’un point de vue éthique (voir la liberté reconsidérée).

   Pauvreté   

                    Même si la notion de pauvreté est bien moins claire qu’on le laisse entendre souvent, elle demeure à la base d’une critique sociale essentielle. Elle se trouve étroitement liée aux attitudes d’exclusion en général. C’est pourquoi il est possible d’établir un lien fondamental entre la pauvreté et la situation d’irrespect qui prévaut. Voir Pauvreté et respect.

   Respect

      Respect de la différence:

                     Les progrès du féminisme ont mis en évidence l’existence de difficultés conceptuelles d’aspect incontournable dès que la question se pose de savoir quelle sorte d’égalité et quelle sorte de différence les femmes doivent revendiquer. En effet, elles ne peuvent se contenter d’une égalité abstraite; elles veulent l’égalité de droit et de fait. Cependant la question demeure: quelle différence veulent-elles faire reconnaître? Cette difficulté, qui a été mise en évidence dans le cas des revendications féministes, peut également apparaître dans le cas de toute personne qui voudrait faire reconnaître ce qui serait sa différence, ce qui rejoint ce qui est décrit ici comme le droit général à la dissidence. Voir le respect de la différence et un courant progressiste exemplaire: le féminisme.

      Respect des groupes:

                     L’idée éthique et politique du respect des groupes en général est nouvelle. Elle consiste en la reconnaissance des cultures morales en général, qu’il s’agisse de nations, peuples, peuplades ou encore, par exemple, de groupes religieux ou idéologiques. Une telle reconnaissance implique. du point de vue éthique, l’importance de l’attitude d’aide envers les groupes plutôt que l’attitude traditionnelle (et encore habituelle) de méfiance et de confrontation. Voir le respect des personnes et des groupes dans leur autonomie.

   Responsabilité 

                 D’un point de vue strictement éthique et en conformité avec l’idée de respect de l’humain par l’humain, il est peu pertinent de désigner ou de chercher des coupables, qu’il s’agisse d’individus, de groupes ou de l’humanité prise globalement. L’actuelle situation de manque de respect aurait pour effet de jeter le doute sur la sincérité de telles accusations. Un tel jugement serait sans doute bien plus motivé par le mépris envers ceux qui seraient blâmés que par l’établissement clair d’une responsabilité précise de l’une ou l’autre des nations [1].

_______________________

1 En ce qui concerne les objections en provenance du kantisme ou d’autres philosophies éthiques de l’autonomie, le lecteur trouvera des réponses dans La diabolisation. Une pédagogie de l’éthique, § 7, 51, 72 et 74 à 87.