Idéalement, il serait préférable, à mon avis, d’accorder des « accommodements rationnels », c’est-à-dire des accommodements après discussion sur le bien-fondé de la demande d’accommodement, lequel devrait faire l’affaire de tous. Si la discussion n’arrive pas à quelque chose de durablement rationnel, alors il faudrait envisager de n’accorder qu’un accommodement ponctuel et, encore, seulement si cela n’indispose pas trop les autres. Il faudrait donc un accommodement rationnel, donc pour tous.

Ce qu’on appelle accommodements raisonnables ne concerne pas le droit à la dissidence. Il consisterait plutôt en l’idée qu’afin de respecter les immigrants en provenance d’une autre culture, il convienne de faciliter leur intégration en les accommodant de façon raisonnable, c’est-à-dire de façon cohérente avec le droit des autres au respect et avec les possibilités matérielles disponibles. L’idée d’accommodement raisonnable va dans le sens d’aider l’autre à s’intégrer de façon harmonieuse aux façons de faire du groupe dominant. Cette idée va donc nettement plus loin que la simple tolérance et pointe en direction du respect de l’autre dans son autonomie. Cependant elle reste encore loin du respect bien compris, qui suppose la reconnaissance de la différence numérique de son groupe par rapport au groupe dominant 1. L’aide qu’on apporte à la personne n’a en effet nullement pour but de l’aider à développer sa propre culture morale, mais seulement de l’inciter plus subtilement à s’intégrer au groupe qui domine le territoire. D’ailleurs seule l’expérience future à suffisamment long terme permettra de savoir si les accommodements raisonnables constituent une bonne méthode d’intégration harmonieuse des immigrants.

1 La différence numérique est définie et expliquée à la page intitulée La différence numérique des groupes. 1