L’histoire a démontré à de multiples occasions les difficultés que les mouvements extrémistes ont eues à transformer la réalité humaine d’une façon plus que momentanée et très locale. C’est le cas, entre autres, de regroupements marxistes ou anarchistes. Dans la modernité, les changements trop brusques de la société n’ont généralement pas su provoquer la révolution profonde qui était espérée. Cette incapacité relative tient aux caractères à la fois révolutionnaire et emporté de cette tendance et, par là même, à son caractère intransigeant qui tend à rejeter tout changement dû à l’intervention de l’État. Elle entretient un rapport paradoxal avec la gauche modérée. On y refuse systématiquement toute récupération. En outre, elle a fait son possible pour nuire aux grands partis de gauche aussitôt que ceux-ci ont semblé en mesure d’obtenir certaines réformes 1. Il est vrai que certains changements profonds d’une structure instable peuvent être provoqués de façon relativement rapide. Cependant, dans le cours de l’histoire, la rapidité jugée nécessaire par l’extrême gauche est celle de la frénésie colérique plutôt que d’un empressement laborieux.

En revanche, ce type d’emportement est compréhensible et on peut avancer à la décharge des mouvements d’extrême gauche (et aussi de ceux d’extrême droite), qu’ils sont les seuls à donner une voix à nombre d’individus qui n’obtiendraient souvent aucune espèce de représentation officielle. Ces personnes sont également à respecter, au moins en tant que dissidents. Il demeure que la critique extrémiste est déformante et ne propose guère de solution concrète de rechange, si bien que tout se passe comme si elle n’avait d’autre fin qu’elle-même.

 1 C’est ce que semble avoir démontré l’échec en France du projet de Constitution européenne, en 2005. 1