Pour un « supercommunisme » 

Ce qui suit est une vue schématique de ce qui a commencé à être développé sous le nom de démocratie globale 1.  

Moyennant une interprétation appropriée, l’humanité dans son histoire, telle qu’on peut la voir dans la dialectique de Hegel ou celle de Marx, apparaît comme une grande organisation, ou peut-être un grand organisme, qui s’est développée à partir de formes relativement très simples, cellules familiales ou tribales, en passant par une série de développements impliquant des restructurations planétaires jusqu’à l’humanité mondialisée d’aujourd’hui. La perspective marxiste comporte une caractéristique fort importante que celle de Hegel semble avoir ignorée : cette grande organisation posséderait un avenir, c’est-à-dire un avenir véritable et même révolutionnaire, qui comporterait la profonde transformation du monde tel que nous le connaissons. Selon Marx cette transformation se ramène à celle d’un ensemble de rapports sociaux, constitués de relations interindividuelles ou entre des classes, ou plus généralement entre des sous-groupes sociaux. En particulier, selon le marxisme, deux classes sociales sont en lutte; c’est une contradiction qui devra être surmontée par la société communiste à venir. Cependant la dialectique repensée n’implique pas qu’il n’y ait plus d’autre contradiction au-delà d’une telle perspective d’avenir. 

Au moyen d’une sorte d’expérience de pensée, transposons la perspective marxiste de façon à tenir compte explicitement des relations entre les sociétés mêmes qui coexistent à un certain moment de l’histoire. Dans la modernité, ces sociétés sont descriptibles comme des nations, des États-nations, des cultures, des peuples ou des peuplades, etc. Les différents groupes ont été et sont encore victimes d’injustices multiples; ils sont en quelque sorte aliénés. Certains de ces groupes sont riches et d’autres sont démunis et exploités par les plus riches. Tous ignorent ce que l’avenir leur réserve et plusieurs sont profondément égarés dans d’illusoires croyances ou des idéologies. De plus, ils sont tous défavorisés par la politique telle qu’elle est mise en pratique actuellement parce que cette pratique ignore complètement un grand nombre de groupes.  

Envisageons donc, à partir du marxisme et de son projet, un communisme radicalisé, appelé ici supercommunisme, selon lequel, autant que possible, seront satisfaits les besoins essentiels de chacun des groupes d’appartenance, que ce soit sur les plans matériels ou intellectuels, techniques ou éducatifs, etc. Actuellement, il existe des classes de groupes humains, ou classes supersociales. Deux de ces classes sont assez clairement identifiables. Il y a les groupes assez bien reconnus, sortes de groupes nobles, qui sont les États-nations. Ils se reconnaissent tous mutuellement comme membres de l’Assemblée dite des Nations unies, lesquelles en fait ne comptent que les nations assez chanceuses ou fortunées pour avoir droit à une telle reconnaissance. Et il y a la classe des autres groupes, infortunés ou mal récompensés par leur histoire qui n’y ont pas droit. C’est le cas par exemple des Palestiniens, des Tibétains, des Kurdes ou encore des Québécois. Et encore ces groupes sont relativement connus. D’autres, beaucoup d’autres, le sont moins ou même pas du tout. Les grands médias n’en parlent pas 2. Ces groupes, qui sont au moins des centaines, sont ignorés. Tout se passe comme s’ils n’existaient pas.  

• Complément d’explication sur le supercommunisme 

2 Il serait même possible d’affirmer que les publications scientifiques dans leur ensemble n’en tiennent encore que très peu compte. Deux des rares auteurs qui en ont fait état dans des publications reconnues sont Ernst Gellner et Bertrand Badie. 2