« Les choses sont distinctes parce qu’elles sont plusieurs ; elles sont différentes parce qu’elles n’ont pas les mêmes qualités. […] »                                                                          Condillac

La différence numérique équivaut au sens du mot « distinct » selon Condillac, alors que la différence qualitative équivaut au sens de son mot « différent 1».

Lorsqu’on considère plusieurs groupes humains indépendants les uns des autres, ils se développent de façon indépendante, conformément à l’idée que chacun a sa propre évolution et sa propre façon d’évoluer, il est alors nécessaire d’utiliser le concept de différence numérique afin de les décrire logiquement de façon rigoureuse, chacun étant distinct de l’autre. Le groupe autonome se comprend de la même façon que le groupe indépendant. Si, comme le stipule la définition donnée par les historiens grecs, il peut « se régir d’après ses propres lois », alors il peut entreprendre librement de se donner toutes les différences qualitatives, ou intrinsèques, qu’il peut vouloir. Il est donc clair que, pour qu’un groupe soit autonome, ou indépendant, il faut qu’il diffère des autres groupes par une différence numérique. Aucune différence qualitative (langue, croyances et rites religieux, ethnie, etc.) n’est requise.

Pour le moment, cependant, il semble qu’aucune définition formelle de la culture, de la nation ou du peuple qui utilise la différence numérique n’ait été énoncée dans les sciences sociales. Il est clair que, dans ces conditions, on peut comprendre pourquoi aucun principe de respect des groupes n’a encore été formulé.

Remarque sur la notion d’ethnie.

1 On notera que les dictionnaires de la langue française ne définissent pas, en général, les deux mots « distinct » et « différent » avec les mêmes précisions que Condillac. La différence numérique, ou numero differentia, a été utilisée notamment par les scolastiques; cf. André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, « Différence », p. 234. 1