Le respect du pauvre implique qu’on le reconnaisse comme étant une personne à part entière. Une telle reconnaissance suppose un certain développement, qu’il soit requis que l’humain sache exprimer sa présence pleine, afin de montrer qu’il existe. On peut alors en conclure que les pauvres ont d’abord besoin d’être reconnus comme des humains au plein sens du terme puis, en second lieu, qu’ils ont besoin en plus d’avoir les moyens de se développer en humains. Bref, ils ont besoin d’être respectés dans leur identité propre et, pour cela, ils ont besoin de support. 

Jean-Jacques Gouguet décrit ainsi la situation du pauvre : « On dit des pauvres, d’après la [nouvelle] logique économicienne qu’ils ne sont pas rationnels et qu’ils ne veulent pas travailler. D’un point de vue subjectif de monographies [sur le pauvre] il est frappant de constater [qu’il] se dégage un très fort besoin de reconnaissance. […] La pauvreté ne consiste ni en une faible quantité de biens, ni simplement en un rapport entre des fins et des moyens : elle est avant tout un rapport entre les hommes[1] »  

Les pays pauvres 

Du point de vue socio-économique, un pays parvient à sortir de la pauvreté lorsque ses taux de natalité baissent suffisamment et lorsque ses institutions sont devenues suffisamment fortes, c’est-à-dire respectées comme telles par le peuple[2]. Ainsi la pauvreté des pays qui ne parviennent pas à « décoller » s’expliquerait par les forts taux de natalité et par le manque d’institutions reconnues par la masse, ce qui serait rattachable au moins en partie au manque d’un système d’éducation, donc d’écoles et d’universités, ayant fait ses preuves.

Même si les taux de fécondité ont baissé dans la plupart des pays du Sud, les pays d’Afrique subsaharienne ont encore des taux de fécondité élevés[3]. De plus, il manque dans cette partie d’Afrique, des « institutions productrices d’égalité[4] ». Certains pays d’Amérique latine sont dans une situation semblable en ce qui touche la pauvreté, les taux de natalité et la force des institutions. 

Le cas du Nigéria semble montrer que la situation d’irrespect dans laquelle se trouvent ses sous-groupes (ou « minorités ethniques ») jouerait un rôle essentiel dans ce qui cause l’état endémique de pauvreté du pays.

Le cas du Nigéria : nouvel éclairage sur les causes de la pauvreté


[1] Jean-Jacques Gouguet, Encyclopaedia Universalis, « Pour une approche culturelle de l’exclusion » (11 décembre 2009). Gouguet cite ici Marshall Sahlins, Âge de pierre, âge d’abondance (Gallimard, 1976) (J’ai souligné un passage particulièrement significatif). Précisions en ce qui concerne la base documentaire du Manifeste.

[2] Ce serait le cas notamment du Japon, de la Corée du Sud, de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie, du Brésil et du Mexique qui, tous, ont été comptés parmi les pays pauvres. La thèse du caractère déterminant des institutions est aujourd’hui bien soutenue par les spécialistes en sciences économiques ; voir en particulier les travaux de Douglas North et notamment son ouvrage Institutions, Institutional Change and Economic Performance (Cambridge University Press, Cambridge, 1990).

[3] Voir par exemple l’article de Denis Cogneau et Sylvie Lambert, « Développement économique, Encyclopaedia Universalis (en ligne, le 9 septembre 2009).

[4] Les auteurs précisent ici : « soit directement, par le biais de procédures de redistribution du revenu, soit indirectement par la scolarisation par exemple », Ibid