C’est ce qu’on peut appeler une convergence démocratique du progressisme et du conservatisme au-delà de ce qui est envisagé dans le court terme, soit quelques années. Il y a une distinction à faire entre le conservatisme strict, selon lequel importe le statu quo, voire le statu quo ante, et le conservatisme modéré, selon lequel le changement est acceptable, mais ne doit pas être imposé trop rapidement. 

Par exemple, en réaction à la Révolution française, le théologien anglican Richard Hooker semble avoir fait la promotion d’un développement équilibré de la société vers l’harmonie sociale et le bien commun. Autre exemple, Edmund Burke favorisait, semble-t-il, le développement historique, et donc plutôt lent, de l’État et des institutions telles que celles de la famille ou de l’Église. Ce type de conservatisme serait compatible avec le progressisme à long terme dans la mesure seulement où il admettrait l’idée qu’à long terme, les institutions, même la famille ou l’Église, sont susceptibles de se transformer de façon radicale ou profonde. Burke s’opposait à ce qu’il appelait la « raison » dans le sens qu’il fallait, selon lui, préférer l’expression millénaire des institutions à la raison individuelle. Si celle-ci équivaut à la simple opinion, il n’y a pas de contradiction réelle. Cependant s’il s’oppose à la raison historique telle qu’elle s’incarne dans la pensée critique, sa position est nettement critiquable en tant que relevant du fétichisme de la pensée. Ainsi, par exemple, Louis de Bonald et Joseph de Maistre semblent bien avoir fétichisé les valeurs liées à la monarchie de leur époque [1].           


[1] Certains étudiants ont attiré mon attention vers ces auteurs alors qu’ils devaient faire un travail sur l’opposition de la droite et de la gauche. J’ai pu vérifier ces informations dans différentes sources telles qu’Encyclopaedia Universalis et d’autres ouvrages de référence (Cf. Base documentaire du Manifeste).