Le principe du progressisme mondial est l’importance fondamentale du futur à long terme.

Le futur est doublement important pour nous, les humains actuels. D’abord, il nous importe simplement parce que c’est le nôtre. Nous avons une histoire, au passé, mais nous aurons aussi – moyennant l’hypothèse raisonnable d’une durée de vie de l’humanité d’encore au moins quelques siècles – une histoire à venir, qui sera sans doute riche d’événements de toutes sortes et que nous ne pouvons actuellement guère nous figurer que de façon fantaisiste. Nul doute que beaucoup de ces événements toucheront de façon plus ou moins dramatique l’économie globale, de même que la politique et le développement mondial. Ce futur comportera un certain mûrissement de notre compréhension de l’histoire et de son sens, si elle en a un, ce qui est l’objet du pari déjà proposé 1.

Or, précisément, d’après la formulation de ce pari, l’époque actuelle en est une encore d’ignorance sur les possibilités à long terme de notre histoire, et même une époque encore relativement naïve et fruste. L’idée d’un progrès à long terme se comprend par opposition aux conceptions du progrès en somme très naïves, voire rudimentaires, qui ont été avancées jusqu’à présent. Les conceptions existantes du progrès se sont avérées tributaires de leur époque et de leur lieu de provenance (la « civilisation ») et, toutes plus ou moins ethnocentriques et toutes de ce fait plus ou moins irréalistes. Or, l’idée du progressisme à long terme est aussi celle du progressisme mondial, un concept, sans précédent. Le progressisme mondial est défini comme celui qui milite en faveur de chacun des groupes humains, sans exception. Il se comprend par opposition au pseudo-progressisme.

Le pseudo-progressisme

Nous définirons les conceptions connues du progressisme comme relevant du pseudo-progressisme, le progrès illusoire et même trompeur, et cela à un double titre. D’abord, il semble être surtout celui d’un certain type de culture (européenne ou occidentale). De plus, il prétend faire la révolution, de gré ou de force, dans des délais posés arbitrairement courts, trop courts pour être réalisable dans le respect mutuel des personnes et des groupes. Les révolutions les plus lourdes de conséquences se sont faites sur plusieurs siècles. Le progressiste actuel a encore l’attitude de celui qui fait la leçon aux autres, quitte à les blâmer s’ils retardent trop. D’après l’idée du progressisme à long terme, l’attitude sera plutôt celle de celui qui propose et qui, au lieu de blâmer, tente indéfectiblement d’aider l’autre, de le supporter, étant entendu que le progrès véritable nécessite en général le long terme.

Exemples de progrès ayant nécessité le long terme :

• La démocratie moderne telle qu’on la connaît de nos jours a, pendant plus d’un siècle, constamment progressé en ce qui concerne la définition même du « suffrage universel ».

• Le féminisme est la seule forme de progressisme à avoir vraiment fait la promotion de l’égalité des femmes.

• Les droits des homosexuels ont été presque complètement ignorés par les progressistes les plus militants jusqu’à une époque très récente.

Il en découle la conception d’un progrès dont le développement est étalé dans le temps, jalonné de profondes transformations des mœurs et des concepts philosophiques et scientifiques en général. Il nous faudra envisager des processus démocratiques à long terme, faisant le plus possible consensus socialement, un consensus sur des objectifs valables, avec en à-côtés imprévus des refontes plus ou moins profondes de l’idée même de démocratie. Ainsi, le progressisme à long terme ne s’oppose pas exactement à la droite progressiste, soit à l’attitude dite conservatrice mais qui s’accommode d’un progrès réel pourvu qu’il soit établi dans des délais plus longs que ce que désirent ceux qui s’appellent actuellement gauchistes.

• Convergence du progressisme et du conservatisme

1 Il s’agit du pari qui est inhérent à l’idée même du progressisme à long terme. 1