La démocratie mondiale est une démocratie de groupes ; c’est une démocratie où tous les groupes doivent être respectés en tant que tels, c’est-à-dire reconnus comme de véritables cultures morales et considérés comme étant égaux du point de vue du droit de légiférer et d’obtenir de l’aide extérieure en fonction de leurs besoins. On comprendra donc la démocratie mondiale par opposition à la démocratie au sens courant, qui est une démocratie locale, c’est-à-dire une démocratie d’individus seulement, circonscrite par les frontières d’un Etat-nation 1.  

Certains groupes ont des privilèges. Ainsi, aux soi-disant « Nations unies », un grand nombre de nations ne sont pas représentées. Par exemple, les Tibétains, les Écossais, les Tchétchènes, les Québécois n’en sont pas membres. Seul un certain nombre de nations privilégiées, soit celles qu’on appelle États-nations, qui sont les nations dites souveraines qui se reconnaissent entre elles. En outre, quelques-uns parmi ces privilégiés ont un privilège supplémentaire, le droit de veto sur toute résolution ou décision de l’Assemblée générale. Ce sont les principales nations qui ont remporté la victoire lors de la Deuxième guerre mondiale 2. L’ensemble des groupes est beaucoup plus vaste qu’il paraît. La démarcation entre Etats-nations et groupes non reconnus comme tels est donc analogue à l’ancienne distinction médiévale entre nobles et roturiers.

Ce n’est qu’à l’époque moderne que la démarcation noble/roturier a été remise en question et rejetée. Toute personne est maintenant noble au sens originaire (du latin nobilis, connu, reconnu), sans cependant hériter des privilèges des nobles médiévaux. Cependant, dans le cas collectif, la situation n’est pas la même. Il existe une situation analogue à celle qui existait au Moyen Âge, mais en ce qui touche les groupes au lieu des individus. On peut de façon réaliste considérer ce type de transformation des mœurs à la condition d’en prévoir l’aboutissement seulement à long terme 3.

1 Ce texte est un extrait du Phénomène de la mondialisation. Vers le droit à la dissidence et la démocratie globale, chap. 12 « Vers une démocratie globale ». 1

2 Ce sont les États-Unis, la Russie (ex-Union soviétique), le Royaume-Uni, la France et la Chine. 2

3 À propos du réalisme politique à long terme, voir le Phénomène de la mondialisation, p. 146-147. 3