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La femme est dégradée dans les textes des religions monothéistes. Cependant c’est le cas également dans le cas du bouddhisme, et de plusieurs traditions hindoues, etc. Sur les plans anthropologique et sociologique, rien n’indique que d’autres religions ou sectes aient fait beaucoup mieux pour les femmes en général. Si, dans certaines sociétés, elles ont eu l’égalité, ces sociétés auront été détruites ou muselées. Cependant il y a une évolution et l’avenir des femmes s’annonce bien meilleur que par le passé. D’abord, il y a Internet, ce qui est plus difficile à museler ou à détruire. Ensuite, les faits sociologiques du féminisme parlent d’eux-mêmes. J’explique ensuite, ici, certains passages de la Lettre aux féministes tout en insistant sur l’importance de mettre fin à toute violence, y compris la violence morale (réprouver, punir, torturer, supplicier, etc.) faite aux femmes ou aux autres.

Renoncer finalement à toute forme de violence justicière, y compris la violence verbale : c’est là l’un des points les plus importants et les plus difficiles à accepter par les personnes qui veulent s’impliquer dans le Projet Respect : il ne faut pas accuser ni désigner des coupables, c’est le point sur lequel je devrai insister davantage afin que l’on comprenne bien l’esprit de ce projet. Je précise ici que les mots forts sont utiles pour attirer l’attention sur les problèmes de violence, mais seulement en tant que première étape, celle de la sensibilisation. Il faudra y renoncer par la suite.

C’est peut-être surprenant, mais l’une des racines les plus insidieuses du mépris des femmes se trouve dans le cadre familial et de l’éducation qu’elle dispense. Et même, selon Maryse Jaspard, « la vie en couple apparaît comme le contexte le plus dangereux pour les femmes » « les violences, quelle qu’en soit la nature, sont maximales dans le huis clos familial ». Cela est vrai partout, et aussi au Québec, même si c’est un peu moins évident qu’ailleurs. Quelques événements récents le prouvent de terrible façon. Par exemple, l’affaire Shafia dans laquelle quatre femmes ont été assassinées. Cependant trois membres de la famille étaient responsables, y compris Tooba, la mère de trois des victimes.

Quant aux gestes concrets à poser dès maintenant, voici un point crucial sur lequel il faut insister. Maryse Jaspard fait une distinction cruciale entre le « conflit » et la « violence » à l’intérieur des couples. Elle définit le conflit comme « un mode relationnel impliquant la réciprocité entre les protagonistes et susceptible d’entraîner du changement[31] ». Quant à la violence, elle peut prendre des formes identiques à celles du conflit – agressions verbales et physiques −, elle favorise presque toujours l’homme. Le conflit peut être envisagé comme une des modalités fonctionnelles des relations interpersonnelles durables, la violence est un dysfonctionnement conjugal[32] ». Cette description de la situation familiale ne vise pas de « coupable ». Maryse Jaspard ne croit pas en la violence, même pour punir les hommes batteurs de femmes. Si, en effet, on veut favoriser à la fois les familles et le respect dans chacune, il faudra éviter de s’en prendre de façon punitive contre le père ou les fils turbulents. Cela braquerait des femmes contre d’autres femmes. Par exemple, le « terrorisme sexuel » serait interprété et traité comme s’il s’agissait d’une coutume intolérable qu’il faut maintenant s’employer à faire disparaître, mais sans chercher de « vrais coupables », ce qui inciterait ces sociétés, les femmes aussi bien que les hommes, à se croire victimes d’un grand complot. Au besoin, il faudra bien sûr accepter de se donner du temps pour en arriver activement à la faire disparaître[33]. L’un des points forts et les plus originaux du Projet Respect est le refus de toute conduite punitive. Pas de violence (sauf en cas d’absolue nécessité), elle est contre-productive, les sociétés les plus brutales ayant immanquablement l’avantage à la longue.

Cela prendra du temps, au moins plusieurs générations, mais il vaut la peine d’agir dès maintenant, même sur une petite échelle.  Comme moyens d’actions j’ai lancé plusieurs « GPA » (Global pedagogic action ; en français, PAM, pédagogie agissant sur le monde) sur Internet. J’essaie pour ma part d’attirer l’attention et de susciter des discussions sur Facebook et sur d’autres réseaux sociaux.