Le tableau qui suit a pour but de faire voir comment le projet IEML, lancé en 2006 par Pierre Lévy1, se situe dans l’ensemble de la recherche fondamentale actuelle, comment ce projet génère des paradoxes et remet en question toute notre compréhension de la science actuelle.

Champ disciplinaire Structure complète Projet de recherche
Physique Atome Physique des particules
Biologie Cellule Projet du génome humain
Anthropologie Etre humain Projet du cerveau humain
  « Science globale » « Humanité globale » Projet  de l’intelligence collective, algorithmique et réflexive IEML…

Tableau :   Les quatre grands projets de recherche et leurs soubassements épistémiques

Considérons d’abord la troisième colonne en particulier. Elle représente pour des raisons précises quatre projets fondamentaux de la science actuelle :

1)       le projet de la physique des particules : recherche théoriques sur les constituants matériels et leurs interactions…

2)      le projet du génome humain : séquençage complet de l’ADN du génome humain…

3)      le projet du cerveau humain : simulation du fonctionnement du cerveau humain par des superordinateurs…

4)      le projet d’intelligence collective,  algorithmique et réflexive : l’initiative IEML…

Commentaires :

A)     Ces quatre grands projets de recherche sont étroitement liés les uns aux autres par leur concomitance historique relative et leur caractère fondamental pour la science actuelle dans son ensemble. Or, de façon hautement paradoxale, ces quatre grands projets se développent de façon indépendante les uns des autres, dans la plus grande ignorance mutuelle.

B)     Leurs accomplissements respectifs dépendront les uns des autres sur le plan historique général des sciences et de la rationalité dans la mesure où ils sont historiquement et épistémiquement regroupables.

C)      Le projet d’intelligence algorithmique IEML est en principe le plus important des quatre dans la mesure où il permettra de mieux  comprendre ce que signifie la séquence idéométrique elle-même de ces grands projets.

Autres remarques :

On peut remarquer que chacune des trois colonnes du tableau représente une séquence idéométrique2. La première représente le domaine général de recherche du grand projet correspondant. La deuxième constitue la séquence idéométrique des structures complètes, c’est-à-dire l’élément de base du domaine de réalité visé par le grand projet correspondant.

L’IEML se conçoit logiquement comme une nouvelle sorte de langage allant de pair avec l’idée d’un accomplissement de l’intelligence collective globale de l’humanité.

L’idéométrie, en mettant ces faits en lumière, contribue déjà à leur intelligibilité en termes de questionnement et de développement global et fondamental. Elle le fait sur de nouvelles bases à la fois méthodologiques, épistémiques et ontologiques. Cf. Manifeste pour une science sans séparation disciplinaire.

L’étude du développement de l’enfant en tant qu’organisme embryonnaire très complexe équivaut à l’étude d’une simulation du développement global de l’humanité. Les séquences idéométriques représentent dans cette étude certaines expressions d’un langage d’ordre supérieur appelé « langage des Dieux3 ». Les résultats de mon travail sur le modèle de l’Enfant depuis 1996 apparaissent ainsi comme autant de « confirmations expérimentales » de la pertinence ou de la validité du projet IEML, même s’ils ont été obtenus approximativement en même temps que le projet IEML et de façon indépendante. Ce type de concomitance semble être une caractéristique des processus d’intelligence collective d’autant plus évidents qu’ils sont marquants dans l’histoire, à l’instar de plusieurs coïncidences historiques : celles de l’invention du calcul différentiel (Newton et Leibniz), de la théorie de l’évolution (Darwin et Wallace) et de la théorie de la relativité restreinte (Poincaré et Einstein)… Cela suggère que l’intelligence collective globale plutôt qu’individuelle en est l’origine principale.

En découle une association possible des deux approches, l’idéométrie et l’intelligence collective (au sens que Pierre Lévy lui donne dans son anthropologie du cyberespace).  Les champs communs de recherche sont entre autres :

i)                     la question de l’isolement ou de l’insularisation des fondements disciplinaires et le manque d’interopérabilité sémantique (cf. Manifeste pour une science sans séparation disciplinaire) ;

ii)                  le problème de l’exclusion sociale et intellectuelle des individus et des groupes dû au manque de coordination globale du savoir (cf. Manifeste pour un progressisme mondial et à long terme) ;

iii)                la question du développement du potentiel humain réel de recherche centré sur la recherche physique plutôt que sur les mondes virtuels ou, en d’autres termes, sur la conception du monde comme étant physique plutôt qu’anthropologique (Cf. Manifeste pour une science sans séparation disciplinaire et L’interprétation non pythagoricienne des lois physiques)

 

1L’IEML (Information Economy Meta Language ; métalangage de l’économie de l’information) est un langage informatique. Le Projet IEML, qui a été lancé en 2006 par Pierre Lévy, vise à faire naître un espace sémantique commun sur le Web. Retour 1

2L’idéométrie est l’étude des idées prises en elles-mêmes, indépendamment de ce qu’elles ont pour fonction de désigner dans la réalité, puis de leurs développements éventuels dans et par la recherche. Cf. dans l’Agorathèque http://agoratheque.yprovencal.profweb.ca/?page_id=3394 Retour 2

3 « The Mind of Society : Investigating and Using the “ Language of the Gods ” », World Futures, 1998, Vol. 52, pp. 281-312.Retour 3