Le sexisme, sous la forme du mépris des femmes, imprègne encore toutes les cultures

[English]

D’abord,  le mépris, tel qu’éprouvé par un grand nombre de femmes, comporte deux aspects essentiels : 

i) le mépris de sa personne en tant qu’égale à celle de tout autre humain en général ; 

ii) le mépris de sa différence en tant que femme.

On a souvent interprété ces deux formes d’irrespect sous la forme de l’incitation aux mauvais traitements ou de l’occultation des femmes dans la société ou dans l’histoire. Or ces types de mépris sévissent encore dans presque toutes les cultures. Ils apparaissent dans toutes les grandes religions, dans toutes les langues et dans les moeurs[1]. A contrario, un féminisme universel en serait un qui viserait le plein respect de toutes les femmes partout dans le monde. Une telle conception de l’universel irait de pair avec la reconnaissance des femmes en tant qu’égales, mais elle irait plus loin encore. Précisément cette conception de l’universel signifierait deux choses :

i)   la reconnaissance universelle de toutes les femmes comme des êtres humains au plein sens du terme et

ii)   la reconnaissance universelle pour toutes les femmes de leur différence en tant que voulue ou choisie : femme par rapport à homme, lesbienne par rapport à hétérosexuelle, femme musulmane par rapport à femme occidentale, etc.

Cela s’interprète comme une revendication de statut égal de toute personne, homme ou femme, et de respect de la différence choisie librement par la femme quelle que soit cette différence.

Le respect de la différence est difficile à saisir – les femmes étant à la fois égales et différentes. Cependant il peut être interprété assez clairement en termes d’autonomie : on veut être reconnu dans son autonomie, ce qui implique notamment qu’on n’est pas tenu de rester membre d’une culture ou d’une communauté patriarcale ni, par extension, de rester membre de quelque culture ou communauté que ce soit, serait-elle féministe (comme dans le cas de la lesbienne). En somme, le point ii ci-dessus équivaut à la reconnaissance du droit à la dissidence face au groupe qui n’est plus le sien. Ainsi, la féministe peut être, de façon profonde, une dissidente de la société dite « patriarcale » dont elle ne veut plus être membre. Une féministe peut aussi ne pas être dissidente mais seulement diverger d’opinion puisqu’il lui revient de décider quel groupe est le sien. La lesbienne revendique pour sa part le droit de se séparer identitairement des féministes hétérosexuelles. La musulmane ne veut pas être comptée parmi les féministes occidentales et cela est aussi vrai pour les croyantes d’autres religions où l’on tient à sa différence.

Pour celles et ceux qui veulent approfondir la question, voir dans l’Agorathèque, à Le respect de la différence, à « Difficultés conceptuelles » et Lettre ouverte aux féministes.

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[1] Voir Ariane Buisset dans son ouvrage Les religions face aux femmes, Paris, ÉditionsAccarias/L’Originel, 2008; Dalila Morsley (linguiste), « Revisiter la langue », Le siècle des féminismes,  Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2004; Dalila Morsley remarque que le Québec, « pionnier en la matière » a produit dès 1978 le premier guide de féminisation des professions (p. 321); Le livre noir de la condition des femmes, dir. par Christine Ockrent, Paris, XO Éditions, 2006.