Cette lettre a pour but de vous « inviter », vous les Extraterrestres (si vous existez, bien sûr !) à une rencontre avec l’humanité. Ce qui suit vous explique en quoi consiste cette invitation et quels en sont les buts.

Une sorte d’invitation

Allen Tough

Allen Tough
Professeur et chercheur en Éducation
Université de Toronto

L’idée d’une telle invitation a d’abord été conçue et mise en pratique par le chercheur reconnu Allen Tough, dont le projet est repris ici sous une nouvelle forme, avec une compréhension d’ensemble différente1. Ce chercheur est l’un de ces scientifiques rigoureux qui croient important de se questionner sur ce type de sujet. Il s’est voué à la recherche dans les deux domaines de l’éducation des adultes et de la futurologie (future studies) en tant que professeur émérite à l’Université de Toronto. Il a montré l’intérêt de la recherche sur les ETI (extraterrestres intelligents) en insistant sur l’importance de  chercher constamment de nouvelles stratégies afin d’entrer en contact avec eux. Selon lui, d’éventuels ETI nous sont profondément étrangers (« deeply alien »), et nous devons nous rappeler que nous n’avons aucune idée de leurs origines ni de leur éthique. Ainsi, à partir de 1996, Allen Tough a publicisé l’idée originale d’envoyer un message aux ETI par le Web. Son intention, qui était généreuse, consistait à leur lancer ainsi une « invitation » afin d’engager le dialogue avec eux au nom de l’humanité2. Cette stratégie se distinguait en ce qu’elle concernait les sciences sociales plutôt que les sciences physiques comme cela avait été surtout le cas jusqu’alors3. De plus, expliquait-il, il est possible que d’éventuels ETI capables d’entrer en contact avec nous, jugeant que l’humanité est ainsi prête à les accueillir, n’attendent que cette invitation pour se manifester. On peut en effet supposer qu’ils nous surveillent depuis un certains temps attendant que nous soyons en mesure de vivre une rencontre harmonieuse et fructueuse.

En outre, j’ajouterai que l’on ignore s’ils ont le sens de l’humour et s’ils sont en mesure de comprendre le nôtre et d’ironiser sur eux-mêmes. Je crois que nous pouvons le supposer.

Penseur et soucoupe

extraterrestre message drôle

Par le Web, pourquoi pas ?

L’idée d’Allen Tough d’utiliser le Web était également originale. La raison en était selon lui que, comme on peut supposer que les ETI ont une avance technologique de plusieurs milliers d’années sur la nôtre, ils sont sans doute tout à fait aptes à capter des signaux physiques en provenance du Web, à traduire notre langage et à naviguer sur Internet au moins aussi facilement que n’importe quel humain. Par exemple, s’ils utilisent les moteurs de recherche dans le Web, ils peuvent être en mesure de répondre à d’éventuelles invitations qui leur sont lancées par ce moyen. Allen Tough croit que, plus il y aura de types d’invitation, particulières, officieuses ou officielles — par exemple, par les Nations unies ou par un regroupement de personnalités4 —, plus les chances seront bonnes d’entrer ainsi en contact avec eux. Cependant aucune organisation officielle internationale ne s’est montrée intéressée jusqu’à présent à ce projet de rencontre5.

Pour arriver à établir un tel contact, selon Allen Tough, nous devrions être soigneusement préparés. D’ailleurs, c’est une condition nécessaire quelle que soit notre stratégie. Alors comment nous préparer de façon adéquate ? Peut-être faudrait-il mettre sur pied un comité d’accueil (« a suitable welcoming and negotiating committee ») formé pour réagir de façon souple et rapide à une prise de contact. Peut-être faudrait-il avoir prévu un ensemble de questions à leur poser. Tough suggère de constituer une organisation officielle mandatée par les Nations unies pour réaliser un accueil fait au nom de l’humanité.

Où donc est la source du problème ?

La tentative d’Allen Tough s’est avérée vaine, comme toutes celles qui ont été faites depuis près d’un demi-siècle. Il n’y a toujours pas de contact avec ces intelligences du dehors. Pour identifier la source du problème, je propose ici de reprendre l’initiative de l’invitation sur de nouvelles bases. Car, malgré ses efforts sincères, Allen Tough ne s’y est sans doute pas pris de la façon la plus crédible ni la plus correcte envers vous, qu’on appelle « Extraterrestres ». Ses stratégies ne tiennent pas suffisamment compte de vos différences les plus essentielles, notamment sur les plans intellectuel et éthique. C’est pourquoi j’utiliserai ici une autre stratégie qui, je crois, vous respectera davantage en tant qu’êtres intelligents et munis de sentiments. Une invitation qui vous respecte réellement dans votre différence, peut-être est-ce tout ce que vous attendez pour vous manifester ou pour nous apparaître d’une façon ou d’une autre ?

1.         Une autre stratégie pour entrer en contact avec vous : le modèle de l’Enfant

Un enfant de 18 mois

Un enfant de 18 mois:
il marche mais ne parle pas encore…

Tough a lui-même insisté sur l’importance de la conceptualisation audacieuse (« bold conceptualization ») et l’ouverture d’esprit scientifique (« scientific open-mindedness ») afin de trouver de nouvelles stratégies. En outre, il a décrit notre technologie comme très jeune (« very young »), ce qui suggère qu’il voit l’humanité globalement comme encore plutôt jeune. Cependant, alors qu’il a imaginé l’humanité actuelle comme « adolescente » (« adolescent »), il nous faut ici l’imaginer tel un très jeune enfant, considéré comme sur le point de passer au stade de la communication verbale.

On peut d’abord, en première analyse, voir le modèle de l’Enfant comme une variante de la stratégie d’Allen Tough concernant son idée de l’invitation. Selon ce modèle, les Extraterrestres seraient à comprendre, dans leur relation avec l’humanité, comme les analogues de « parents », dans leur relation avec leur « enfant », de façon telle que cette relation est envisagée du point de vue de l’« enfant ». Ce type de relation « parentale » suggère qu’il existe des Extraterrestres plus proches, donc plus susceptibles de communiquer avec l’humanité actuelle, selon des modalités qui devront être clarifiées ci-dessous. Ce modèle tient compte de considérations que, dans sa recherche, Tough semble avoir négligées ou à tout le moins sous-estimées, soit les transformations de notre science elle-même et, plus généralement, de toute notre rationalité, y compris notre façon de penser l’éthique.

Selon le modèle de l’Enfant, l’humanité actuelle en est encore aux tout débuts de son développement intellectuel et, à l’image d’un enfant d’environ 18 mois, qui serait apte à marcher, quoique de façon encore maladroite, et en même temps sur le point d’apprendre à parler le langage de ses parents, ce qui est évidemment nouveau pour lui et pour toute la façon dont il se comprend lui-même et dont il comprend le monde autour de lui6. Dans le cas de l’humanité, cela représente d’abord de façon imagée son développement technique moderne, vécu par l’humanité de façon incertaine, mal assurée, et, en même temps, cela équivaut au passage à un nouveau stade au cours duquel l’humanité apprend à se connaître davantage, elle avec ses capacités de se développer, notamment aux points de vue de la rationalité scientifique en même temps que sa rationalité éthique.

Les Extraterrestres concernés seraient alors les équivalents de parents — mère ou père — de l’humanité actuelle. Pour certaines raisons qui apparaîtront plus loin dans cette lettre, d’après ce modèle, l’humanité serait en quelque sorte, à l’image de l’enfant « prêt » à dire pour la première fois  « je » et « tu », ce qui signifie être « prête » à reconnaître les autres personnes dans leur différence. Elle serait donc sur le point d’« inviter » l’autre personne à une rencontre authentique, ce qui veut dire ici une rencontre véritable de l’autre en tant qu’autre, ce qui pourrait combler une lacune du projet d’Allen Tough.

 

2.         Vous comprendre comme vraiment extra-terrestres

« Quelque part, quelque chose d’incroyable attend d’être connu. »

                                                            Carl Sagan, astronome américain (1934-1996)

Carl Sagan (1934-1996)

Carl Sagan
L’un des fondateurs de l’exobiologie

Il nous faut vous comprendre comme vraiment extra-terrestres et non, par exemple, comme de petits hommes verts ! D’après le modèle de l’Enfant, non seulement vous êtes nos parents extraterrestres conformément à la définition courante du terme « extraterrestre », c’est-à-dire des êtres conscients et intelligents qui se situent littéralement « à l’extérieur de la Terre », mais en outre, en accord avec l’idée que les Extraterrestres sont vraiment extra-terrestres, c’est-à-dire hors de toute notre conception de ce qu’est notre monde. Ils nous sont en quelque sorte transcendants, telles des divinités démiurgiques7, mais sans pour autant nous être inaccessibles. Analogue à des parents procréateurs, cette divinité serait à la fois transcendante et, d’une certaine façon, accessible. Ainsi, comme dans le cas de ses parents du point de vue du très jeune enfant, leur type de langage nous est encore parfaitement inconnu. Lorsque les Extraterrestres parlent ce type de langage, qui est le leur, nous ne comprenons pas ce qu’ils disent, comme lorsque ses parents parlent, le très jeune enfant n’a pas l’entendement lui permettant de comprendre ce qu’ils disent ; il ne peut guère qu’éprouver ce qu’ils expriment de non verbal. Le langage des parents est articulé alors que celui du jeune enfant est simplement affectif. Ses parents lui parlent, il n’entend que des sons ou des bruits plus ou moins rassurants ; le monde environnant demeure pour lui parfaitement muet. Cela équivaut, pour l’humanité actuelle, au Grand silence des extraterrestres8. L’humanité est encore si jeune qu’elle prend pour silence ce qui est authentique parole de l’extérieur. Comme pour l’enfant, apprendre ce langage constituera un dépassement radical de son entendement. En transposant, parler de « Grand silence » dans le cas de ces « extra-êtres » est bien sûr une interprétation enfantine compréhensible, mais cruellement naïve. Il n’y a pas de grand silence ni de grande absence, mais au contraire des parents désireux de bien faire, face à l’enfant, tout en étant autres que lui, soit des  personnes distinctes et séparées de lui. Le préfixe « extra– » souligné a pour but de marquer l’altérité authentique et sert en quelque sorte de point de repère.

extraterrestre disruption

Il faut comprendre les « Extraterrestres », non comme des humains exotiques ou monstrueux, mais comme des Extra-terrestres qui nous transcendent non seulement sur le plan technique, mais aussi et surtout aux plans intellectuels et éthiques, entraînant la transformation profonde du sens de tout ce qui se rattache à cette altérité, tels que l’extra-langage, l’extra-contact, ou la rencontre de type extra plutôt que, par exemple, de premier, second ou troisième type. Cette extra-rencontre est, en un sens, encore plus rapprochée de ce qu’est authentiquement l’autre, que tout ce qu’on a imaginé comme « rencontre du n-ième type » jusqu’à présent puisqu’elle se veut authentique rencontre de l’autre en tant que tel9.

3.         Vous comprendre sur le plan scientifique comme vraiment en avance sur nous

« Nous ne sommes savants que de la science présente. »

Michel de Montaigne (1533-1592)

Allen Tough comme bien d’autres a eu tendance à considérer que d’éventuels ETI ont sûrement une grande avance sur nous sur le plan technologique10. Cependant, lui comme les autres envisagent trop peu la grande avance théorique de leur science par rapport à la nôtre. Il est pourtant tout à fait possible que du point de vue d’éventuels ETI, la théorie du Big Bang, par exemple, soit aussi dépassée que les théories géocentriques, selon lesquelles la Terre est immobile, au centre du cosmos.

Il est fort probable que vous, les Extraterrestres, n’ayez nul besoin de mes explications pour le constater, mais je crois utile d’insister ici sur ce point eu égard à mes lecteurs « terriens ». Voyons par exemple comment notre conception terrienne de l’Univers a évolué depuis les premiers chercheurs grecs.

Notre modèle actuel de l’Univers, qui est centré sur la théorie du Big Bang, n’a été établi que depuis quelques décennies (1965). Et ce n’est qu’en 1924 que nous avons envisagé d’autres galaxies que la nôtre, appelé jusque là « la Galaxie » ou « la Voie lactée » (du grec galaxias, qui signifie « voie de lait », en allusion au lait échappée du sein de la déesse Héra, la gardienne des femmes en couche). On allait concevoir peu de temps par la suite que l’Univers observable contient des centaines de milliards de grandes galaxies comme la nôtre.

En fait, le concept d’univers (ou de cosmos) a subi des transformations colossales.

Modèle de la terre plate selon Thalès  (v. -626- v. -546)

Modèle de la terre plate selon Thalès
(v. -626- v. -546)

De la Terre plate, où l’univers pouvait se réduire en gros au bassin méditerranéen et au Moyen Orient, et parfois même à la Grèce, on est passé à l’idée, à partir d’Aristote puis de Ptolémée, d’un univers géocentrique se réduisant d’abord à peu près au système solaire.

Galaxie d'Andromède

Galaxie d’Andromède, de dimension comparable à celle de notre galaxié, la Voie lactée

Puis avec la science moderne, on est passé à un modèle galactique et, enfin, à l’Univers tel qu’actuellement conçu. Voici quelques données sur les ordres de grandeur (en mètres) des différents modèles d’univers, selon leur ordre chronologique de conception dans l’histoire:

Ray. fossile

Représentation actuelle de l’Univers comme
« fond diffus cosmologique »

                               Tableau de la croissance historico-conceptuelle de l’Univers 

Terre plate  106   m
Cosmos géocentrique  1012  m
Modèle de l’Univers-« Voie lactée »  1022  m
Modèle actuel de l’Univers observable  1026  m
Modèles futurs de l’Univers???   10???m

 

Le tableau de la croissance historico-conceptuelle de l’Univers montre de façon grossière et très approximative bien qu’utile à notre propos, qu’en un peu moins de 3000 ans, les dimensions crédibles de l’Univers sont passées de 106 mètres (quelques milliers de kilomètres), à 1012 (quelques centaines de millions de kilomètres), puis à 1022 mètres, et enfin l’Univers observable actuel, 1026 mètres. Ce dernier chiffre prévaut depuis les années 1920, il y a moins d’un siècle. L’Univers observable s’est donc théoriquement agrandi d’un facteur 1020 sur un peu plus de deux mille ans, donc environ un million de fois plus vite que d’après son expansion physique sur la même durée ! 11 Cette transformation théorique est d’ailleurs plus qu’un simple agrandissement, elle va de pair avec des paradigmes complètement différents. Ce tableau ne fait que suggérer que des changements colossaux se sont produits, depuis les premiers chercheurs grecs jusqu’à nos jours dans nos conceptions mêmes de l’espace, du temps et du réel lui-même.

Rien n’indique que l’univers cesserait aujourd’hui de « grandir » théoriquement de la sorte. En effet, nos théories actuelles sont loin d’avoir été démontrées hors de tout doute. En tant que théories scientifiques, elles peuvent toujours être réfutées par de nouvelles mesures. Il y a tout à parier que les théories d’éventuels Extra-terrestres, avec des milliers d’années d’avance, soient très différentes des nôtres. Que nous diraient-ils pour nous faire comprendre notre immaturité théorique actuelle ? Ce qui suit tente de répondre en partie à cette question.

Toutefois, n’avons-nous pas d’assez bonnes raisons aujourd’hui de nous fier définitivement à nos théories actuelles, en particulier au modèle standard de la cosmologie, compte tenu des toutes récentes confirmations expérimentales sur le rayonnement fossile ?12 Et, par exemple, nos théories de base sur les particules ne sont-elles pas confortées par la découverte du boson de Higgs ?13 Or, cette situation est trompeuse. Il ne faut pas oublier que les théories antérieures à la modernité avaient également été « vérifiées », ainsi qu’on l’a cru, de façon de plus en plus précise. Ainsi Marcellin Berthelot, en 1894, a déclaré que la chimie était sur le point d’être achevée alors que toute sa base théorique allait être bouleversée quelques années plus tard par l’avènement de la théorie de la relativité et de la mécanique quantique14. Mais ce type d’attitude est loin d’être propre à Berthelot ou à son époque.

Thomas Kuhn Philosophe des sciences (1922-1996)

Thomas Kuhn
Philosophe des sciences
(1922-1996)

Les chercheurs grecs ont conçu une série de modèles afin d’expliquer les phénomènes célestes à partir d’une symétrie de base, qui était celle du cercle parfait (ou de la sphère parfaite). Ces modèles ont réussi à rendre compte de phénomènes de plus en plus nombreux et, du point de vue de ces chercheurs, de les expliquer. Ils étaient en effet conçus de façon à prédire ou décrire les phénomènes observés jusqu’à un certain degré d’approximation et leurs auteurs étaient conscients que certains modèles pouvaient s’avérer plus valables que d’autres à cette fin. Selon Thomas Kuhn, Hipparque et Ptolémée ont réconcilié « avec précision la théorie et l’observation »15. Le modèle de Ptolémée, en particulier, prédisait la position des planètes et leurs mouvements avec une précision jamais atteinte jusque-là16. Kuhn ajoute qu’il s’agissait là d’« une explication économique », combinant « puissance » et « souplesse ». Cette description était déjà « exacte » en un sens physique encore en vigueur aujourd’hui, c’est-à-dire conformément au niveau de précision des observations qui étaient effectuables à cette époque ; les écarts éventuels restaient en principe explicables de façon ad hoc, c’est-à-dire en ajoutant des éléments au système à partir du principe fondamental de symétrie auquel on croyait alors. Ainsi la science des Grecs de l’Antiquité présentait des modèles qui pouvaient rationnellement être jugés de façon analogue à ceux de la science actuelle ; ils permettaient d’expliquer les phénomènes et ils étaient de plus en plus efficaces pour rendre compte des observations effectuables. Tout comme le sont encore les scientifiques modernes, les savants grecs étaient incapables d’expliquer l’efficacité indéniable de leurs meilleurs modèles de façon scientifique et se contentaient d’invoquer la « perfection » de la symétrie de base. Eux aussi auraient sans doute pu invoquer, comme le physicien Eugen Wigner, beaucoup plus tard, a appelé la « déraisonnable efficacité des mathématiques dans les sciences naturelles »17.

La science des extra-terrestres pourrait très bien être par rapport à la nôtre ce que nous pourrions appeler ici une extra-science, c’est-à-dire une science en avance sur la nôtre à un point tel que, de leur point de vue, notre science serait aussi éloignée de la leur que le modèle du géocentrisme, par exemple, est éloigné de notre cosmologie actuelle. Ce n’est pas une simple question de précision dans les observations, mais une différence de rationalité qui nous est encore difficile à concevoir ou même à imaginer, comme dans les cas d’Aristote ou de Ptolémée, avec leur formation respective, si on avait tenté de leur parler de la théorie de la relativité ou de la mécanique quantique.

Mécanique quantique: paradoxe du chat à la fois mort et vivant (dead or alive)

Mécanique quantique: paradoxe du chat à la fois mort et vivant (dead / alive)

Nous devons reconnaître que notre représentation dite scientifique de l’Univers est peut-être encore des plus naïves. D’après le modèle de l’Enfant, l’extra-science » diffère de notre science actuelle, non seulement sur le plan théorique, mais aussi et surtout sur le plan de la rationalité, c’est-à-dire de la façon même de comprendre ce qu’est la science.

Nous n’avons aucune raison de supposer qu’au cours des prochains siècles, aucune théorie mathématique révolutionnaire ne nous apparaîtra qui soit susceptible de fournir un modèle qui résistera nettement mieux à nos tests et à notre critique. Ayons l’humilité de reconnaître que nos théories actuelles connaîtront alors probablement le même sort que nos théories du passé. Nous pourrons les voir comme des théories qui, bien qu’elles aient été utiles à la poursuite de la recherche, sont restées inaptes à fournir une représentation juste de la réalité physique. Nos théories actuelles comportent certains éléments de vérité, mais il semble probable qu’elles deviendront aussi dépassées dans leur ensemble que les théories géocentriques ou autres de notre passé.

Les explications qui précèdent représentent une tentative « terrienne » de comprendre votre point de vue extraterrestre en ce qui concerne la réalité du « Monde » (de l’extra-monde). Mais continuons d’essayer de le comprendre en employant d’autres méthodes inhabituelles. Ce qui suit représente en quelque sorte une tentative de vous parler dans votre type de langage.

 

4.         « Nous sommes là ! »

Le modèle de l’Enfant nous amène à découvrir d’énigmatiques régularités dans les dispositions relatives des concepts les plus fondamentaux de trois disciplines fondamentales de notre science « terrienne » actuelle. Elles apparaissent d’emblée au chercheur qui comparerait ces trois disciplines sans autre but que de tenter de découvrir entre eux des éléments qui se correspondent. Nous pourrons voir ici que notre message aux « Extraterrestres » équivaut à une nouvelle sorte d’expérience de pensée qui devrait permettre au lecteur de se figurer quelque chose de radicalement nouveau. C’est tout à fait comme si une intelligence supérieure « extra-terrestre » essayait de faire parler l’humanité actuelle à son niveau de langage sur le modèle des rapports entre des parents et leur jeune enfant. Lorsque l’enfant apprend à parler avec eux, il entreprend une étape majeure de son développement. Il en irait de même pour l’humanité actuelle du point de vue d’extra-terrestres qui lui sont en un sens précis particulièrement proches.

Enfant et sa mère

Modèle de l’enfant:
L’enfant c’est Nous et sa mère c’est Eux

Dans les trois domaines de recherche — physique, biologie et anthropologie —, les structures correspondantes apparaissent comme des systèmes conceptuels hautement perfectionnés en ce qui touche leur efficacité et leur universalité. L’atome, la cellule vivante et l’être humain apparaissent dans ces trois sciences comme des entités fondamentales de ces trois sciences qui se correspondent à la condition de considérer chacune séparément des autres. En d’autres termes, le physicien qui veut étudier les propriétés de l’atome en général n’a pas à porter son regard vers la cellule ni vers l’être humain, même s’ils sont fondamentaux pour d’autres chercheurs. Il en va de même pour le biologiste par rapport au physicien ou l’anthropologue18. Il peut se contenter des objets de sa propre discipline. Quant à l’anthropologue, il fait de même à son propre niveau. Toutefois le chercheur curieux en général peut assez facilement voir  trois niveaux distincts de complexité croissante qui se succèdent. Il peut chercher ce que cela signifie d’après la science. Il y a la même sorte de « perfection » de leurs fonctionnements respectifs, un caractère achevé aux points de vue structurel et fonctionnel. Pourquoi trois ? Pourquoi ces trois-là en particulier ? Il découvrira que ce fait simple n’est explicable par aucune des trois sciences, ni d’ailleurs par aucune autre. S’il va plus avant dans son questionnement, il découvrira que ce type de question n’intéresse en fait aucun des trois, que ce soit le physicien, le biologiste ou l’anthropologue. Le découpage de principe de la science moderne en spécialités séparées par principe les unes des autres est lui-même un fait qui semble échapper totalement aux rets de l’explication scientifique telle qu’on l’aura comprise dans la modernité.

Nous utiliserons l’expression de structure complète ici afin de désigner les trois sortes de structures de base différentes, soit l’atome, la cellule et l’être humain. Dans chacune des structures complètes, une substructure apparaît de façon frappante comme particulièrement problématique dans chacun des trois cas en ce qui concerne l’origine de la structure complète de même que la complexité conceptuelle dans laquelle elle s’inscrit.

Première structure complète : l’atome

Comparaison de modèles atomiques sur l'exemple de l'atome de bore

Quatre modèles atomiques: ceux de Thomson, Rutherford, Bohr et Schrödinger

Dans chaque atome se trouve une substructure remarquable, le « noyau », lequel est composé de particules, protons et de neutrons, liés ensemble par des forces nucléaires. La recherche sur les caractéristiques de ces particules et de ces forces est d’importance primordiale pour l’ensemble de ce qui est physiquement réel. Certaines des questions les plus fondamentales y sont les suivantes : « Quels sont les rapports exacts entre ces forces et les autres forces fondamentales de la physique, telles que la force électromagnétique et la force gravitationnelle? Est-il possible de trouver une théorie véritable de la grande unification de ces interactions? Peut-on trouver une explication de l’existence même de ces particules, de leurs caractéristiques et des caractéristiques de leurs interactions? »

 

Deuxième structure complète : la cellule

La cellule en tant que construction de concepts

La cellule en tant que construction de concepts

En biologie, la cellule possède une substructure tout aussi remarquable et objet d’une problématique tout aussi préoccupante pour les chercheurs dans ce domaine. Des problèmes fondamentaux impliquent la structure moléculaire autoréplicative de l’ADN (acide désoxyribonucléique), lequel loge entre autres dans le noyau de la cellule. Certaines des questions fondamentales sont : « Comment la molécule d’ADN a-t-elle émergé sur Terre? D’autres questions fondamentales concernent le fonctionnement exact du code génétique lui-même : quels sont les rôles respectifs du noyau et du restant de la cellule dans ce fonctionnement? »

Troisième structure complète : l’être humain

L'être humain...

L’être humain en tant qu’objet d’étude (symbolique!) de l’anthropologie

De même, les chercheurs dans les sciences humaines, sociales ou cognitives voient l’être humain comme comportant une substructure hautement problématique, celle du cerveau humain. Certaines questions fondamentales y sont : « Comment celui-ci s’est-il formé? Comment a-t-il émergé à partir de systèmes nerveux animaux? Comment fonctionne-t-il? Qu’en est-il de la conscience? Est-elle réelle? Est-elle épiphénoménale? » Ces questions, comme celles qui concernent l’atome ou la cellule vivante, apparaissent au chercheur actuel de l’humain comme un grand programme de recherche à long terme.

Le tableau suivant résume ces propriétés et met en évidence des énigmes phénoménales au niveau des concepts scientifiques.

Tableau conceptuel des structures complètes

Domaine conceptuel Structure complète Substructure problématique
Physique atome noyau
Biologie cellule ADN
Anthropologie être humain cerveau humain
… ?… … ?… … ?…

 

Pourquoi y a-t-il trois programmes de recherche, chacun aussi fondamental que les deux autres, mais complètement séparés ? Dans ce tableau, aucune ressemblance entre les objets n’éclaire la perspective. Ce qui est complet correspond à quelque chose d’autre qui est complet et qui est très différent. Les différences de déterminations entre le physique et le biologique correspondent aux différences de déterminations entre le biologique et l’anthropologique.

Les points d’interrogations dans le tableau représentent des questions que le scientifique actuel ne se pose pas : celles concernant d’éventuelles structures complètes de niveau supérieur qui seraient intégrables dans le prolongement de ce tableau. De toute évidence, il s’agirait logiquement, en ce qui concerne le premier des niveaux supérieurs de complexité, d’une structure complète élaborée au terme d’une évolution de groupes humains de façon à constituer l’élément d’un nouvel ordre de réalité. On pourrait alors suggérer assez logiquement que la substructure problématique qui l’accompagne serait constituée par l’ensemble du réseau appelé Internet ou, de façon plus particulière, le Web. Cependant d’autres interprétations seraient possibles comme, par exemple, celle de la substructure mondiale constituée par les Nations unies, par la mondialisation, ou encore le monde tel qu’étudié par la géopolitique ou, plus probablement, tout cela à la fois.

C’est là que surgit la question du langage à traduire et à interpréter. De même qu’il existe une sorte de langage biologique qui est représentée par le code génétique, lequel sert à enregistrer et à transmettre l’information concernant les espèces vivantes, il existe une autre sorte de langage qui est celui des langues humaines, lequel sert à enregistrer et à transmettre l’information qui fait sens au niveau des sociétés humaines :

Organisation biologique : le code génétique (constitué à partir des molécules d’acide nucléique),

 Organisation anthropologique : le langage humain (constitué à partir des sons émis par la voix humaine, c’est-à-dire les phonèmes).

Or, le tableau rend évidente l’existence possible d’un autre niveau plus complexe de langage qui serait pratiqué par des êtres conscients qui se situent à un niveau supérieur de complexité par rapport aux êtres humains actuels. Ces entités seraient supérieurement complexes par rapport aux groupes humains. Elles seraient douées de conscience et s’exprimeraient au moyen d’une sorte plus complexe de langage, lequel apparaît comme une nouvelle problématique.

Organisation extra-anthropologique : extra-langage (constitué à partir des œuvres de création humaine)

Les œuvres de création humaine y apparaissent comme les extra-phonèmes d’un métalangage, c’est-à-dire une sorte de langage plus complexe que toute langue humaine. Les combinaisons particulières de ces extra-phonèmes seraient ce qui crée les significations spécifiques de cette nouvelle sorte de langage.

En biologie, les règles de combinaison dans le code génétique ont été produites par le « hasard » — en d’autres termes, elles ne sont pas déterminées par des lois physiques. De même, du point de vue des linguistes, les combinaisons sonores produites dans les langages humains sont arbitraires dans le sens qu’elles n’apparaissent pas comme étant dérivées à partir des lois physiques ni biologiques. Tout comme les regroupements de molécules dans le code génétique ou des sons du langage humain, les combinaisons au niveau suivant doivent être arbitraires, le mot « arbitraire » signifiant alors qu’elles n’apparaissent pas déterminées par les lois du substrat sous-jacent.

Quatrième structure complète : l’humanité ?

Le tableau considéré dans son intégralité nous montre donc que la prochaine émergence de structure complète serait celle de l’humanité elle-même prise comme un tout mais, de façon paradoxale, en tant que structure complète d’un nouvel ordre du réel dans lequel ces structures joueraient le rôle d’éléments constitutifs. Dans une telle perspective, il y aurait donc évidemment plusieurs autres éléments homologues du quatrième niveau, qui selon le tableau apparaissent comme des ensembles complets d’humains individuels. Alors que seraient donc ces autres « humanités »? D’où viendraient-elles ? De l’espace? De l’avenir?…

Une représentation de l'humanité actuelle

Une représentation humoristique de l’humanité actuelle

Ce type de structuration, s’il existe, correspond à celui d’un discours exprimé en un langage inédit de la part d’êtres représentatifs d’un niveau de vie et d’un intellect supérieur en complexité par rapport à celui des êtres humains. Il apparaît possible en comparant les trois niveaux de langage d’en dégager une structure commune qui nous « parle » d’une certaine façon inouïe. En d’autres termes, le modèle de l’Enfant nous « parle », il nous dit que les éventuels parents s’exprimeraient et penseraient à ce niveau de complexité. Si l’on admet que la séquence des structures complètes représente une expression de leur langage, alors nous pourrions croire que le point d’interrogation du tableau nous font signe, nous saluent : « Nous sommes là ! » La rencontre a maintenant lieu. Finalement, le tableau nous dirait quelque chose comme : « Nous sommes là depuis quelque temps, tels des parents attentifs, même si vous ne nous entendiez pas et c’est nous qui vous « invitions », c’est nous qui avons provoqué la rencontre actuelle19.

L’enfant ne sait d’abord rien, ou presque rien, des autres personnes ; il n’est pas conscient des milliers de personnes qui habitent là, « dehors », « dans le monde », expressions qui n’ont encore aucun sens pour lui ; pour lui l’univers concret s’arrête aux murs de sa chambre ou, peut-être, de la maison qu’il habite. « Ils » sont pour nous comme ces autres êtres humains pour l’enfant, bien qu’à un niveau supérieur. De plus, « ils » sont à « l’extérieur » de ce qui correspond à l’habitation de l’enfant, ce qui correspond à « l’extérieur » de ce que nous appelons l’Univers, qui n’est en fait que « notre » univers20. Pourquoi pas, puisque nous l’avons déjà littéralement agrandi à plusieurs reprises jusqu’à tout récemment depuis l’univers de la terre plate (Thalès), puis l’univers géocentrique (d’Anaximandre à Ptolémée), l’univers confiné à la Voie lactée, puis l’univers observable issu du Big Bang (jusqu’au XXIe siècle) ? Remarquons le rapport des différences des conceptions cosmologiques entre intérieur et extérieur de ce qui serait le réel. Ainsi surgissent une espèce de manifestation dans un langage d’ordre supérieur, tout un jeu poétique de métaphores, non comme le rêve d’un enfant, mais plutôt comme un enfant qui passe du babil au langage qui fera de lui un humain au plein sens.

Conclusion :  Votre extra-éthique: à apprendre et à mettre en pratique

Ce qui précède, je l’espère, devrait suggérer à mes compagnons de route « terriens » que la science actuelle correspond conceptuellement à la conscience d’un enfant qui ne ferait donc que commencer son apprentissage de la langue maternelle. L’humanité actuelle serait ainsi analogue à un jeune enfant, qui a commencé à marcher et à explorer son proche environnement, mais qui ne ferait que commencer à développer sa capacité de parler et, de ce fait, à s’ouvrir aux autres et à les reconnaître en tant que tels. Précisément, l’enfant de moins de18 mois (en moyenne), auquel correspond l’humanité de l’histoire récente, est caractérisé sur les plans intellectuel et affectif par un profond égocentrisme. Il n’est encore qu’à un stade relativement peu avancé de sa compréhension des autres et de lui-même. En fait, il ne ferait que commencer à saisir que d’autres existent. De même que l’enfant apprend progressivement à saisir le sens véritable de « moi » et de « toi » en tant que personnes distinctes à part entière, l’humain apprendra à « dire » « nous » et « vous » à un niveau supérieur de généralité éthique. Ce « nous » et ce « vous » ont ainsi valeur d’œuvres collectives potentielles parce qu’ainsi reconnues en définitive. Le présent texte, en le reconnaissant, constitue déjà une façon de répondre à vos exigences dans votre propre langage, non parce que dit ou décrit humainement comme tel, mais parce que s’inscrivant dans un tableau réunissant de grandes potentialités de valeur universelle et les organisant d’après une progression dont la valeur appelle une reconnaissance universelle en même temps que la rencontre se produit effectivement, ici et maintenant, dans l’effectivité universelle de la lecture humaine.

Ainsi il y aura une valeur éthique à poursuivre l’évolution vers l’avant, l’humain devenant progressivement de plus en plus ce qu’il devrait être même s’il ignore encore ce que cela veut dire. Il sera important de chercher à reconnaître ce qui dans nos attitudes, nos comportements et nos projets se dirige réellement vers cette maturité, dont nous ignorons pourtant encore l’essentiel.

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Pour le lecteur désireux d’approfondir : En ce qui concerne le modèle de l’Enfant, des références pertinentes sont mon ouvrage The Mind of Society. From a Fruiful Analogy of Minsky to a prodigious idea of Teilhard de Chardin, Gordon and Breach, 1998; et mes deux articles:  « The Mind of Global Human Society. A New Approach to Investigating the Future », World Futures, 1997, Vol. 47, pp. 121-142, et « The Mind of Society : Investigating and Using the “ Language of the Gods ” », World Futures, 1998, Vol. 52, pp. 281-312. Voir aussi, dans l’Agorathèque, « L’Enfant » : http://agoratheque.yprovencal.profweb.ca/?page_id=3394 ; en ce qui concerne les questions ontologiques et éthiques, d’autres ouvrages de références sont Le Dieu imparfait. Essai de philosophie pour notre temps, Presses Inter Universitaires, Québec, 2006 ; et Projet Respect. Critique de la morale et des moeurs politiques, Presses Inter Universitaires, Québec, 2000.

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1 Cf. Tough, Allen. 2000. « How to Achieve Contact: Five Promising Strategies. » In Tough, éd. When SETI Succeeds: The impact of high-information contact. Foundation for the Future, Bellevue, WA. Allen Tough accorde de l’importance à ne pas être confondu avec les « ufologues », qui par définition étudient les ovnis (« objets volants non identifiés » vus généralement comme non crédibles). Retour 1

2 Tough, Allen. ibid.. L’invitation lancée aux ETI constituait sa deuxième stratégie. Retour 2

3 Notamment en tentant de détecter des signaux électromagnétiques en provenance de l’espace interstellaire, type de recherche connu depuis les années 1960 sous le nom de SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence). Retour3

4 Allen Tough a donné des explications plus détaillées de son projet d’invitation dans : « Fresh SETI strategies, » Journal of the British Interplanetary Society, 52, 286-289 (1999). La version originale se trouve à http://www.ieti.org/articles/mel.htm. Retour 4

5 Allen Tough, « How to Achieve Contact: Five Promising Strategies. », op. cit. Retour 5

6 Selon Jean Piaget, l’âge de 18 mois correspond au passage du cinquième au sixième stade de la période sensorimotrice, celui de la représentation symbolique. Cf.  Jean Piaget, Problèmes de psychologie génétique: l’enfant et la réalité, Paris: Denoël Gonthier, 1972. Retour 6

 

7 Dans le Timée de Platon, le démiurge est le dieu qui créa le monde à partir de la matière préexistante.7

8 Glen David Brin, « The Great Silence: The controversy concerning extraterrestrial intelligent life », Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society, vol. 24, 1983, p. 283-309.8

9 D’après la classification de l’astronome Joseph Allen Hynek, une « rencontre rapprochée du n-ième type » est en gros celle au cours de laquelle le ou les témoins ont un contact avec les occupants d’un OVNI (« objet volant non identifié ») pouvant aller, selon la valeur de  « n », jusqu’à la relation plus ou moins intime. Cf. J. A. Hynek, The UFO Experience. A Scientific Inquiry, par J. Allen Hynek et Jacques F. Vallée, 1998, Da Capo Press (publié la première fois en 1974).9

10 Allen Tough mentionne souvent cette avance des ETI qui selon lui serait celle de milliers ou de millions d’années. Son nombre moyen semble être 100 000 années d’avance sur  les « Terriens » actuels. Cf. A. Tough, op. cit. 10

11 D’après la théorie actuelle du Big Bang, le facteur d’agrandissement sur la même durée d’environ 2000 ans est de  1014, soit un millionième de l’expansion historico-conceptuelle.11

12 Le satellite Planck, en 2013, a permis de vérifier à un degré inégalé les paramètres cosmologiques tels que l’âge de l’Univers (13,8 milliards d’années) et une valeur plus précise du rayonnement fossile, ou rayonnement du fond diffus cosmologique, soit 2,726 K.12

13 Le boson de Higgs a été découvert en 2012,  défrayant les manchettes et valant  le prix Nobel de physique 2013 à François Englert et Peter Higgs. Cette découverte a confirmé la valeur du modèle standard de la physique des particules, mais n’a pas pour autant permis de le démontrer hors de tout doute.13

14 Marcellin Berthelot, Discours au banquet de la Chambre syndicale des Produits chimiques, le 5 avril 1894. http://archeosf.publie-net.com/la-chimie-de-lan-2000-discours-de-marcellin-berthelot-1894.14

15 Thomas Kuhn, La révolution copernicienne, Paris, Fayard, 1973, p. 72-84.15

16 Cf. Jean-René Roy, L’astronomie et son histoire, Québec, Presses de l’Université du Québec, Paris, Masson, 1982, p. 102.16

17 Eugen P. Wigner. « The unreasonable effectiveness of mathematics in the natural sciences”. Richard Courant lecture in mathematical sciences delivered at New York University, May 11, 1959 ». Communications on Pure and Applied Mathematics 13: 1–14.   On pourrait objecter ici qu’on ne peut établir de continuité épistémique entre les développements astronomiques des savants grecs et ceux de la science moderne étant donné tout ce qui les éloigne en termes de conception du monde et, plus spécifiquement, des types de modèles mathématiques ou d’organisation de la recherche. Alexandre Koyré est l’un des auteurs qui ont le plus insisté sur le caractère révolutionnaire de la science moderne(Cf. Alexandre Koyré, Du monde clos à l’univers infini, Paris, Gallimard, 1973, p. 13). On peut, en effet, reconnaître que la dynamique newtonienne est révolutionnaire par rapport à la physique aristotélicienne. Toutefois, les transformations profondes semblent bien faire partie du développement normal de la recherche scientifique, ainsi qu’en témoignent par exemple l’avènement de la théorie de la relativité et celui de la mécanique quantique. Et rien n’empêche de penser qu’il y en aura vraisemblablement d’autres, dans l’avenir de la recherche à long terme. C’est pourquoi une telle objection, aussi pertinente soit-elle à l’étude historique des développements du savoir, ne contredit pas ce qui est dit ci-dessus en termes d’observabilité et de réfutabilité. À chaque nouveau succès théorico-observationnel, les chercheurs sont retombés dans la même erreur qui est celle  de croire avoir enfin le bon modèle. C’est encore le cas de nos jours. Il ne suffit pas d’admettre que toutes les théories ne sont « pas encore tout à fait correctes » (Richard Feynman, prix Nobel de physique en 1965). Notre croyance non fondée au caractère définitivement fiable des modèles qui n’ont pas encore été pris en défaut en tant que représentations de la réalité physique est une caractéristique générale de l’histoire de nos recherches jusqu’à présent. Cette croyance semble d’autant plus forte que le modèle résiste plus longtemps aux tests observationnels (ou, plus généralement, à l’épreuve de l’expérience observationnelle). Ainsi, nul doute que la croyance au modèle géocentrique ait été très forte. Même si ce type de modèle paraît peu pertinent à nos physiciens modernes, il s’agit pourtant d’un modèle qui a bien rendu compte des observations qui nous étaient disponibles pendant plus d’un millénaire. De même, la physique newtonienne a résisté aux tests observationnels pendant quelques siècles. Jusqu’au XXème siècle, nous avons généralement considéré cette physique comme définitivement véridique, un modèle de science en soi. Elle a pourtant été démentie par les faits que nous avons établis. Nos tests l’ont prise en défaut et nous avons trouvé d’autres théories meilleures, mais encore loin de l’accomplissement explicatif du réel dans son ensemble.17

18 Le mot « anthropologue » servira ici à désigner de façon générale le chercheur dans les sciences humaines, sociales ou cognitives, c’est-à-dire les sciences de l’être humain envisagé dans tous ses aspects.18

19 L’IEML, Information Economy Meta Language, (métalangage de l’économie de l’information), un langage informatique, est l’enjeu principal d’une initiative qui a été lancée en 2006 par Pierre Lévy à partir de la chaire de recherche du Canada en Intelligence collective de l’Université d’Ottawa (Cf. le blog de Pierre Lévy : http://pierrelevyblog.com/tag/ieml/ ). Il semble probable que l’IEML permettra de trouver, à mêmes les langages existant déjà dans les sciences et les philosophies, des significations nouvelles encore occultées par leur complexité.19

20 Tout un parallèle semble se manifester de lui-même par rapport au fameux mythe de la caverne de Platon (La République, Livre VII). L’habitation de l’enfant correspond à la caverne, le monde extérieur correspond au monde intelligible des idées, etc. Une différence de taille est que, pour Platon, les idées sont incorruptibles, éternelles, alors que les structures de niveau supérieur, ici, ne sont nullement posées comme des absolus, mais plus prosaïquement comme un autre niveau d’être et de recherche.20