Que sommes-nous donc ?

Terre lumières

Une clarté encore obscure…

 

Supposons que nous soyons nous tous ensemble, les internautes, un grand quelque chose d’inconnu qui serait sur le point d’émerger à la reconnaissance de ce qu’il est réellement

 A       Un phénomène de reconnaissance de ce que nous sommes globalement

Nous, les internautes, avons déjà été consacrés globalement comme la « personnalité de l’année » en 2006 par le magazine Time[1]. Parmi nous, les créateurs de contenus sur le Web sont en particulier concernés, notamment ceux de Facebook, YouTube, MySpace et de Wikipédia. En fait, depuis 2005, une lame de fond balaie beaucoup de choses que nous croyions bien établies. Les sites de réseaux sociaux tels que Facebook, LinkedIn ou Twitter se sont installés au plus haut des audiences d’Internet, délogeant les sites commerciaux de vente en ligne tels qu’Amazon ou Microsoft[2].

 

 

Une quête universelle de reconnaissance

Plusieurs parmi nous ont commencé, de diverses façons, à bouleverser la géopolitique et le cours même de l’histoire. On a interprété de façon plus ou moins fidèle notre rôle véritable, mais il demeure que nous avons eu une influence parfois déterminante sur certains processus ou événements. Ce serait notamment le cas de Twitter dans les débuts de ce qui a été appelé, en 2011, le « Printemps arabe ». Nos manifestations, peu importe où elles sont tenues, semblent maintenant porteuses de reconnaissance devant le monde entier comme témoin, c’est-à-dire de l’acceptation ouverte de notre existence et de nos différences. Nous les Tunisiens, les Égyptiens, les Qataris, les Québécois… nous aspirons tous au changement. Notre désir d’une autonomie reconnue — de chacune de nos personnes et de chacune de nos nations — semble en être la principale motivation[3].

Nous tous, en plusieurs points du monde, nous avons quelques indices prometteurs en ce qui concerne la reconnaissance des personnes concrètes dans leur autonomie, par opposition à leur exclusion sociopolitique. Au Québec, entre autres, nous pouvons trouver l’indication d’une tendance lourde de l’époque actuelle en ce qui concerne l’inclusion sans restriction. Vous le savez peut-être : parmi nous, le directeur actuel du CRISPESH (Centre de recherche pour l’inclusion scolaire et professionnelle des étudiants en situation de handicap), Thomas Henderson, proclame dans le titre de l’un de ses articles :

« Pour tous, partout, de toutes les façons! La solution… L’INCLUSION »[4].

Les Autres...

Les Autres…

Ces mots de Henderson nous interpellent tous. Il pensait alors surtout, semble-t-il, à l’intégration de personnes affectées de certains handicaps physiques ou psychiques. Or, il laisse la porte ouverte à d’autres interprétations plus larges[5]. Des personnes peuvent également être entravées par d’autres sortes de handicaps à reconnaître comme tels. Par exemple, un regroupement éducatif en France étend la définition du handicap de façon à  recouvrir aussi le « désavantage social dont la société est en partie responsable ». On y explique que le handicap n’est pas seulement celui de la personne concernée, mais également une condition inappropriée de l’« environnement matériel, humain et social[6] ». Le handicap peut donc être compris comme celui de la société elle-même. Cependant nous pouvons aller plus loin. Nous pouvons apercevoir un niveau supérieur de handicaps encore mal identifié, en plus des niveaux individuel et social. Plusieurs entreprises d’Internet peuvent nous éclairer là-dessus et nous faire avancer.

 

Que  deviendrons-nous … ?

… nous avec Google, nos blogs et avec les entreprises Facebook, Wikipédia, etc.

 Google

a)    L’entreprise Google s’est donné comme mission d’« organiser les informations à l’échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous[7] ». Les actions passées de Google sont à cet égard ambiguës. Certaines ont semé des controverses par exemple touchant le respect de la vie privée et le droit à l’anonymat. Malgré cela, partout dans le monde, Google nous apparaît comme cherchant constamment à fournir de nouvelles formes d’aide à certaines personnes concrètes, c’est-à-dire à des personnes envisagées dans leur identité concrète d’appartenance à un groupe[8].

 

En plus de son moteur de recherche (1998), Google a créé par exemple Google Maps (2004) , qui est un service très utile de cartographie en ligne, Google Scholar (2004), pour accessibiliser la recherche dans les publications scientifiques, Google Traduction (2006), qui permet de traduire un texte dans l’une ou l’autre d’une trentaine de langues, Google Sites (2008), qui rend facile de créer son propre site web, Google Chrome (2008), qui est un navigateur efficace aujourd’hui des plus utilisés, Google Art Project (2011), qui rend possible des visites virtuelles de grands musées. Tous ces services sont utilisables sans frais, Google utilisant d’autres moyens de s’assurer des revenus. Dans ce cas, c’est l’environnement planétaire qui se trouve modifié pour aider non seulement les personnes, mais aussi les sociétés dont elles sont les membres.

 

Avec des moyens extraordinaires, Google est capable de venir en aide à beaucoup d’internautes quelle que soit leur nationalité. Il se montre capable de respect envers des différences importantes de la France ou de l’Allemagne[9]. Une telle attitude d’aide n’est toutefois pas propre à Google, mais semble plutôt être une tendance du Web collaboratif (aussi appelé Web 2.0). Si cette tendance se poursuit à long terme, ce type d’aide pourra non seulement atteindre la Chine, ce que Google fait déjà, mais aussi les personnes ou les groupes dissidents qui coexistent sur le territoire chinois. Plus généralement, ce type d’aide collaborative sera accessible à toute personne et tout groupe dans le monde, et susceptible de les aider à assurer leur propre développement autonome. Google se signale donc par l’accès qu’il tend apparemment à fournir de plus en plus et par l’aide qu’il tente d’apporte à plusieurs, partout et par toutes sortes de moyens.

 

Définissons la limite idéalisée d’une tendance visible dans Internet comme la limite logique extrême de cette tendance qui semble d’autant plus significative pour notre avenir que continuent de progresser les nouveaux moyens techniques, notamment les produits secondaires d’Internet. La limite idéalisée de cette tendance de Google serait l’accès et l’aide à toutes les personnes et toutes les nations, ce qui bien sûr est un lointain objectif dont l’atteinte paraît a priori très peu assurée. Cependant la tendance de Google n’est pas unique, mais apparaît comme une partie d’un processus de développement humain global qui lui donne tout son sens.

 

tous les univers

b)    Facebook et d’autres réseaux sociaux peuvent également jouer un rôle important de reconnaissance de la personne concrète, c’est-à-dire de la personne, quelle qu’elle soit, et de son groupe d’appartenance identitaire, quel qu’il soit. Il semble bien que cette reconnaissance universelle soit une première du genre dans toute l’histoire[10]. L’un des aspects les plus intéressants des réseaux sociaux est qu’ils se trouvent à valoriser, et même à défendre, un droit effectif à la différence concrète. C’est particulièrement évident dans le cas de Facebook, à propos duquel on a remarqué la tendance à favoriser le respect des choix individuel quant à l’appartenance à un groupe d’« amis » ou de « contacts[11] ». On n’encourage pas la décision d’une personne à changer d’« amis », mais on l’accepte généralement sans provoquer ni drame ni difficulté.

 

Selon le chercheur Jérôme Batout, Facebook est moins un réseau social qu’une « utopie sociale » […] qui s’efforce de « gommer » le conflit[12]. Il n’y en aurait d’acceptable qu’au « second degré », ce qui peut signifier en gros « ironiquement[13] ». On peut interpréter ici cette attitude comme celle d’une acceptation du conflit ludique, sorte de conflit virtuel relevant du jeu en ligne plus que de la volonté d’en découdre avec un autre. Batout avoue que « l’on adore ou l’on déteste » ce type de jeu mais que, pour sa part, il trouve une telle utopie « personnellement très agréable, plaisante, réconfortante » ; il ajoute plus objectivement qu’on y évite le conflit en « se séparant » de l’individu avec lequel il y a conflit, « On déconnecte, ou « nexte »…[14] ».

 

Bien sûr, il ne faut pas croire pour autant que le mépris n’apparaît pas ou ne s’exprime pas dans les réseaux sociaux. Le commentaire de Jérôme Batout est intéressant en ce qui concerne le respect de l’autre — l’autre personne ou l’autre groupe — dans toute son autonomie, ce qui a toujours été source de conflits violents dans l’histoire des rapports entre individus ou sociétés. Dans Facebook, on peut être dissident sans que cela ne soit motif de condamnation sociopolitique de la part des autres. Le respect de l’autre n’y est pas automatique, mais fait l’objet d’un choix qui nous est effectivement possible à chacun de nous.

 

En somme, Facebook tend à reconnaître de plus en plus de personnes et à résoudre les conflits de façon ludique. À la limite idéalisée, il y aurait une reconnaissance authentique de tous dans leurs différences concrètes, quelles qu’elles soient.

 

 science en fête

c)    En ce qui concerne l’encyclopédie Wikipédia, que deviendra-t-elle à la longue ? Nous pouvons également tenter de le savoir en prolongeant certaines de ses caractéristiques. Wikipédia est une encyclopédie des plus accessibles sur Internet. D’abord, elle est publiée en plus de 280 langues actuellement (juillet 2013), dans toutes les régions du monde. Par cette seule caractéristique, elle est déjà beaucoup plus accessible que toute autre encyclopédie. En outre, l’une de ses versions est celle de l’anglais basic (basic english apparaissant sous le nom de « Simple English »), qui est un anglais simplifié, lequel avait été créé en 1940 dans le but d’être facilement et rapidement assimilé par les peuples de l’Empire britannique. C’est une nouvelle langue dont la grammaire est facile, et qui comporte un vocabulaire restreint (850 mots). Il existe également un « français fondamental » qui a été conçu dans les années 1950 pour améliorer la diffusion et l’utilisation du français dans le monde. Il semble envisageable que Wikipédia existe un jour en plusieurs de ces langues simplifiées afin de fournir un meilleur accès à plusieurs personnes ou groupes qui, autrement, demeureraient en marge du savoir. Si cette tendance se maintient, Wikipédia deviendra à long terme une encyclopédie effectivement accessible à tous, partout sur la planète.

Elle deviendra également des plus complètes en couvrant des sujets d’autant plus nombreux qu’elle comporte ceux qui sont propres à certaines langues ou cultures dans le monde. Wikipédia couvre une quantité phénoménale de sujets : environ 4 millions d’articles en anglais, 1,4 millions en français[15]. La suite logique dans cette direction amènerait l’encyclopédie à se tenir à jour sur tous les sujets possibles d’ordre scientifique, artistique ou littéraire. Elle comporterait, en outre, sur un sujet donné, des versions plus ou moins vulgarisées allant des plus avancées aux plus élémentaires, comportant les découvertes les plus récentes.

En outre, Wikipédia tend à reconnaître comme des nations au plein sens du terme toutes et chacune de nos nations, y compris certaines des plus petites, les micronations. Celles-ci ne  jouissent en général d’aucune égalité de traitement dans les médias. En outre, à l’Assemblée dite générale des Nations unies, leur existence n’est pas même reconnue. Si la tendance se maintient à long terme, Wikipédia deviendra la source autorisée faisant foi du statut universellement reconnu d’un grand nombre de nations, sans politique d’exclusion, y compris donc les plus petites, les plus faibles ou les plus nouvelles[16].

 

Une autre caractéristique particulière de Wikipédia est que son usage comporte une éducation à la rigueur. Même si on dit souvent qu’elle manque de rigueur et de fiabilité en tant que source de référence et qu’elle n’est pas de niveau académique[17], le mode de fonctionnement de cette encyclopédie implique des commentaires critiques très visibles prenant la forme de bandeaux occupant la largeur de la page, et explicitant les lacunes des articles créés par les internautes, notamment, en matière de références et de contenus. Les internautes peuvent ainsi se servir des informations wikipédiennes tout en ayant des informations sur le degré de rigueur de l’usage d’une telle source. En modifiant l’encyclopédie, ils seront ainsi en mesure de la faire avancer. Il semble donc envisageable que l’actuelle Wikipédia évolue à long terme vers une somme encyclopédique qui contiendra et représentera le savoir scientifique de demain.

 

Le phénomène Wikipédia est donc celui d’une encyclopédie qui tend à devenir de plus en plus accessible, notamment en termes de langues, de plus en plus complète, en termes du nombre de sujets couverts, et de plus en plus rigoureuse, de par la sensibilisation qu’elle effectue à l’importance de la rigueur. À la limite idéalisée, cette encyclopédie deviendrait accessible à tous, aussi complète et à jour qu’il sera possible, et sans manque de rigueur, en termes de clarté, de précision et d’univocité.

 

 blog

d)    Nos millions de blogs sur Internet constituent un phénomène en soi. Leur production, même bénévole, entre en concurrence avec les compétences professionnelles. Les contenus générés par l’usager (User-generated content) sont concurrentiels. Dans le domaine de la santé, en particulier, les blogs de plusieurs internautes amateurs sont en train de remettre en question l’exclusivité professionnelle des médecins en matière de diagnostics et de prescriptions de médications[18]. Selon Dominique Dupagne, lui-même médecin, les messages des amateurs sont orientés « vers les vraies questions du public et répondent à des problématiques qui ne sont pas traitées par l’information traditionnelle », ce qui « déstabilise la pyramide des pouvoirs[19] ». Ce qui est étonnant est que cette situation n’appelle pas un resserrement des normes en termes de spécialisation, mais au contraire la légitimation de nouvelles sources de constitution et de validation des opinions.[20] Le public peut ainsi faire des comparaisons fondées entre l’information traditionnelle et celle des blogs. Dupagne suppose ici, de façon implicite, que le public est assez versé pour faire une telle comparaison de façon pertinente. Google est, selon Dupagne, la « première brique de cette révolution » qui « bouleverse en 1998 un concept millénaire, celui de l’indexation et, partant, de l’accès à l’information ». Selon Dupagne, il s’agit là de l’« émergence d’une nouveau type d’information[21] ». Il est apparu une « culture du partage » absolument nouvelle qui surprend les spécialistes, y compris les économistes[22]. L’expert est dépassé par les insuffisances de sa propre formation, trop bien délimitée. Aussitôt qu’il est questionné sur le fond de son savoir, il en perd ses moyens. La nouvelle information serait en fait une nouvelle forme de la rationalité elle-même[23].

 

Ainsi, selon le même auteur, même les économistes munis de leurs concepts habituels ne parviennent pas à comprendre ce qui dans le Web fait le succès des amateurs par rapport aux professionnels. Ce serait donc parce que la rationalité de notre science actuelle serait limitée dans la capacité de se comprendre elle-même dans son propre développement. En fait, personne ne comprend bien ce qui se passe. Nous sommes face à un phénomène historique lié au savoir qui peut nous rappeler celui qui s’est produit au seuil de la modernité. À ce moment, les plus qualifiés, qui étaient les autorités intellectuelles d’alors, soit les théologiens, ne comprenaient pas, dans leur paradigme, le modèle cosmologique de Copernic défendu par Galilée. La révolution de la science spécialisée en étant à ses tout débuts. De nos jours, on peut parler d’une autre révolution aussi bouleversante, la « révolution des amateurs professionnels », qui occuperaient déjà le centre du savoir[24]. Il y a crise de l’autorité compétente et les activités de recherche qui sont les plus fructueuses se déplacent en générant de nouvelles références.

 

Admettons que les informations de type traditionnel peuvent d’abord être comprises à partir de textes vulgarisés dans certains blogs. Ce n’est que progressivement que le grand public sera en mesure de s’approprier les données des savoirs spécialisés. Si le développement de l’usage de nos blogs se poursuit dans le même sens, il en viendra logiquement à une situation de reconnaissance universelle de ceux parmi nous qui ne sont pas des experts, non seulement dans le domaine de la santé, mais également dans tous les domaines de connaissance. La science de demain deviendra en quelque sorte démocratique et citoyenne.

 

Les blogs représentent de plus en plus un savoir véritable du non-expert, capable d’égaler, voire de dépasser, celui de l’expert. À la limite idéalisée, ils permettront d’établir une nouvelle sorte de savoir et de rationalité scientifique sans la subdivision en champs d’expertise demeurant clos sur eux-mêmes.

 

Le tableau A résume l’ensemble des limites idéalisées des quatre phénomènes majeurs mentionnés et nous permet d’apprécier ce qui nous apparaît comme un grand phénomène unique et cohérent du savoir qui s’élabore de par l’action conjuguée d’agents concrets et autonomes.

a)   Google b)   Facebook c)   Wikipédia d)    Les blogs
Tendance actuelle : Faire accéder à Internet et apporter de l’aide au plus grand nombre de personnes et de groupes Reconnaître de plus en plus de personnes et résoudre les conflits de façon ludique Devenir de plus en plus accessible, complète et rigoureuse Savoir du non-expert, capable d’égaler, voire de dépasser, celui de l’expert
À la limite idéalisée de leur développement, dans le futur :  Accès et aide à toutes les personnes et toutes les Nations   Reconnaissance authentique de tous dans leurs différences concrètes  Accès universel au savoir intégral et rigoureux  Nouvelle sorte de savoir et de rationalité scientifique unifiée

 

 Tableau A : Caractéristiques de quatre représentants du Web interactif

et des limites idéalisées de leurs tendances respectives

 

B       La reconnaissance de ce que nous pourrons devenir dans le futur

Pouvons-nous nous reconnaître là ? Cette limite idéalisée est-elle réaliste ? Il découle de ce qui précède que les entreprises aujourd’hui les plus remarquables de l’Internet indiquent des finalités plutôt désirables pour le développement humain en général. Nous pourrons mieux en saisir la signification historique et de quelle manière elles convergent vers un certain point du futur.

 

J’utilise depuis plusieurs années dans mes cours un tableau très spécial[25], qui indique certaines des tendances historiques les plus significatives en ce qui concerne les progrès de la pensée critique et des formes du savoir dans l’histoire, et qui, par extrapolation, nous amèneront à voir littéralement certains aspects possibles de l’avenir à moyen ou long terme, jusque vers l’an 2100 ou plus loin.

 

 

La pensée critique comme recherches et conquêtes

La pensée critique comme recherches et conquêtes

 

Notre pensée critique a évolué et, sans doute, évoluera encore 

Une première tendance apparaît clairement lorsque l’on considère l’évolution de la pensée critique depuis les premiers chercheurs grecs présocratiques jusqu’aux chercheurs de l’époque actuelle, soit l’époque moderne. L’expression de pensée critique est prise ici en un sens large de pensée rationnelle portant des jugements. Un bref examen du tableau B-1 suffit à constater que les objets visés par la critique changent de façon marquée à chacune des époques. Ensuite, il apparaît qu’à une époque donnée, les objets de la critique prépondérante[26] (colonne 2) prennent successivement les formes du savoir (colonne 3) de l’époque précédente. Ainsi, on peut voir qu’à l’époque présocratique, l’un des principaux objets visés par la critique consiste dans les croyances mythiques, ce qui bien sûr représente la forme du savoir de l’époque précédente, l’époque mythique[27]. Il n’est pas surprenant qu’il en soit ainsi puisque les croyances mythiques représentaient la principale forme de croyance, sinon la seule, existant à cette époque.

 

De même, à l’époque dite « classique », qui est celle des grands développements philosophiques en doctrines et en systèmes, celle des Platon, Aristote, puis, plus tard, Descartes, Leibniz et bien d’autres, même ceux qui ne se cantonnaient pas dans un même système philosophique croyaient que le savoir véritable ne pouvait prendre forme que dans des traités ou des systèmes. Ils étaient conséquents lorsqu’ils rejetaient comme faux, non seulement les sophismes, mais tout développement de pensée trop court et fragmentaire, même si celle-ci était apparue comme la forme normale du savoir chez les présocratiques. On peut se convaincre, par ailleurs, que les objets de la critique présocratique, soit les opinions sans fondement et les croyances mythiques, ont continué de faire l’objet de la critique à l’époque classique (ce qu’indique la présence du « + » dans la colonne 2. On peut en conclure que, pour les classiques, les objets de la critique se sont additionnés même si la critique classique prépondérante portait surtout sur les sophismes et les argumentations trop courtes.

 

Le même schéma dynamique de l’évolution s’impose lorsqu’on passe aux objets principaux de la critique moderne. On peut constater qu’une nouvelle critique prépondérante s’impose, qui est celle prenant pour objet le dogmatisme et ses diverses formes pseudo-scientifiques ou idéologiques. Or, l’attitude dogmatique correspond précisément à la croyance de type classique selon laquelle la connaissance prend la forme de la croyance en la vérité exclusive d’un certain traité ou d’un certain système. Dans le tableau, figure également la critique moderne de l’exclusion sociale. C’est logique dans la mesure où les effets courants de la croyance au racisme, au sexisme, etc., amène de la marginalité et des comportements d’exclusion sociale.

 

Époque      (colonne 1)          Objets visés par la critique                         (colonne 2)  Forme du savoir                 (colonne 3)
1.   Mythique [Aucun] Mythe
2.   Présocratique Opinions, croyances mythiques Brèves argumentations, démonstrations
3.  « Classique » + Sophismes, argumentations courtes Traités et doctrines, systèmes de pensée
4.   Moderne +Dogmatisme, ethnocentrisme, racisme, sexisme, pseudosciences, idéologies, exclusion sociale… Disciplines, savoirs et champs de recherche spécialisés

 

Tableau B-1 : Schéma évolutif de la pensée critique

et de la forme correspondante du savoir

  

Deux faits majeurs ressortent du tableau B-1 :

 

  1. D’abord, on peut constater que les objets de la critique tendent à s’additionner les uns aux autres à chaque nouvelle époque. Ainsi la critique moderne prépondérante porte sur le dogmatisme en général et ses rejetons, le racisme, les pseudosciences, le sexisme…, mais elle porte aussi, secondairement, sur les sophismes et sur les croyances mythiques.

 

  1. Un autre fait majeur peut être mis en évidence. Si les objets de la pensée critique tendent à s’additionner tout en demeurant critiquables, la forme du savoir tend pour sa part à nier toutes les formes précédentes du savoir. Ainsi, pour le chercheur moderne, la forme classique du savoir est complètement dévaluée comme pseudoscience ou idéologie raciste ou sexiste, etc., tout comme, par ailleurs l’avait été les croyances présocratiques pour le penseur classique en tant qu’idolâtrie ou superstition.

 

À chacune des époques, donc, non seulement la pensée critique et la forme du savoir évoluent vers quelque chose de tout à fait nouveau, mais en outre la rationalité elle-même est comprise de façon profondément différente.

 

 

Vers la critique de l’exclusion intellectuelle

 

Il est évidemment bien tentant d’utiliser ce type de récurrence des formes de la pensée critique et du savoir correspondant afin de prévoir ce que pourrait être la nouvelle critique prépondérante et la prochaine mutation de la pensée rationnelle. En ce qui concerne les objets prépondérants de la critique de la prochaine époque, l’« époque 5 ».

 

Époque              (colonne 1)   Objets visés par la critique                         (colonne 2)  Forme du savoir                 (colonne 3)
1.   Mythique
2.   Présocratique
3.  « Classique »
4.   Moderne Disciplines, savoirs et champs de recherche spécialisés
5.   Prochaine époque ( ?)  Savoirs spécialisés, exclusion intellectuelle… 

 

Tableau B-2 : Objets prépondérants de la prochaine pensée critique

Le tableau B-2, à son tour, nous fait découvrir quelque chose d’important. Non seulement on critiquera fortement les savoirs spécialisés dans la mesure où ils se définissent comme inaccessibles à tous les non-experts y compris les autres chercheurs qui sont spécialisés dans d’autres domaines, mais en outre ce type de critique deviendra prépondérant. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cette critique forte porterait sur la prétention des experts de tout poil à la « connaissance » comme telle délimitée dans un champ de recherche particulier. Par exemple, on critiquerait ce type de savoir confiné comme étant incompatible avec la compréhension du réel en tant que tel. Au mieux, leur connaissance pointue leur permettrait d’avoir un aperçu très limité d’un aspect du réel en soi, mais dépourvue de toute compréhension de fond.

 

Cette critique en amènerait une autre, qui est celle de l’exclusion intellectuelle. Cela découle logiquement de l’idée qu’il est conforme à l’esprit scientifique de respecter comme telles des barrières disciplinaires qui excluent tous ceux qui ne sont pas spécialisés dans ce domaine et donc, bien sûr, tous les individus insuffisamment scolarisés. L’exclusion intellectuelle englobe en particulier l’exclusion résultant de ce qui est déjà appelé la fracture numérique, soit la disparité entre ceux qui ont accès à Internet et ceux qui n’y ont pas accès, qu’il s’agisse de celle qui existe au sein d’une société, de celle qui existe entre les régions du monde, ou d’autres encore.

 

 

Le fait de l’exclusion intellectuelle entraîne en quelque sorte tous les autres faits d’exclusions des différences en général. Les exclusions sociales en général supposent des préjugés qui ne résistent pas à l’examen, qu’il s’agisse de différences raciales ou ethniques, de différences sexuelles ou d’orientation sexuelle. Il apparaît que celui qui pratique l’exclusion s’exclut lui-même en quelque sorte d’un point de vue intellectuel. Il est victime de sa propre ignorance. En excluant socialement, il s’exclut intellectuellement. La lutte à l’exclusion intellectuelle serait également une lutte contre tous les préjugés et les fausses croyances. Elle implique donc la disparition progressive de toutes les exclusions dites sociales.

 

Une nouvelle critique prépondérante de l’exclusion intellectuelle, allant de pair avec la critique du savoir spécialisé, devrait donc s’imposer selon la logique du tableau (colonne 2). Déjà, le nouveau type correspondant de savoir aurait peut-être commencé à se manifester dans des domaines comme l’écologie politique ou les études de genre, par exemple, où l’on juge indispensable la multidisciplinarité.

 

Cette tendance est également visible dans l’évolution du Web. Nous avons vu que l’existence et la signification des blogs sont porteuses de la critique de la séparation des savoirs modernes en plusieurs disciplines, et plus particulièrement du statut privilégié des spécialistes par rapport aux amateurs. Comme dans le cas de l’évolution de Google et de Facebook, cette critique va de pair avec le respect des différences, notamment celles qui ont eu pour effet de marginaliser des personnes et des groupes. Quant à Wikipédia, cette encyclopédie tend à favoriser une éducation au savoir mettant l’accent sur l’accessibilité et l’autocritique, ce qui va dans le même sens que la critique des savoirs en tant que chasse gardée des spécialistes.

 

 

Vers un savoir unifié et « hyper-encyclopédique »

 

D’après le deuxième fait majeur, la rationalité même du savoir à venir serait comprise de façon profondément différente. Il découle de l’organisation du tableau B-3, en particulier, une sorte de recyclage du mot expertise, le concept d’expertise citoyenne, qui va de pair avec celui du savoir citoyen, se présentant alors comme un contre-pouvoir. À ce titre, l’ « expert citoyen » serait capable de produire des contre-expertises qui pourraient être reconnues comme objectivement valables tout en étant socialement, ou éthiquement, engagées. Le tableau suggère que la recherche de type citoyen s’étoffera progressivement dans l’avenir et que l’on concevra de nouvelles sortes de théories. Plus précisément, l’autocritique de la science séparée en disciplines communiquant peu ou pas entre elles devrait peu à peu devenir prépondérante et le type de savoir unifié et « adisciplinaire[28] » associé s’avérer de plus en plus fécond, son enseignement se substituant progressivement à ce qui se fait présentement en termes de sciences. Dans le tableau, l’expression de « Grand Hypertexte », associée à celle d’« hyper-encyclopédie », résulte d’une tentative, un peu gauche, de marquer la singularité de ce savoir de type nouveau. L’usage d’une telle expression emphatique ne signifie d’ailleurs nullement que l’histoire de la pensée rationnelle connaîtrait alors son achèvement.

 

Époque              (colonne 1)   Objets visés par la critique                         (colonne 2)  Forme du savoir                 (colonne 3)
1.   Mythique
2.   Présocratique
3.  « Classique »
4.   Moderne Disciplines, savoirs et champs de recherche spécialisés
5.   Prochaine époque ( ?)  Savoirs spécialisés, exclusion intellectuelle…  Grand Hypertexte du savoir citoyen*, expertise citoyenne

 

Tableau B-3 : La nouvelle forme du savoir 

 * Le Grand Hypertexte du savoir citoyen, qui est ici une hypothèse, est défini conformément à ce qui a été décrit plus haut comme la limite logique du développement de la Wikipédia actuelle, soit comme une hyper-encyclopédie, qui serait par définition une encyclopédie hyper-accessible, c.-à-d. accessible partout dans le monde, qui serait en outre hyper-complète, c.-à-d. aussi complète et à jour que possible en matière d’articles ou de sujets, et hyper-rigoureuse, c.-à-d. aussi exacte, objective, vérifiée et dépourvue d’équivoque, que possible.

 

Cette tendance vers un savoir unifié aurait un lien par exemple avec le développement extraordinaire de l’encyclopédie Wikipédia depuis ses débuts en 2001. Le savoir aura tendance à s’interconnecter par de multiples liens entre les articles dans la mesure où il y figurera comme encyclopédique au sens premier du terme, c’est-à-dire comme une synthèse des savoirs existants.

 

 a)   Google  b)   Facebook  c)   Wikipédia  d)    Les blogs
 À la limite idéalisée de leur développement, dans le futur :  Accès au savoir et aide à toutes les personnes et toutes les Nations   Reconnaissance authentique de tous dans leurs différences concrètes  Accès universel au savoir intégral et rigoureux  Nouvelle sorte de savoir et de rationalité scientifique unifiée


Tableau A’ (rappel)

 La comparaison du tableau A’ avec les deux précédents B-2 et B-3 permet de confirmer ce qui s’annonce pour l’époque à venir (Époque 5) dans les tableaux de l’évolution de la pensée critique. Nous avons vu plus haut, d’après ce que suggère le tableau B-2, que la prochaine critique prépondérante porterait sur les savoirs spécialisés et l’exclusion intellectuelle. Cette prédiction se retrouve ici dans la limite du développement de Wikipédia vers une rationalité scientifique unifiée et dans la limite du développement de Google et Wikipédia vers un accès universel au savoir. Quant à la forme du savoir suggérée par le tableau B-3, qui est celle d’un savoir citoyen unifié, elle se trouve confirmée par les limites logiques des blogs (rationalité scientifique unifiée), de Google (aide à tous  pour l’accès au savoir), Facebook (reconnaissance authentique de tous) compte tenu de caractère citoyen de lutter contre l’exclusion des différences, et Wikipédia (accès universel au savoir unifié).

 

 

 

Conclusion

 

Que sommes-nous donc ? Un début de réponse apparaît à partir de ce qui précède. Nous formerions une sorte nouvelle de grand organisme humain qui serait encore embryonnaire et en train de se développer rapidement vers une nouvelle sorte de savoir et de conscience de l’autre. Son actuelle immaturité autorise à le concevoir à l’image de l’enfant sur le point d’apprendre à parler sa langue maternelle[29]. Ce n’est pas de la science-fiction mais une sorte profondément nouvelle de conscience de soi et de l’autre allant de pair avec l’auto-organisation globale du monde humain. Le Web correspondrait à un gigantesque cerveau qui se développe rapidement (global brain) et dont le caractère serait globalement humain, au meilleur sens de l’être humain autonome. D’où l’idée des PAM, vaste entreprise d’éducation mondiale à la reconnaissance éthique mutuelle[30].

 

 

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Annexe

Le tableau synoptique ci-dessous permet, d’abord, d’observer des formes historiques successives de la pensée critique (colonne 2) puis, de façon corrélative, les usages rationnels des documents dans l’histoire (colonne 5).

Tableau du schéma évolutif de la pensée critique et de la forme correspondante du savoir (première partie)

Époque                                    (colonne 1) Objets visés par la critique (colonne 2) Forme du savoir   (colonne 3) Accès au savoir (colonne 4)
1. Mythique Aucun connu Mythes Invention de l’écriture
2. Présocratique                  Héraclite,  Parménide… Opinions, croyances mythiques Logos : brèves argumentations, démonstrations Écriture alphabétique grecque
3. « Classique »            Platon, Aristote… Sophismes, argumentations courtes Traités et doctrines, systèmes de pensée Imprimerie de Gutenberg
4. Moderne Dogmatisme, racisme, sexisme,          ethnocentrisme, exclusion sociale, pseudosciences, idéologies Disciplines, savoirs et champs de recherche spécialisés Instruction obligatoire, accès aux études supérieures
Formation citoyenne
TIC (« Webs 1.0 et 2.0 »)

Extrapolation vers d’autres époques à venir :

5. (À venir bientôt ?) Savoir spécialisé ?
Exclusion intellectuelle ?
Grand Hypertexte* du savoir citoyen ?
Expertise citoyenne ?
Web intelligent ?        (« Web n.0 ») ?
?
6. (Futur plus lointain ?)                    ?                    ?                    ?
7. Etc, ?                    ?                    ?                    ?

 

 

Tableau du schéma évolutif de la pensée critique et de la forme correspondante du savoir (deuxième partie)

 

Époque (colonne 1) Usage des documents (colonne 5)
1. Mythique Début de l’usage et de la transmission de documents écrits
2, Présocratique Début de l’usage et de la transmission historique de documents écrits de recherche, incluant des démonstrations mathématiques ou logiques
3. « Classique » Début de l’usage et de la transmission historique de traités et de systèmes philosophiques suivi du début du livre imprimé en série, de son usage et de sa diffusion de masse
4. Moderne Début de l’usage et de la diffusion  importante des livres en général, incluant les articles, les monographies et les manuels spécialisés, etc. suivi du début de l’usage et de la diffusion planétaire des articles et des livres de toutes disciplines, des encyclopédies de plus en plus complètes et rigoureuses, etc.

Extrapolation vers d’autres époques à venir :

5. (À venir bientôt ?) Usage croissant et de plus en plus indispensable d’Internet, incluant les hypertextes, les algorithmes de recherche efficaces  et l’hyper-encyclopédie du « savoir citoyen » complète et rigoureuse* ?
6. (Futur plus lointain ?)                                                         ?
7, Etc. ?                                                         ?

* Le Grand Hypertexte, ou hyper-encyclopédie, du savoir citoyen, qui est ici une hypothèse, est défini conformément à ce qui a été décrit plus haut comme la limite logique du développement de la Wikipédia actuelle, soit comme une encyclopédie hyper-accessible, c.-à-d. accessible partout dans le monde, qui est en outre hyper-complète, c.-à-d. aussi complète et à jour que possible en matière d’articles ou de sujets, et hyper-rigoureuse, c.-à-d. aussi exacte, objective, vérifiée et dépourvue d’équivoque, que possible.

La première colonne du tableau comporte les noms d’époques successives, chacune représentant de façon approximative une période historique pendant laquelle les penseurs ont effectué certaines formes spécifiques de critiques argumentées en tant que jugements portés sur certains objets. Ces critiques portent de façon prépondérante sur certains types d’objets (colonne 2) qui s’additionnent à chaque nouvelle époque. À chaque époque à partir de la 2e, l’époque présocratique, on tend parfois à critiquer surtout un nouveau type d’objet. On sait que certains penseurs présocratiques ont critiqué les croyances mythiques (colonne 2). Par contre, rien n’indique, d’après les documents existants, que les penseurs de cette époque aient critiqué le racisme ou le sexisme, et plus généralement l’exclusion sociale. En fait, on imagine même difficilement sur quelles bases ils auraient pu le faire. C’est lors de la période moderne que cette critique sera fondée, puis accentuée. La période moderne se signale dans le tableau par sa relative complexité en matière de critiques et par une conception du savoir marquée par la spécialisation (colonnes 2 et 3).

(Conçue en 2013)


[1] Time Magazine, le 13 déc. 2006. Les internautes peuvent être définis comme tous les utilisateurs actuels ou potentiels du réseau Internet, étant entendu qu’Internet tend en principe à rejoindre toutes les personnes concrètes dans le monde. La recevabilité d’une telle définition repose notamment sur la création de la Toile (ou Web) par Tim Berners-Lee, ce qui a ainsi permis à tout non-expert en informatique d’utiliser facilement l’Internet . Cf. « Inventing the Web: Tim Berners-Lee’s 1990 Christmas Baby », le blog d’Eric Rumsey, “Seeing the Picture”, Université d’Iowa [en ligne] (24 nov. 2010); consulté le 14 sept. 2013.

[2] Cf. Dominique CARDON, « RÉSEAUX SOCIAUX, Internet », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 août 2013. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/reseaux-sociaux-internet/.

[3] Cf. Philippe DROZ-VINCENT, « PRINTEMPS ARABE ou RÉVOLUTIONS ARABES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 août 2013. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/printemps-arabe-revolutions-arabes ; “Les fruits du printemps érable” ; Le Monde, 4 avril 2013 : http://www.lemonde.fr/international/article/2013/04/04/les-fruits-du-printemps-erable_3154225_3210.html .

[4] Thomas Henderson, « CRISPESH : Pour tous, partout, de toutes les façons! La solution… L’INCLUSION », Portail du réseau collégial, avec la collaboration de Marie Lacoursière; 22 août 2012.

[5] Les intérêts de recherche de Thomas Henderson sont « particulièrement dirigés vers des sujets tels l’autisme, la cognition, les modèles de programmes axés sur les forces, la qualité de vie et l’autodétermination ». Cf. Thomas Henderson, ibid.

[6] Académie de Lyon, regroupement d’établissements scolaires en France : http://www2.ac-lyon.fr/etab/ien/rhone/st_priest/spip/IMG/pdf/Historique.pdf.

[7] Cf. la page de présentation de la société sur www.google.com/corporate. Consultée le 13 septembre 2013.

[8] Voir mon article « Une nouvelle pédagogie de l’action citoyenne sur le monde? » Portail du réseau collégial, 25 février 2013. Corporation « Le réseau collégial », Montréal, Québec, Canada.

 

[9] Google a accepté de censurer des sites racistes, antisémites ou islamistes afin de se conformer aux lois de la France et de l’Allemagne. Cf. Amélie Robitaille, « Négationnisme sur internet » sur www.droits-libertes.org, dimanche 5 octobre 2008, consulté le 10 septembre 2013.

[10] Sur l’impact éthique d’Internet, voir mon article « Une nouvelle pédagogie de l’action citoyenne sur le monde? », op. cit.

[11] Cf. Danah Boyd et Nicole Ellison, « L’histoire des réseaux sociaux : de SixDegrees à MySpace, dans Internet et réseaux sociaux, dans Problèmes politiques et sociaux, Paris, Division de l’information légale et administrative, dossier réalisé par Dominique Cardon, mai 2011, p. 15.

[12] Jérôme Batout, « Le monde selon Facebook », extrait cité dans Internet et les réseaux sociaux, ibid., p. 45.

[13] J. Batout donne l’exemple du groupe qui se forme « Pour que le colonel Kadhafi devienne enfin général » ou encore du groupe qui se demande : « La coupe de cheveux d’André Glucksmann est-elle philosophique ? » (Ibid.).

[14] Ibid., p. 45-46.

[15] Par comparaison, l’encyclopédie Britannica compte un peu plus de 200 000 sujets.

[16] On peut le vérifier facilement en consultant l’article « Micronation » dans Wikipédia dans plus d’une quarantaine de langues, dont le russe, le chinois, l’aragonais, le catalan, le basque, l’espéranto, etc.

[17] Par exemple, François Jarraud, Wikipédia tente de pénétrer le milieu éducatif, Le café pédagogique, décembre 2005 (page consultée le 23 septembre 2013), < http://www.cafepedagogique.net/disci/actutic/68.php [archive] >. Jarraud déconseille aux enseignants d’utiliser Wikipédia.

[18] Jean Burgess, Joshua Green (MIT ; 2009), « Contenus des industries, contenus autoproduits », Internet et réseaux sociaux, dans Problèmes politiques et sociaux, Paris, Division de l’information légale et administrative, dossier réalisé par Dominique Cardon, mai 2011, p. 53-57.

[19] Dominique Dupagne, « Dans le domaine de la santé, l’émergence d’un nouveau type d’information » dans Internet et réseaux sociaux, Problèmes politiques et sociaux, Paris, Division de l’information légale et administrative, dossier réalisé par Dominique Cardon,  no 984, mai 2011, p. 58.

 

[20] Méadel Cécile, « Partager ma propre opinion. La grippe H1N1 : connaissances profanes et échanges électroniques, de la gouvernance à la dynamique du commun de l’Internet », Vox Internet Paris, 26-27 mars 2010, p. 59 (cité par D. Dupagne).

[21] Dominique Dupagne, op. cit., p. 57-59.

[22] André Gunther, « L’image partagée », dans Internet et réseaux sociaux, op. cit., p. 52-53.

[23] Dominique Dupagne   … « La nouvelle information santé est une nébuleuse. Elle est complexe au sens qu’Edgar Morin donne à cet adjectif : elle fuit le réductionnisme, la disjonction, la simplification, la synthèse, la validation »  (ibid.).

 

[24] Pierre Mounier, « La révolution des amateurs professionnels », Homo numericus, 26 fév. 2005 (http://blog.homo-numericus.net/spip.php?article12) .

[25] Cette partie de la lettre aux internautes reprend avec des modifications le tableau et les explications d’un article que j’ai publié dans le Portail du réseau collégial : Un_outil_pédagogique pour l’enseignement de la pensée critique et de l’usage rationnel des documents, Portail du réseau collégial, 22 mai 2013, Corporation « Le réseau collégial », Montréal, Québec, Canada.

[26] La critique prépondérante, à une époque donnée, est celle qui aura été la plus décisive sur le plan de la connaissance et de l’éthique.

[27] Par exemple, Xénophane, le fondateur de la célèbre école rationaliste d’Élée, a critiqué les croyances mythiques anthropomorphiques, c’est-à-dire celles qui représentaient les dieux sous la forme humaine Cf. Xénophane, fragments 14, 15 et 16 (Hermann Diels,, Les présocratiques, trad. J.-P. Dumont, Gallimard, coll. « Pléiade », 1988).

 

[28] Le qualificatif « adisciplinaire », à prendre au sens de hors discipline, pourra être préféré à tous les qualificatifs plus ou moins synonymes tels que multidisciplinaire, interdisciplinaire ou transdisciplinarité (cf. Agorathèque :  « Définition de la science adisciplinaire ».  http://agoratheque.yprovencal.profweb.ca/?page_id=1317 ).