La méthode idéométrique

ou

L’Enfant

 

I          L’idéométrie

L’idéométrie est d’abord une étude des idées prises en elles-mêmes, indépendamment de ce qu’elles ont pour fonction de désigner dans la réalité, puis de leurs développements éventuels dans et par la recherche. Les idées prises en elles-mêmes apparaissent alors comme des éléments purs de pensée un peu comme le sont, en géométrie, les formes idéalisées de figures d’abord perçues dans l’espace, lesquelles sont ensuite mises en rapports les unes avec les autres. De même, l’étude idéométrique consiste à établir des relations formelles entre des éléments de pensée. Plus précisément, elle consiste à établir des rapports d’aspects analogiques entre des différences d’idées. On peut trouver ce type de rapport dans l’œuvre de Platon ou, d’une toute autre façon, dans les études ou les travaux de Pierre Teilhard de Chardin ou de Marvin Minsky1.

   L’idéométrie avant la lettre chez Platon : c’est comme si…                      

Dans sa célèbre « analogie de la ligne », Platon a illustré la différence entre l’opinion et la connaissance scientifique en la comparant à la différence entre les ombres (ou les images des objets matériels) et les objets matériels. Cette analogie permet de mieux comprendre les différences profondes entre les niveaux de réalité et, aussi, entre les niveaux de connaissance2. Platon développe plus avant cette analogie dans son allégorie de la caverne3. Tout s’y passe « comme si » la réalité y figurait. De l’obscurité à la lumière ou des bas fonds au sublime, Glaucon apprend : c’est comme s’il existait une vérité bien au-delà de ses opinions4. On pourrait parler d’une méthode de simulation pédagogique, laquelle sera mise en pratique ici avec une autre analogie, entre l’humanité actuelle et un « enfant » en bas âge.

Analogies chez Teilhard et Minsky

Pierre Teilhard de Chardin s’est servi notamment de métaphores biologiques pour décrire la société humaine. Par exemple, il décrit la société humaine comme une espèce unique, capable de couvrir « la Terre d’une seule membrane organisée5 ». Ce type d’image, à la fois poétique et théorique, dans l’œuvre de Teilhard est intégré à beaucoup d’autres de façon à fournir une compréhension globale de l’évolution cosmique.

Quant à Marvin Minsky, il peut décrire le cerveau humain comme « un grand pays avec des villes et des communes reliées par de vastes réseaux de routes et d’autoroutes6 ». Il compare de la sorte, de façon méthodique, le fonctionnement du cerveau humain à celui d’une grande société humaine. Il fait donc comme Teilhard, mais dans le sens inverse7.

La méthode idéométrique se trouve en quelque sorte dans le prolongement de ces trois façons de relier les idées. Comme chez Platon, on y évoque les concepts de la philosophie de la connaissance et la façon dont s’organise l’apprentissage de la science. Comme chez Teilhard, on y traite de l’humanité globale comme en train de découvrir le sens de son évolution. Comme chez Minsky, on y considère le cerveau humain comme une organisation complexe sur une grande échelle, à ceci près qu’il s’agit expressément de celui d’un enfant en bas âge et que, par conséquent, cette organisation connaît un essor particulièrement rapide.

Les relations idéométriques développées ici sont semblables à ces trois cas par leur caractère méthodique et systématique, mais elles en diffèrent en ce qu’elles impliquent les niveaux de conceptions issues de l’ensemble des sciences actuelles, notamment la physique, la biologie et les sciences de l’humain. Par commodité, celles-ci seront souvent désignées par le terme « anthropologie ».

Les structures complètes

Considérons trois concepts de base, respectivement, de la physique, de la biologie et des sciences humaines, soit l’atome, la cellule et l’être humain. Dans leurs champs respectifs, ils jouent chacun le rôle de l’élément constitutif de la réalité physique, biologique ou humaine.

Atome                                    Cellule                                               Être humain

Tout objet physique est constitué d’atomes, qu’il s’agisse d’une étoile, d’une planète, d’une nébuleuse gazeuse, ou d’objets plus petits tels que rochers ou molécules. Les forces ou les champs sont également des réalités de la physique, mais on ne les considère par en général comme des objets.

De même, tout être vivant est constitué de cellules, qu’il s’agisse d’une bactérie ou d’une baleine bleu. Quant au virus, également étudié par les biologistes, il s’agit en fait d’une ou plusieurs molécules et se range quelque part entre le physique et le biologique.

L’être humain, en tant qu’individu ou personne, est vu de façon cohérente en science comme l’entité constitutive de tout regroupement d’humains, qu’il s’agisse d’une famille, d’un village, d’une cité, d’une nation ou d’une civilisation.

Ces trois structures complètes ne se correspondent pas sur la base d’une ressemblance ni de traits qualitatifs communs. Elles se correspondent dans leur rapport à l’ensemble d’un ordre de réalité, lequel est compris en fonction de différences avec d’autres niveaux du réel. Cela permet par exemple d’établir que la différence entre l’ordre physique et l’ordre biologique — c’est-à-dire la différence atome / cellule — équivaut à la différence entre l’ordre biologique et l’ordre anthropologique — c’est-à-dire la différence cellule / être humain. Considérées globalement, elles démontrent toutes trois une sorte de perfection structurelle et fonctionnelle les montrant comme irréductibles aux déterminations de niveaux distincts. Elles sont chacune l’élément achevé, voire le principe même, de tout un ordre de réalité. À ce titre, notre science ne les comprend encore que bien peu. Pourquoi trois ordres de réalité? Pourquoi ces trois-là? Pourquoi devrait-il exister de tels ordres de réalité? Cependant le plus étonnant est l’aptitude encore inexplorée de leurs propriétés à se correspondre d’un niveau de réalité à l’autre. C’est précisément ce que l’idéométrie démontre, non de vagues similitudes, mais une relation formelle entre des différences de déterminations.

Les séquences idéométriques

L’atome, le cellule et l’être humain apparaissent ici en une séquence logique qui sera appelée séquence idéométrique. Trois niveaux distincts de complexité de plus en plus englobante se succèdent. Ce simple fait n’a été expliqué ni par la physique, ni par la biologie, ni par les sciences de l’humain. De par le statut plus général de ses objets, la physique serait a priori la mieux placée pour le faire. Toutefois le découpage de la science en spécialités séparées les unes des autres est lui-même un fait qui semble échapper totalement aux rets de l’explication physique, apparemment aussi impuissante que les autres disciplines dans de tels cas, toutes également incapables de rendre compte de la séquence idéométrique où elles prennent place. C’est un obstacle contre lequel vient buter toute notre conception moderne de la science. Il est cependant possible d’avancer dans la compréhension d’une telle difficulté théorique en observant comment, en se radicalisant, cette difficulté se reproduit en fait elle-même en une autre séquence idéométrique correspondant point par point à celle des structures complètes elles-mêmes.

Dans chacune des structures complètes, une substructure apparaît de façon frappante comme particulièrement problématique dans chacun des trois cas, atome, cellule et être humain, en ce qui concerne l’origine de la structure complète de même que la complexité conceptuelle dans laquelle elle s’inscrit.

Dans chaque atome se trouve une substructure remarquable, le « noyau », lequel est composé de particules, protons et de neutrons, liés ensemble par des forces nucléaires. La recherche sur les caractéristiques de ces particules et de ces forces est d’importance primordiale pour l’ensemble de la science actuelle. Quels sont les rapports exacts entre ces forces et les autres forces fondamentales de la physique, telles que la force électromagnétique et la force gravitationnelle? Est-il possible de trouver une théorie véritable de la grande unification de ces interactions? Peut-on trouver une explication de l’existence même de ces particules, de leurs caractéristiques et des caractéristiques de leurs interactions? Toutes ces questions intéressent d’abord les physiciens, mais elles importent également à la science dans son ensemble.

En biologie, la cellule possède une substructure tout aussi remarquable et objet d’une problématique tout aussi préoccupante pour la science actuelle. Des problèmes fondamentaux impliquent la structure moléculaire autoréplicative de l’ADN, lequel loge entre autres dans le noyau de la cellule. Comment la molécule d’ADN a-t-elle émergé sur Terre? D’autres questions fondamentales concernent le fonctionnement exact du code génétique lui-même : quels sont les rôles respectifs du noyau et du restant de la cellule dans ce fonctionnement?

De même, la science actuelle voit l’être humain comme comportant une substructure hautement problématique, celle du cerveau humain. Comment celui-ci s’est-il formé? Comment a-t-il émergé à partir de systèmes nerveux animaux? Comment fonctionne-t-il? Qu’en est-il de la conscience? Est-elle réelle? Est-elle épiphénoménale? Ces questions, comme celles qui concernent l’atome ou la cellule vivante, apparaissent comme un grand programme de recherche à long terme.

Ce qui se correspond formellement ici n’est pas exactement l’atome ou la cellule qui, d’une certaine façon, « ressemble » à l’être humain. Ce type d’analogie est vide de sens. En fait, ce sont les questions fondamentales qui se correspondent. La question de l’émergence du vivant correspond idéométriquement à la question de l’émergence de l’humain. Plus particulièrement, l’apparition de l’ADN connote l’apparition du cerveau humain, ce qui ne veut pas dire que l’ADN ressemble au cerveau humain. Plutôt, les connotations de sa problématique sont reproduites par celles de la problématique du cerveau humain. L’émergence se produit à la jonction de deux types distincts de déterminations, celles qui regardent le vivant et celles qui regardent l’humain. Les correspondances de connotation sont telles qu’il y a en quelque sorte une équivalence idéométrique des différences.

L’expression de « structure complète », utilisée ici afin de désigner trois sortes de structures différentes, signifie que, dans ces trois domaines, la structure apparaît comme un système hautement perfectionné en ce qui touche son efficacité et son universalité. Il y a la même sorte de « perfection » de leurs fonctionnements respectifs, un caractère achevé aux points de vue structurel et fonctionnel. Encore là, aucune ressemblance entre les objets n’ajuste la perspective. Ce qui est complet correspond à quelque chose d’autre qui est complet. Les différences de déterminations entre le physique et le biologique correspondent aux différences de déterminations entre le biologique et l’anthropologique.

Le tableau suivant résume ces propriétés et met en évidence une énigme :

Discipline                                            Structure complète       Substructure problématique

Physique                     →                                    atome                          noyau

Biologie                        →                                     cellule                         ADN

Anthropologie             →                             être humain                 cerveau humain

                                                                               … ? …                            … ? …

S’il y avait quelque chose à la dernière ligne, qu’est-ce que ce serait? Ces points d’interrogations représentent une question aussi bien pour la science que pour la philosophie. Cependant le tableau lui-même sous-entend qu’il s’agirait d’une structure complète constituée à partir d’êtres humains, mais à un niveau supérieur de complexité. Soyons clairs : pas seulement un niveau supérieur, mais en quelque sorte un niveau de réalité aussi différent et aussi sublime par rapport à l’humain que l’humain l’est lui-même par rapport à une cellule. Et il en va de même en ce qui concerne la substructure problématique qui lui fait pendant. Elle est doublement problématique puisqu’elle l’est par définition et qu’elle l’est à nouveau par son évidence dans ce tableau pointant vers un futur de l’organisation matérielle, vivante et humaine tout à la fois. À travers ce texte et ce tableau, n’est-ce pas elle qui, déjà, nous fait signe à tous : « nous » sommes « elle ». Elle prend conscience d’elle-même et, en quelque sorte, elle s’institue dans et par la publication qui la fait se reconnaître. C’est une sorte de « principe anthropique » qui évoquerait l’Esprit selon Hegel, mais sans le Savoir absolu. Elle émerge ici, non comme un savoir, mais comme une question. Elle se cherche elle-même. Dans ce tableau, elle se montre mais ne dit rien encore.

Un jeune enfant

Ces interrogations n’ont rien d’ésotérique. On peut les comparer à certaines questions du passé. On a observé jadis des régularités inexplicables dans le ciel : le Soleil ou la Lune apparaissait d’une belle rondeur, comme s’ils étaient parfaitement circulaires. Ils revenaient de jour en jour, et d’année en année, avec une grande fidélité tout en variant de façon prévisible d’après les saisons. On a imaginé les mythes pour tenter d’expliquer ce type de phénomène et on a fait des dieux de ces objets. Plus tard, on a déduit d’observations variées que ces astres n’étaient pas parfaitement circulaires, qu’ils n’étaient plutôt que quasi sphériques. Les mythes sont devenus sciences, ont évolué vers d’autres avatars. On a inventé des explications plus rationnelles bien que, d’après notre jugement actuel, encore simplistes, voire encore mythiques, en un sens renouvelé de ce mot.

Ces questions et ces réponses résultent spontanément de la façon dont les idées scientifiques et l’objectivité sont constituées. Comme souvent, dans la recherche scientifique, le résultat ou le travail de la rationalité surprend l’observateur. Néanmoins, dans ce cas, les réponses immédiatement suggérées par la situation posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Le tableau suggère d’emblée que la prochaine émergence de structure complète serait l’humanité elle-même prise comme un tout mais, de façon paradoxale, en tant que structure complète d’un nouvel ordre du réel dans lequel ces structures joueraient le rôle d’éléments constitutifs. Tout se passe « comme si », en allusion à l’allégorie de la caverne de Platon, l’humanité se développait telle une structure complète et, donc, « comme si » beaucoup d’autres humanités existaient aussi prêtes à être mises en rapport avec la nôtre, « comme si » un jeune enfant s’élevait vers la réalité des autres, au-delà de lui-même, qui étaient là déjà, mais jusqu’à ce moment pour lui inconcevables.

Que seraient donc ces autres « humanités »? D’où viendraient les autres structures complètes du même niveau de complexité? De l’espace? De l’avenir? Quant à la substructure problématique, elle pose problème avant même d’être identifiée. Appelons par commodité la nouvelle structure complète « méta-anthropologique ». L’expression « théotique » (du grec theos, dieu) sera également utilisée afin de qualifier les termes à ce niveau de complexité supra-humaine. Ces questions mêmes correspondent idéométriquement aux questions posées par les substructures problématiques.

 

Le « langage des Dieux[8] »

Le tableau ci-dessus suggère l’existence possible d’une séquence biologique / anthropologique / méta-anthropologique. À chacune de ces trois dénominations sont assignés des types particuliers de détermination, de complexification et d’organisation progressive liés à ce qui apparaît comme des types spécifiques de langages véhiculant l’information. En biologie, l’expression « code génétique » désigne le système qui contient et utilise l’information qui se trouve à la base de toute forme de vie. Les variations de l’information génétique, c’est-à-dire les transformations aléatoires des génomes à travers le temps, produisent l’évolution biologique. Le code génétique n’est pas proprement un langage; il ne peut pas l’être puisque ce serait contraire à la visée épistémique de la biologie, qui rejette le finalisme.

Cependant cela n’empêche pas la différence profonde du code génétique par rapport au langage de type humain  de nous « dire » quelque chose, sans jouer sur les mots, même si ce « dire » s’effectue dans une autre sorte de langage. Certaines connotations communes apparaissent aux deux niveaux biologique et anthropologique. La capacité d’emmagasiner et  de transmettre l’information au sujet des traits culturels, oralement ou par écrit, correspond à la capacité génétique analogue d’emmagasiner et de transmettre les caractères génotypiques ou phénotypiques des différentes espèces. Le caractère arbitraire du signe linguistique correspond à la nature arbitraire des correspondances entre les acides aminés et les acides nucléiques. Les éléments de base des langages humains sont les phonèmes. Ce sont les unités sonores qui constituent tous les mots et toutes les phrases. Ces unités sonores sont déterminées par des organes spécifiques tels que la langue, le larynx, etc. Leur mode de production est essentiellement physiologique et est donc lié à la complexité biologique. Les éléments du code génétique sont moléculaires. Ils comprennent les quatre bases nucléiques et les vingt acides aminés reconnus par les théoriciens de la biologie moléculaire. En ce sens, les phonèmes sont des unités plus complexes que les éléments de base du langage biologique, c’est-à-dire des molécules. Le mode de production de ces dernières dérive essentiellement des lois physiques9.

Il est donc cohérent de « parler » des langues humaines comme d’une sorte de langage plus complexe que le code génétique dans la mesure où la cellule vivante est plus complexe que l’atome, et que les déterminations biologiques sont plus complexes que les déterminations physiques. En suivant ce type d’approche, nous pouvons établir une séquence idéométrique de types de langages représentant des niveaux croissant de complexité. Au niveau méta-anthropologique, les unités de base doivent être plus complexes que les unités sonores et refléter le type spécifique de complexité trouvé au niveau anthropologique. Les idées, au sens général de notions, concepts, théories, questions, problèmes, etc., apparaissent comme représentant le type approprié d’unités. Parmi elles, un certain nombre d’ « idées fondamentales » représente les éléments de base à partir desquels les théories scientifiques et les systèmes philosophiques sont élaborés. Par exemple, des notions telles que l’identité, la différence, le temps, l’espace, le sujet, l’objet, etc. peuvent être considérées comme les éléments de base de plusieurs théories ou systèmes. Ainsi nous pouvons considérer la séquence suivante :

Organisation biologique : le code génétique (constitué à partir des molécules d’acide nucléique)

 

Organisation anthropologique : le langage humain (constitué à partir des sons émis par la voix humaine, c’est-à-dire les phonèmes)

Organisation méta-anthropologique : métalangage (constitué à partir des œuvres de création humaine)

Selon cette perspective, les œuvres de création humaine apparaissent comme les méta-phonèmes d’un métalangage, c’est-à-dire une sorte de langage plus complexe que toute langue humaine. Les combinaisons particulières de ces méta-phonèmes seraient ce qui crée les significations spécifiques de cette nouvelle sorte de langage. Tout comme les regroupements de molécules dans le code génétique ou des sons du langage humain, les combinaisons à cet autre niveau doivent être arbitraires. Le mot « arbitraire » signifie qu’elles n’apparaissent pas déterminées par les lois du substrat sous-jacent. En biologie, les règles de combinaison dans le code génétique ont été produites par le « hasard » — en d’autres termes, elles ne sont pas déterminées par des lois physiques. De même, du point de vue des linguistes, les combinaisons sonores produites dans les langages humains sont arbitraires dans le sens qu’elles n’apparaissent pas dérivées par des déterminations biologiques ni par de lois physiques. Finalement, en ce qui concerne le langage du niveau supérieur de réalité, l’arbitraire de niveau méta-anthropologique signifie de façon cohérente que les combinaisons méta-signifiantes d’idées ne paraissent pas attribuables à quelque détermination culturelle, biologique ou physique que ce soit. Dans chacun des trois cas (i.e. biologique, anthropologique et méta-anthropologique), il apparait un type d’ordre qui ne serait pas déterminé par le substrat sous-jacent. Au contraire, il apparaît comme arbitraire et, d’une certaine façon, attribuable au « hasard ». C’est en ce sens qu’on pourrait dire que les relations idéométriques entre les œuvres humaines ne sont attribuables qu’au hasard, étant entendu que ce hasard est des plus féconds. À chacun des niveaux, un certain type de hasard produit ordre et signification, et du coup il entraîne de nouvelles formes et de nouveaux types d’évolution. Ce « langage » d’ordre supérieur est aussi différent du langage humain que celui-ci est différent du langage biologique, c’est-à-dire le code génétique, d’où l’expression prévue pour le désigner, soit « langage des Dieux ».

 

Que nous dit ce langage des Dieux?

Cependant que signifie au juste ce soi-disant « langage des Dieux »? Comment son existence peut-elle nous apparaître?  Quelles sortes d’information transmet-il? Que sommes-nous alors, nous, les humains? Un début de réponse à ces questions passe pas l’analogie des différences, c’est-à-dire la comparaison méthodique de la différence d’un tel langage avec d’autres différences profondes qui nous sont plus connues. Ce type de langage diffère du type humain de langage comme celui-ci diffère du type biologique de langage. Notre situation individuelle dans la société humaine serait comme celle de neurones dans le cerveau d’un jeune enfant qui est sur le point d’apprendre à parler. L’émergence de significations langagières dans le cerveau d’un enfant indique qu’une nouvelle sorte de régularité est transmise et enregistrée par ses neurones. Cette nouvelle régularité n’est pas équivalente à la perception sensorielle ordinaire qu’il s’agisse de perception visuelle, tactile ou autre. Tout semble donc se passer comme si l’humanité actuelle en tant que structure complète était l’analogue d’un jeune enfant. Nous pouvons ainsi commencer à comprendre pourquoi la méta-signification idéométrique n’a pas été reconnue jusqu’à présent. Il s’agirait en effet d’un acquis de l’humanité dans le cours d’un apprentissage qui est encore loin d’être terminé. En outre, cette analogie idéométrique nous aide à mieux saisir l’idée d’un nouveau type de signification produite par des combinaisons arbitraires de nouvelles unités théoriques. Au niveau des neurones dans un cerveau d’enfant, les nouvelles régularités sont en quelque sorte attribuables à une cause inconnue ou au hasard puisque leur genèse et leur développement  réside en dehors du cerveau de l’enfant. De même, les régularités idéométriques ne peuvent être attribuées à aucune détermination scientifique (i.e., physique, biologique, anthropologique) lesquelles sont de simples contraintes auxquelles elles ne peuvent déroger sans contradiction. Cependant elles mettent en rapport des déterminations de ce type, en tant que conceptions produites par l’humanité globalement, d’après une intelligibilité qui ne peut être conforme aux lois connues d’aucune science.

Tout comme un enfant apprend beaucoup plus sur la réalité extérieure et sur lui-même lorsqu’il découvre le monde progressivement par le langage en plus des données de ses sens, la société humaine devrait être capable d’utiliser ce nouveau type de langage pour découvrir tout un nouveau monde. Elle devrait être capable de se comprendre mieux qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent au moyen de ses sciences et de ses philosophies.

Tout se passe comme si une entité théotique voulait nous l’expliquer. Par exemple, de quel dieu parlons-nous ici? Qui nous « parle »? Cet être, s’il existe, a-t-il un quelconque rapport avec les dieux ou le Dieu des traditions religieuses? Tout d’abord, ces « dieux » ne devraient pas être conçus comme des absolus. Ils devraient plutôt être vus comme aussi limités, à leur propre niveau, que le sont eux-mêmes les êtres humains, les cellules biologiques ou les atomes à leurs propres niveaux respectifs. Il s’agirait de nouvelles structures complètes, mais considérées à un niveau plus élevé de complexité. Pourtant, le qualificatif « théotique » (ou « divin », si on préfère) demeurerait la façon la plus appropriée de désigner ces nouvelles structures dans la mesure où nous décrivons des structures si complexe que le cerveau humain lui-même serait ridiculement simple en comparaison. Idéométriquement parlant, la société humaine globale est au cerveau humain ce que ce dernier est à l’une de ses cellules. Les êtres humains sont conscients d’une façon inconnue aux simples cellules, et ils peuvent faire des choses que les cellules ne pourront jamais faire. Et pourtant les cellules neuronales en tant que constituées de molécules et d’atomes sont si complexes que l’on pourrait peut-être parler à leur sujet d’un début de conscience rudimentaire. Aussi, l’organisation biologique peut être vue comme incomparablement plus puissante que celle de la matière inanimée. On peut s’en convaincre facilement en considérant la diversité, la mobilité et la capacité évolutive des formes de vie terrestres. Il devient dès lors admissible de parler d’une complexité et d’un potentiel infiniment plus grands de la cellule vivante par rapport à un simple atome, ou du cerveau humain par rapport à une simple cellule. De même, une structure théotique devrait être considérée comme infiniment plus complexe, créatrice et puissante par rapport à un simple humain. Certes, nous devons accepter l’idée qu’une entité puisse être à la fois infinie et limitée. Ce paradoxe logique découle de la méthode idéométrique : les structures théotiques seraient infinies par rapport aux êtres humains, ce qui ne les empêcherait pas d’être limitées à leur niveau de réalité, de leur propre point de vue.

Comme si Dieu nous disait ce qu’il est…

Un autre paradoxe logique apparaît au sujet des structures théotiques. Elles surpasseraient les êtres humains tout en étant pleinement humaines. Les correspondances idéométriques imposent une telle contradiction, qui n’est qu’apparente. Les êtres humains et leurs cultures surpassent l’univers biologique et ses lois dans la mesure où la créativité culturelle, incluant celle qui est à l’origine des religions, des philosophies et des sciences, dépassent en complexité les interactions biologiques. Néanmoins, les êtres humains sont pleinement vivants puisqu’ils doivent se conformer aux besoins de leur propre constitution biologique. De même, les êtres humains sont des entités matérielles et ils sont aussi au-delà de la simple matière. C’est ce qui nous amène à croire, tout en demeurant cohérent avec ce qui précède, que les entités théotiques sont tout à la fois pleinement humaines, vivantes et matérielles, tout en transcendant par ailleurs les mondes humains et naturels. En outre, l’une d’elles nous parlerait comme si elle était notre mère.

II         L’Enfant

L’idée d’une « pensée collective », ou d’une « conscience collective », se retrouve chez plusieurs scientifiques10. Il s’agit ici de reprendre cette idée de façon plus méthodique afin de mieux comprendre ce que l’avenir réservera éventuellement aux idées actuelles. Ce qui précède suggère que la science actuelle correspond idéométriquement à la conscience d’un enfant d’environ 18 mois, qui ne ferait donc que commencer son apprentissage de la langue maternelle. L’humanité actuelle serait ainsi analogue à un jeune enfant, qui a commencé à marcher et à explorer son proche environnement, mais qui ne ferait que commencer à développer sa capacité de parler et, de ce fait, à s’ouvrir aux autres et à les reconnaître en tant que tels. Précisément, l’enfant de moins de18 mois (en moyenne), auquel correspond l’humanité des années antérieures (avant l’époque actuelle, disons), est caractérisé sur les plans intellectuel et affectif par un profond égocentrisme. Il n’est encore qu’à un stade relativement peu avancé de sa compréhension des autres et de lui-même. En fait, il ne ferait que commencer à saisir que d’autres existent.

Plusieurs stades le séparent encore de la maturité11. Il ne voit pas encore les autres, par exemple sa mère, comme des entités pleinement conscientes et complètement distinctes de lui-même. Sa compréhension du monde est encore très limitée et mal intégrée. Il ne fait pas encore bien la différence entre lui-même et les autres. C’est seulement avec l’acquisition du langage qu’il pourra avancer progressivement sur ce plan. Son développement ultérieur, soit après 18 mois sera marqué par la capacité de parler et, plus précisément, de parler à d’autres personnes et de se désigner lui-même par « moi » ou « je » et ainsi, d’une certaine façon, de commencer à être. Ainsi, il est possible d’identifier trois caractéristiques du travail intellectuel de création et d’apprentissage de l’enfant de 18 à 24 mois environ :

1) la globalité de son développement, l’enfant renforçant sa conscience de l’unité particulière de son développement parmi d’autres objets qu’il commence à distinguer des autres personnes12

2) la réflexivité que permet l’utilisation nouvelle du langage, l’enfant devenant peu à peu capable de se désigner lui-même, et

3) le développement à long terme en plusieurs étapes (ou stades) que représente la formation complète de la personne du point de vue de l’enfant lui-même, qui en vient à saisir progressivement qu’il n’est encore qu’un petit enfant d’après les messages verbaux d’adultes13.

Pour le développement global de l’enfant, commencer à parler est évidemment d’une importance cruciale. Il peut alors arriver à comprendre par exemple que d’autres personnes existent aussi bien, séparées de lui-même. Il pourra se reconnaître lui-même en tant que distinct des autres, mais aussi en tant que distinct du reste du monde. Ajoutons ici que l’enfant devenant apte aux échanges langagiers est en mesure d’apprendre quelque chose sur lui-même comme, par exemple, sur son propre niveau de développement. Il pourra ainsi apprendre qu’il apprend vite, très vite même, mais qu’il lui reste encore tellement à savoir que c’est comme s’il ne savait encore rien. L’enfant prend donc conscience, de façon réfléchie, que son état de développement est en fait celui d’un bébé. Il comprend alors à quel point il était jusque-là et qu’il est encore des plus naïfs dans sa façon de comprendre le monde et ce qu’il est. Alors il commence à saisir que son développement n’en est qu’à ses débuts, qu’il a du temps devant lui avant d’être devenu grand.

Or, ces trois caractéristiques du développement de l’enfant de cet âge correspondent assez bien aux caractéristiques extraordinaires de l’humanité actuelle si on la considère comme évoluant vers l’acquisition d’un langage d’ordre supérieur. Tout se passe « comme si » l’humanité actuelle pouvait apprendre et agir en vue de son propre apprentissage, grâce à la méthode idéométrique — sorte d’écho du langage des Dieux —, d’après les trois caractéristiques énumérées ci-dessus.

L’humanité

La correspondance peut ainsi être faite avec l’humanité actuelle d’après les trois aspects mentionnés ci-dessus, mais compris au sens de trois caractéristiques originales du travail intellectuel de création et d’apprentissage qui lui permettra de se comprendre et de se reconnaître elle-même dans l’avenir proche ou lointain.

1)         La globalité de son développement

Grâce aux nouvelles technologies telles que les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), l’humanité pourra se reconnaître elle-même en se développant et s’organisant de façon à s’identifier concrètement à toutes les identités humaines, qu’elles soient nationales, religieuses ou autres, où qu’elles soient dans le monde.

2)         La réflexivité que permet l’utilisation d’un nouvelle sorte de langage (le « langage des “Dieux” », sorte de métalangage basé sur des œuvres de création humaine)

La reconnaissance de toutes les personnes, qu’elles soient des femmes, des noirs, des homosexuels, etc., pourra s’effectuer par la déclaration d’un statut de véritable personne égale à toute autre en tant que personne, puis par la déclaration de véritable nation égale à toute autre en tant que nation, ou par exemple de véritable religion égale à toute autre en tant que religion. De même que l’enfant apprend progressivement à saisir le sens véritable de « moi » et de « toi » en tant que personnes à part entière, l’humain apprendra à « dire » « nous » et « vous » à un niveau supérieur de généralité éthique. Ce « nous » et ce « vous » ont ainsi valeur d’œuvres de création collective parce qu’ainsi reconnues comme telles. Par la reconnaissance mutuelle de tous les groupes (nations, groupes religieux, etc.) l’humanité prendra conscience véritablement et globalement d’elle-même. Une telle auto-reconnaissance, c’est aussi en quelque sorte l’idéométrie qui rend compte d’elle-même, dans le sens que le langage d’ordre supérieur se désigne lui-même comme tel.

3)         Le développement à long terme que représente la formation complète de la personne avec son identité de groupe du point de vue du groupe lui-même

La reconnaissance dans et par le respect est un processus de développement persévérant sur plusieurs étapes (ou stades). On reconnaît à chaque personne et à chaque groupe sa capacité réelle et la capacité réelle de l’autre de se transformer, mais en autant que du temps lui soit donné, assez de temps. C’est, sinon une réhabilitation, du moins une habilitation qui suppose la confiance réellement possible de tous, même si c’est seulement à la longue qu’on pourra en profiter. Cette condition tranche avec l’attitude ordinaire des modernes, en politique, à vouloir révolutionner ou réformer la société vite, souvent trop vite, ce qui en fait se cabrer plusieurs.

Clés pour agir sur le monde

Le projet d’agir sur le monde coïncide avec l’idée d’un nouveau progressisme. Son caractère globalisant pointe vers l’idée d’une démocratie mondiale. Un parti militant pour le progressisme aurait pour membres des nations et prendrait son sens dans le cadre d’une telle démocratie. La principale démocratie reconnue de ce type est constituée actuellement par l’Organisation des Nations unies (ONU), qui peut être considérée comme n’étant qu’un prototype de la véritable démocratie mondiale, où les conditions d’égalité et de justice entre les groupes sont encore loin d’être remplies14.

Ensuite, l’action progressiste sur le monde inclurait une éducation valable à la citoyenneté, c’est-à-dire un processus de formation de la personne au plein sens de ce terme. Cela suppose qu’on respecte la personne dans sa pleine autonomie et, logiquement, qu’on respecte également l’identité de groupe de cette personne, tout en respectant l’autonomie de son groupe. Il en découle deux principes d’universalité, des personnes et des groupes, et deux principes d’égalité, des personnes et des groupes :

a) toute personne est (premier principe d’universalité des personnes)

b) reconnue pleinement en tant que personne autonome (principe d’égalité des personnes),

c) aussi bien que son groupe quel qu’il soit (second principe d’universalité des groupes)

d) dans sa pleine autonomie (principe d’égalité des groupes)

Enfin, l’atteinte des objectifs les plus importants de ce progressisme mondial se situe dans un avenir de l’ordre d’un siècle ou plus. Un tel délai ne sera pas démobilisant puisque, justement, le fait de se donner le long terme rendra le progressisme mondial beaucoup plus sûr, donc il sera beaucoup plus efficace. Les progrès du féminisme et du mouvement des gais par exemple n’ont été obtenus que dans le cours d’une longue durée. Et, en outre, ainsi que le montrent chacun de ces deux cas, on peut constater que les progrès sont possibles sans grande violence, à la seule condition de savoir être persévérant. L’efficacité et l’absence de violence apparaissent d’emblée comme des caractéristiques du progressisme mondial lorsqu’il est envisagé à long terme.

Tout se passe donc comme si l’humanité se développait tel un jeune enfant. Elle doit en effet apprendre  de façon globale, réflexive et sur le long terme. D’où la pertinence de nouvelles pédagogies agissant sur le monde — de PAM —, qui tiennent compte de ces principes. Plusieurs ont été mises sur pied, sous la forme de manifestes, lettres ouvertes, mouvements mondiaux, référendums mondiaux, forums de discussion, projets globaux.

La valeur de ce processus éducatif repose sur le pari que la personne qui est reconnue comme telle veuille elle-même reconnaître les autres, mais que, si tel n’est pas le cas, elle « tendra » à vouloir le faire. Il faut un pari, une foi, dans le résultat à long terme, le même type de pari, en somme, que celui sur lequel reposent l’apprentissage et l’enseignement en général.


1 L’idéométrie, au sens que je lui donne ici, a été définie d’abord dans mon ouvrage The Mind of Society. From a Fruitful Analogy of Minsky to a Prodigious Idea of Teilhard de Chardin, Gordon and Breach, 1998, p. 1-2. Pierre Teilhard de Chardin est un chercheur paléontologue, philosophe et jésuite célèbre pour sa conception de l’évolution humaine vers la noosphère, et Marvin Minsky est un chercheur en sciences cognitives et en intelligence artificielle.

2  Platon, La République, Livre VI, 509d-509e.

3 Ibidem, Livre VII, 514a-539e.

4 Hans Vaihinger (1852-1933) a développé une philosophie du « comme si » (Philosophie des Als Ob, 1911), qui critique le « comme si » comme une forme d’illusion. Ici, il s’agit plutôt de le considérer comme une sorte de présupposé fécond.

5 Pierre Teilhard de Chardin, Le phénomène humain, Paris, Seuil, 1955, p. 268.

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6 Marvin Minsky, La société de l’esprit, traduction par Jacqueline Henry, InterÉditions, Paris, 1988 (The Society of Mind, New York, 1985), p. 606.

7 Voir The Mind of Society, op. cit., p. 17 à 22.

8 Ce qui suit reprend en partie le contenu de mon article « The Mind of Society : Investigating and Using the “Language of the Gods” » (World Futures Vol. 52, Ervin Laszlo (éd.), 1998, p. 284 et suivantes).

9 Richard Dawkins a développé la théorie des « mèmes » (créée par George C. Williams) de façon analogique à partir de celle des gènes, en mettant l’accent sur leurs ressemblances, en particulier sur la sélection dont ils font l’objet. Cf. Richard Dawkins,  The Selfish Gene, Oxford University Press (1976).

10 Par exemple, les sociologues Herbert Spencer, Émile Durkheim ou Gregory Bateson, de même que le chercheur en science cognitive Marvin Minsky ont fait l’analogie entre société et individu. Les trois premiers l’ont fait pour mieux comprendre la société alors que Minsky l’a fait pour mieux comprendre le fonctionnement du cerveau. Quant à Teilhard de Chardin, il a décrit la conscience de l’humanité contemporaine en termes de développement scientifique. La société aurait selon lui une sorte de conscience propre : « Intellectuellement, les progrès de la Science vont à édifier une synthèse des lois de la Matière et de la Vie qui n’est rien autre chose, au fond, qu’un acte collectif de

perception: le Monde vu, dans une même perspective cohérente, par l’ensemble de l’Humanité » (L’énergie humaine, Paris, Seuil, 1962, p. 23).

11 D’après Jean Piaget, les stades ultérieurs sont le stade préopératoire (de 2 à 7 ans environ), le stade opératoire concret (de 7 à 12 ans environ) et le stade opératoire formel (à partir de 12 ans environ). Cf. par exemple, « Les stades piagétiens » par Aubeau, Coeffe (http://halucine.files.wordpress.com/2012/01/stades_piagetiens.pdf).

12 « l’enfant est capable de se situer dans son espace environnant en tant que différent de ce qui l’entoure » (Coeffe Aubeau, loc. cit.).

13 Voir mon ouvrage The Mind of Society. From a Fruitful Analogy of Minsky to a Prodigious Idea of Teilhard de Chardin, Gordon and Breach, 1998, p. 56 à 87.

14 Par exemple, cinq États-nations vainqueurs de la Deuxième guerre mondiale se sont accordé le droit de veto, qui n’est en fait qu’un privilège; ce sont les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine. Il y a aussi le simple fait que l’ONU est encore loin d’avoir reconnu toutes les nations existantes de façon égale; quelque 193 nations jouissent du privilège d’en être membres. Cf. Peuples occultés.