Est-ce à dire qu’on doit donner raison à Jane Misme lorsqu’elle avança de façon controversée que le féminisme était compatible avec toute croyance religieuse1 ? Cela ne découle de l’application des deux principes de respect énoncés ci-dessus que si l’on admet que les croyances religieuses peuvent évoluer vers la reconnaissance de l’autonomie de chacune des femmes2. Plus précisément, le respect de l’autonomie de chacune des femmes implique qu’elle peut librement choisir son appartenance à un groupe quelconque, que ce groupe soit ou non religieux. En ce sens, la compatibilité du féminisme avec les croyances signifie en fait qu’il est compatible avec l’évolution de telles croyances vers le respect explicite des femmes. On en est encore loin, mais il semble possible de l’envisager sur le long terme. Selon Ariane Buisset, « il est probable que les théories religieuses sexistes sembleront dans quelques siècles aussi incompréhensibles que celles qui prônaient jadis l’esclavage3 ». D’ailleurs, ainsi qu’elle en défend l’idée,         « Jésus, Bouddha et Mahomet ont sans conteste été à la pointe de leur époque dans leur rapport avec les femmes4 ». Par exemple, la relation de Mahomet envers les femmes était « douce » ; il ne les battait pas… 5 Il semble donc possible que les religions évoluent vers plus de respect des femmes. Du même coup, logiquement, elles évolueront vers plus de respect mutuel.


1 Jane Misme, directrice du journal La Française, le 11 juin 1911, citée par Florence Rochefort, « Contrecarrer ou interroger les religions », dans Le siècle des féminismes, op. cit., p. 352.

2 C’est ce qu’implique la position d’Ariane Buisset à l’égard des religions, lesquelles « devraient par ailleurs reconnaître qu’elles doivent être en perpétuelle évolution … » (Les religions face aux femmes, op. cit., p. 373).

3 Ariane Buisset, Les religions face aux femmes, op. cit., p. 288.

4 Ibid., Introduction, p. 12.

5 Ibid., p. 101.