Line Chamberland raconte comment, dans le Québec des années 1980, les féministes hétérosexuelles et les lesbiennes « s’entredéchiraient » en ce qui concernait la sexualité, la violence, la pornographie ou la prostitution1 ». Il y avait là un enjeu politique pour le mouvement des lesbiennes. Encore aujourd’hui, Line Chamberland veut garder ses « distances par rapport à une certaine idéologie féministe qui, en définissant les lesbiennes comme des femmes qui ne se distinguent des autres que par une orientation sexuelle innée et inoffensive, tend elle aussi à banaliser ma différence. » Elle a « deux pôles identitaires – lesbienne et féministe […] aucun n’est soluble dans l’autre. De cela, je suis certaine2 ». On peut par ailleurs trouver une situation analogue aux États-Unis ou en France, par exemple. Christine Bard décrit les rapports entre lesbiennes et féministes américaines dans les années 1980 comme des « affrontements séparatistes » et, en France, l’homosexualité féminine, dans les milieux féministes, « est, au mieux, un tabou, au pire, un objet de crainte et de réprobation3». La lesbienne et féministe Monique Wittig, en 1978, avait proclamé que « les lesbiennes ne sont pas des femmes4 », comme en écho au fameux mot de Simone De Beauvoir « on ne naît pas femme, on le devient ».


1 Line Chamberland, « Le garde-robe de verre », La vie en rose. Hors série 2005. Le magazine féministe d’actualité, Montréal, Remue-ménage, p. 94-95.

2 Ibid.

3 Christine Bard, « Le lesbianisme comme construction politique », dans Le siècle des féminismes, op. cit., p. 111-112.

4 Citée par Christine Bard,  op. cit., p. 121.