Des Iraniennes militent en faveur du respect de leur foi islamique tout en entendant faire avancer le statut de la femme en Iran. Elles ont développé un féminisme original. D’abord elles ne veulent pas de l’appellation « féministe », qui est trop occidentale et, de ce fait, inadaptée à l’Iran1. Azadeh Kian-Thiébaut nous aide à comprendre leur situation : « En réinterprétant les textes coraniques et les lois islamiques, elles entendent rétablir la légitimité de leur autorité dans les institutions politiques, religieuses et juridiques […] En dépit de leurs divergences avec les laïques, une solidarité de sexe émerge et rend possible une collaboration2 ». Ce discours contredit évidemment celui des féministes antireligieuses, qui rejettent a priori toute religion.

Le féminisme et l’islam se rencontrent

La féministe Ariane Buisset prône la bonne entente entre les femmes et les religions. Dans son ouvrage Les religions face aux femmes, d’entrée de jeu elle avertit sa lectrice (ou son lecteur) de ne s’identifier ni aux victimes, ni aux accusés3 ». Elle précise son attitude ainsi : « Seule la présence neutre, sans choix et sans jugements, est une base saine pour travailler sur les situations. Elle est le seul point de départ dont puisse naître une action juste, aimante et efficace4

Or, Tariq Ramadan, un musulman qui se veut médiateur entre l’Occident et l’Islam, explique qu’il appuie la charia (de l’arabe chari’a, en français « la voie ») parce qu’il ne veut pas condamner la tradition islamique, mais tout en étant ouvert à une pédagogie menant au respect des femmes. Ce faisant, il se veut aussi peu violent que possible à la fois envers la tradition islamique et envers les femmes5. L’attitude favorable de Tariq Ramadan prend la forme d’une interprétation moderne de la loi islamique, ce qu’on peut considérer comme responsabilisant envers les musulmans et, en général, envers les Occidentaux. Par son attitude, Tariq Ramadan semble viser  l’autonomie des personnes ainsi concernées.

Voir « Un cas remarquable d’attitude d’aide partielle »


1 Azadeh Kian-Thiébaut, « Les mouvements d’émancipation des femmes en Iran », dans Le siècle des féminismes, op. cit., p. 389-392.

2 Ibid.

3 Ariane Buisset, Les religions face aux femmes, « Introduction », Paris, ÉditionsAccarias/L’Originel, 2008, p. 18.

4 Ibid.

5 La chari’a traditionnelle est une loi inégalitaire parce qu’elle permet la polygamie et la répudiation.