La valeur universelle de l’islam

القيمة العالمية للإسلام

(English)

            Cette lettre ouverte s’adresse expressément à tous les musulmans. Cependant elle peut intéresser aussi, je crois, les croyants des autres religions, de même que les incroyants. Mon but principal est de montrer qu’en dépit de toutes les apparences contraires, l’islam est foncièrement respectueux de la personne et même que, sous certaines conditions, l’expansion de l’islam serait une bonne chose non seulement pour les musulmans mais aussi pour toute l’humanité. Mon texte sera argumenté et critique, plusieurs de ses arguments étant appuyés sur des textes de penseurs musulmans contemporains, notamment de Tariq Ramadan, Rachid Benzine et Mohammed Arkoun1.

Expansion

Aire d’extension actuelle
de l’islam
(en plus des diasporas)

I          Bref éloge de l’islam

Ma connaissance de l’islam étant fragmentaire, il faut voir les lignes qui suivent comme l’expression sans prétentions de ce que j’ai compris et éprouvé en prenant connaissance des conceptions de quelques-uns des penseurs de l’islam.

À première vue, l’éloge de la religion musulmane par un non-musulman ne va pas de soi. Il faudrait d’abord désamorcer toutes les préventions que l’on croit souvent nécessaires à l’égard de cette religion et, même, à l’égard de toutes les religions en général. Il n’est pas faux, d’ailleurs, que dans l’histoire ancienne ou récente, les croyances religieuses et, en particulier, la croyance musulmane soient apparues très souvent comme incitant aux pires violences contre les autres. Néanmoins, il m’apparaît tout à fait juste de mettre en lumière certaines qualités de l’islam, et tout à fait important de le faire de façon citoyenne, c’est-à-dire de façon respectueuse envers autrui et de façon responsable envers tous.

L’originalité de l’engagement social musulman

Entre 622 et 750, l’islam a connu une expansion extraordinaire à partir du nord-ouest de l’Arabie jusqu’à l’Inde, à l’est, et jusqu’à l’Espagne et au Portugal, à l’ouest. Le Coran se trouve à expliquer déjà en quelque sorte ce fait en présentant l’islam comme apportant la justice à tous, mais surtout aux moins bien lotis. En fait, les principes de l’islam se sont avérés très compatibles avec les coutumes des peuples surtout lorsque celles-ci allaient dans le sens de permettre au plus grand nombre d’être bien traités et considérés. Ces coutumes étaient alors appelées « musulmanes » sans trop de contestation. Ainsi l’État, la politique et la religion pouvaient faire bon ménage en étant tous envisagés comme « musulmans2 ».

En terre islamique, il n’y a pas d’Église ni de hiérarchie. Le Coran recommande la concertation et la consultation3. Les musulmans et les chrétiens peuvent d’ailleurs s’entendre sur un point : l’importance essentielle du respect dû à tout être humain4. Cependant l’islam n’a-t-il pas été intolérant envers les non-musulmans déclarés ? D’après l’histoire, en fait, il ne l’a pas été plus que le christianisme ne l’a été lui-même envers les non-chrétiens. Il faut toutefois distinguer entre les faits et les valeurs.

Le Coran insiste sur le respect des autres

Un passage fameux du Coran exprime de façon originale le respect envers les autres personnes et envers les autres groupes :

« Mais Il [Allah] vous a fait différents, afin de vous éprouver, pour que vous vous connaissiez et que vous rivalisiez dans le bien » Coran 5, 48

Le Prophète Muhammad, dans son message, comprend le respect des personnes comme allant de pair avec ce qui valorise et encourage le développement de leur autonomie. Ainsi le message coranique cherche à faire progresser l’humain dans le sens de sa responsabilité et de sa liberté de conscience5. Le musulman ouvert propose la Révélation coranique aux autres parce que ce qu’il veut est leur libre consentement6.

 

II         « … Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez… »                                                     Coran 49, 13

Dans son « Manifeste pour un nouveau “Nous” », Tariq Ramadan affirme que les musulmans doivent décider de « se prendre en main, d’être constructivement critiques, et autocritiques, et de répondre à la lente évolution de la peur par une déterminée révolution de confiance. Cependant ce « Nous » n’englobe pas que les musulmans. En fait, Ramadan l’adresse à l’Occident et, même, à toute l’humanité7. Enfin il entend « Être et demeurer la voix des sans voix, de l’Irak, de la Palestine, du Tibet ou de Tchétchénie ou encore des femmes maltraitées et des victimes, notamment africaines, du Sida (alors que les médicaments sont disponibles) […] c’est la confiance mutuelle et l’esprit critique global qui ouvrent la voie à la réconciliation entre les civilisations8. »

Un sujet de controverse

Tariq Ramadan apparaît comme un personnage controversé pour des raisons qui ne sont pas simples à analyser. Par exemple, à un certain moment il s’est refusé à condamner ouvertement le régime du Soudan et celui de l’Iran, ce qui a eu pour effet immanquable, auprès de certains observateurs, de jeter le discrédit sur l’ensemble de ses paroles et de ses gestes9. Tout indique, cependant, que Tariq Ramadan n’encourage nullement la violence et qu’au contraire, il tente constamment de trouver de nouveaux moyens « pédagogiques » de la contrer. C’est un autre point obscur qui peut être éclairé10.

Tariq Ramadan Nous

Devrions-nous tous être musulmans ? !

La signification du mot « nous » peut à notre époque subir d’importantes transformations. Il y a « nous les musulmans », « nous les catholiques », etc. ; il y a aussi plusieurs « nous » nationaux (« nous les Québécois », « nous les Canadiens », etc.). Le « Nous » de Tariq Ramadan peut être vu comme étant à la fois religieux et non religieux. En fait, il apparaît comme un « nous » musulman qui est en même temps un « nous » européen (ou occidental). Il montre que ce « Nous » est nouveau11.

Ce « nous » sera ici interprété comme un « nous » rationnel et universel, qui concerne tous les humains sans limitation arbitraire12. C’est aussi un principe de respect – il faut insister sur ce point – de respect de toutes les personnes et de tous les groupes13.

En d’autres mots, on pourrait être d’accord avec les principes d’une religion, par exemple, au plan éthique, sans devoir appartenir au groupe religieux correspondant, être « adepte » de cette religion sans en être « membre ». C’est ce qui paraît bien découler des propos de Tariq Ramadan. En tout cas, cette façon de comprendre les religions implique un ensemble de conséquences tangibles et importantes.

Ainsi, Christian Delorme (prêtre catholique) et Rachid Benzine, dans Les banlieues de Dieu, décrivent une attitude qui semble se répandre, au moins en France, chez les prêtres catholiques et chez les musulmans. Ils font un « compagnonnage » qui ne recherche pas la « conversion des musulmans à la foi chrétienne, mais une proximité voulant permettre le partage des expériences humaines et des fois pour une conversion aux appels de Dieu que chacun peut ressentir14 ». Appelons convergence la conversion ainsi comprise.

Un cas concret

Musulman et catho

Christian Delorme évoque le livre qu’il a rédigé avec Rachid Benzine, Nous avons tant de choses à nous dire… : il « a été – et demeure – une véritable aventure spirituelle ». Il y avoue avoir été tenté de dire : « À quoi bon nous affirmer l’un musulman et l’autre chrétien ? Ne sommes-nous pas tous deux chercheurs du même Dieu, désireux de le louer et d’aimer nos frères humains, ses créatures, sans distinction ? » Il aurait même voulu, avec Rachid, se prosterner et invoquer : « Allahou akbar ! 15 »

Il s’agit là d’une convergence entre deux fois religieuses et, donc, entre deux traditions, chacune conservant son identité propre. Le musulman reste musulman comme le chrétien reste chrétien, mais ils se rapprochent suffisamment dans leurs conceptions respectives pour qu’on puisse parler d’un partage réciproque d’idées et de pratiques. L’essentiel est qu’ils en viennent à adopter la même éthique du respect de l’autre dans son autonomie et dans son groupe d’appartenance religieux, les différences étant alors vues, à ce moment, comme inessentielles, c’est-à-dire comme des « propositions » qu’on se fait mutuellement dans une recherche commune et convergente de la divinité ou de la transcendance16. Là résiderait les « principes universels » dont Tariq Ramadan a fait mention et qu’il a qualifiés de « musulmans ». Tous ceux qui partagent essentiellement ces principes seraient dès lors « musulmans ».

Dans ces conditions, je peux vouloir devenir « musulman » en qualité et en idée, sinon en appartenance communautaire. On peut même dire qu’en ce sens, je suis adepte du panislamisme et que tous devraient faire de même. En outre − c’est ce que signifie l’idée de convergence −, il en va de même en ce qui concerne le catholicisme (de katholikós, universel) dans la mesure où celui-ci devient la même idée vraiment universelle d’universalité. Et ce n’est pas jouer sur les mots, mais bien rechercher une voie salutaire d’entente mutuelle. Il n’y a là aucun « musulman anonyme » ni aucun « chrétien anonyme », mais bien plutôt une multitude de dénominations religieuses pour chacun puisque quiconque peut sans contradiction – c’est-à-dire tout en demeurant fidèle à son appartenance (religieuse ou autre) − se dire par principe musulman, chrétien aussi bien que, pour les mêmes raisons, bouddhiste, hindou, etc.

Analogie avec l’idée d’une démocratie globale

Musulman oecuménisme

Le monde des religions

Les déclarations de Tariq Ramadan (en particulier « Manifeste pour un nouveau “Nous” ») annoncent-elles un nouvel œcuménisme regroupant chrétiens et musulmans17 ? Ou bien, une nouvelle sorte de « catholicisme » au sens originaire du terme (du grec katholikós, signifiant « universel »), qui serait donc un « œcuménisme catholique », dont la vocation serait « globale », c’est-à-dire à la fois religieuse, culturelle et sociopolitique ? Quoi qu’il en soit, il y aurait un rapprochement à faire entre l’idée de Tariq Ramadan et celle des « Nations unies ». Si tel est le cas, – et pourquoi pas? – ce type de mouvement mondial pourra être considéré comme respectueux des personnes et des groupes lorsqu’il regroupera, non seulement tous les humains, mais aussi tous les groupes humains, tous traités également entre eux. Il s’agira alors d’une démocratie globale[18].

Yvon Provençal (2011)

Département de philosophie

Cégep de Granby – Haute-Yamaska

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Explications supplémentaires : le problème des « musulmans anonymes »

Selon le théologien catholique Karl Rahner, les humains qui mènent une vie droite et sainte et qui n’ont pas la foi chrétienne, peuvent être vus comme « sauvés » en tant que « chrétiens anonymes », c’est-à-dire qu’ils seraient chrétiens même s’ils n’en sont pas conscients et qu’ils n’y songent aucunement19.

Tariq Ramadan pourrait ainsi se faire accuser de traiter les autres comme « musulmans anonymes » puisqu’il semble considérer tous les humains comme des musulmans même s’ils n’en sont pas conscients. Toutefois ce problème s’évanouit dès lors que Tariq Ramadan adopte une attitude de respect envers tous, conformément au verset coranique déjà cité :

« Mais Il [Allah] vous a fait différents, afin de vous éprouver, pour que vous vous connaissiez et que vous rivalisiez dans le bien » (Coran 5, 48) (ou le « vous » s’interprète comme désignant différentes personnes ou différents groupes)

Comme un « musulman anonyme » serait un humain qui pense et agit en fonction de principes de respect envers les autres, il se trouve être en même temps, sans contradiction, un « chrétien anonyme » ou même un « bouddhiste anonyme », etc. qui, tous, rivalisent dans le bien. Il faut alors penser l’islam, non comme un simple groupe d’appartenance, mais comme la qualification d’une assemblée ouverte en principe à tous les groupes, comme en particulier l’ONU pourrait l’être. Cependant le catholicisme ou le Conseil œcuménique des Églises (protestantes), par exemple, pourraient avoir également cette qualité.

Explications supplémentaires : Tariq Ramadan et le port du hidjab : double discours ou simulation pédagogique ?

Jeune femme revêtant un hidjab

Jeune femme
revêtant un hidjab

Selon Tariq Ramadan, le port du hidjab est un acte de foi ; c’est la femme qui décide de le porter ; c’est symbolique et, en Occident, il ne concerne que peu de femmes. Tariq Ramadan s’adresse aux parents et leur conseille de laisser leur enfant libre − « on ne contraint pas les consciences ». La finalité est « une forme de pudeur » (une pudeur intellectuelle ou corporelle), mais ne pas le porter n’est pas « impudique », n’insulte pas.

La façon de s’exprimer de Tariq Ramadan est ambiguë dans la mesure où l’on ne sait pas très bien si, par « impudique », il veut dire, « moralement condamnable et punissable » ou simplement « à éviter autant que possible ». Or, il précise que ne pas le porter n’est pas « une insulte ». On peut alors supposer qu’il n’est pas moralement obligatoire de le porter20. Est-ce là un « double langage » comme le prétendent certains détracteurs de Tariq Ramadan ? Ce serait le cas si celui-ci laissait entendre aux uns, par exemple à Montréal, que les femmes qui ne portent pas le hidjab ne sont pas condamnables21, et aux autres, par exemple, en Égypte, qu’elles sont condamnables. Rien ne prouve qu’il tienne ce genre de double langage.

Cependant, la question du double discours est complexe. Compte tenu des intentions « pédagogiques » de Tariq Ramadan, il se pourrait qu’il tienne un langage volontairement ambigu, dépendant du type d’auditoire, sans que cela ne soit par manque de respect envers ses auditoires22. Ce serait le cas d’après le but qu’il vise. S’il agit ainsi pour établir une base de dialogue en fonction de son auditoire, et qu’il viserait ce faisant l’éducation de son auditoire, alors il n’y aurait pas là d’irrespect envers les personnes ainsi traitées.

Explications supplémentaires : Une « révolution intellectuelle »

Tariq Ramadan s’adresse ainsi aux humains : « j’appelle les intellectuels, les politiciens et les religieux à un devoir nécessaire de cohérence et d’autocritique […] Il s’agit pour tous de faire preuve d’humilité, de respect et de cohérence […] personne, ni aucune civilisation n’a le monopole de l’universel et du bien… […] il faut être persuadé que les richesses et les acquis de [l’autre] peuvent nous apporter quelque chose… […] la présence de l’autre est comme un miroir qu’il faut utiliser pour affronter nos contradictions et nos incohérences dans l’application concrète et quotidienne de nos valeurs les plus nobles23 »

D’après le théologien catholique dissident Hans Küng, « il semble que, pour la première fois dans l’histoire du monde, nous assistions à la lente émergence d’une conscience œcuménique globale24». Tariq Ramadan abonde dans le même sens et parle d’une « révolution intellectuelle ». Il juge acceptable tout ce qui ne s’oppose pas fondamentalement à l’islam25. Alors – on peut l’espérer −, compte tenu de l’extraordinaire hospitalité de l’islam, cette capacité d’accueillir l’autre ou les autres, il y aura beaucoup d’ouverture.

Explications supplémentaires : L’avenir de l’islam

musulman futur

Quand Rachid Benzine écrit que « nous sommes les héritiers » du texte coranique, il entend bien nous inclure aussi, tous les autres. Ce faisant, d’ailleurs, il s’inspire de ceux qu’il appelle les « nouveaux penseurs de l’islam ». Parmi eux, Amin al-Khûli, « appelle à une compréhension toujours renouvelée de la religion qui permette de résoudre les problèmes humains nouveaux qui surgissent » et « il exprime une vision très ouverte de l’unité de toutes les religions26 ».

Hans Küng rejoint Tariq Ramadan lorsqu’il déclare que « nous sommes conviés » aujourd’hui à une « information réciproque, pour une interpellation réciproque et, donc, finalement, une transformation réciproque27 ».

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1 En tant qu’enseignant de philosophie au Québec, j’ai la responsabilité de sensibiliser les jeunes citoyens aux enjeux essentiels de la société québécoise et des sociétés du monde en général. La publication de cette lettre ouverte fait partie d’un ensemble cohérent de pédagogies qui sont rendues possibles par les nouveaux moyens de communication utilisant l’Internet. Plus précisément, il s’agit d’une « pédagogie agissant sur le monde » (une « PAM » ; cf. l’Agorathèque).1

2 Voir Tariq Ramadan, Mon intime conviction, Paris, Presses du Châtelet, 2009, p. 65. Tariq Ramadan est un intellectuel islamologue reconnu.2

3 Voir Tariq Ramadan, Musulmans d’Occident. Construire et contribuer, Lyon, Tawhid, 2002, 2004, chapitre 4 : « Les cinq piliers d’une sage prudence », p. 43.3

4 Christian Delorme et Rachid Benzine, Chrétiens et musulmans. Nous avons tant que choses à nous dire, Albin Michel, 1998, p. 240. Christian Delorme est un prêtre catholique.4

5 Je me base ici sur l’interprétation d’Abdelmajid Charfi, l’un des penseurs de l’islam présentés par Rachid Benzine dans son ouvrage, Les nouveaux penseurs de l’islam, Albin Michel, 2004; p. 237 et 240.5

6 Voir Mohammed Arkoun, Penser l’islam aujourd’hui, Alger : Laphomic ENAL, 1993 (cité par Rachid Benzine, Les nouveaux penseurs de l’islam, op. cit., p. 104). Nul doute que le musulman peut faire aussi bien que le catholique ne l’a fait en ce qui concerne la liberté religieuse (cf. Lettre ouverte aux catholiques). Un célèbre verset du Coran stipule : « Pas de contrainte en religion » (Coran 2/256); admettons simplement ici qu’il va dans le sens des interprétations d’Arkoun et de Benzine.6

7 « Nos sociétés, déclare-t-il, ont besoin de l’émergence d’un nouveau « Nous ». Un « Nous » qui réunit des femmes et des hommes, des citoyens de toute religion ou sans religion, et qui s’engagent ensemble contre les contradictions de leur société, [pour] le droit au travail, à l’habitat, au respect, contre le racisme et les discriminations de toutes sortes ou les atteintes à la dignité humaine […]. Respectueux des identités plurielles […] dans cette révolution de confiance […] face aux émotions et aux réactions épidermiques, voire hystériques, s’imposent la rationalité, le dialogue exigeant, l’écoute et l’approche raisonnable des questions sociales complexes et difficiles. » Il affirme que « … ce nouveau “Nous” citoyens… » nous sollicite pour « lutter contre les comportements choquants produits en leurs noms (terrorisme, violence domestique, mariages forcés, etc.) » (Cf. Site sur Internet : « Manifeste pour un nouveau “Nous” » par Tariq Ramadan).

8 Ibidem.

9 Voir par exemple l’ouvrage de Caroline Fourest, Frère Tariq. Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan , Paris, Éditions Grasset, 2004.

10 Tariq Ramadan se voit comme un « médiateur » entre l’Occident et l’islam, et de ce fait soupçonné, des deux côtés, de double loyauté : il a été successivement banni d’Égypte, de Tunisie, d’Arabie saoudite, de Syrie, de Lybie ; interdit de parole en France (pendant six mois, en 1995-1996) et son visa a été révoqué aux Etats-Unis (en 2004). On l’accuse en quelque sorte de ne jamais être assez clair. Il rapporte des propos du philosophe Charles Taylor selon qui « je n’avais pas de « double discours » […] mais que mon discours était clairement entre deux univers qui, eux, étaient très ambigus » (Tariq Ramadan, Mon intime conviction, op. cit., p. 31-32). Voir, plus bas sur cette page, les « Explications supplémentaires » : Tariq Ramadan et le port du hidjab : double discours ou simulation pédagogique ? et Un cas remarquable d’attitude d’aide partielle…

11 Tariq Ramadan affirme à propos des musulmans en Europe qu’« il faut désormais établir un sens profond et assumé de l’appartenance. C’est le nouveau “Nous” que j’appelle de mes vœux » (Tariq Ramadan, Mon intime conviction, op. cit., p. 20).

12 Tariq Ramadan déclare que « l’universalité de nos principes dépasse l’agir et la production des seuls musulmans et des sociétés dans lesquelles ceux-ci sont majoritaires : au point qu’il peut parfois y avoir « plus d’islam » ((au sens du respect des principes fondamentaux) là où il y a moins de musulmans… » ; aussi il faut « appliquer le qualificatif d’ « islamique » à toute loi, à toute institution … à tout processus en adéquation avec nos références » (Tariq Ramadan, Musulmans d’Occident. Construire et contribuer, Lyon, Tawhid, 2002, 2004, p. 54.

13 Toutefois, Tariq Ramadan semble parfois exclure au moins quelques groupes, les Israéliens par exemple. Il qualifie Israël d’État « oppresseur » : « Il y a un oppresseur (L’État d’Israël) et un opprimé (le peuple palestinien) ». Cf. Site de Tariq Ramadan, « Mouvement global de résistance non violente », 17 avril 2010.L’attitude de Tariq Ramadan envers Israël n’est peut-être qu’un effet rendu nécessaire par son attitude d’aide envers les musulmans et, en particulier, envers les Palestiniens. Ce point reste toutefois mal clarifié.

14 Les banlieues de Dieu, Entretiens avec Luc Balbont et Rachid Benzine, Bayard Éditions, 1998, p. 157.

15 Ibid., p. 158-159.

16 Voir dans les explications supplémentaires de la lettre aux catholiques: L’attitude de proposition.

17 Le mouvement dit œcuménique est d’abord représenté par le Conseil œcuménique, chrétien et protestant, de Genève, dont les décisions n’ont « d’autorité que celle que leur confèrent leurs propres vérité et sagesse » (Jean Baubérot, Encyclopaedia Universalis, Œcuménisme » ; en ligne le 23 septembre 2010).

18 Certes, les Nations unies (de l’ONU) actuelles ne constituent pas encore une telle démocratie.  Voir dans l’Agorathèque : « La démocratie mondiale » et le Référendum pour une Société de Toutes les Nations ou Vers le point Oméga.

20 cf. Tariq Ramadan, Conférence de 2004 à Montréal : Les musulmans d’Occident et l’avenir de l’islam.

21 Lors de la même conférence, Tariq Ramadan a affirmé que les « tribunaux islamiques » ne sont « pas une priorité » et qu’ils protègent mal les femmes. Il s’est montré très critique envers les traditionnalistes.

22 La pédagogie est un thème important dans les discours de Tariq Ramadan. Voir Un cas remarquable d’attitude d’aide partielle…

 

23 Tariq Ramadan, Mon intime conviction, Paris, Presses du Châtelet, 2009, p. 39.

24 Le christianisme et les religions du monde. Islam, hindouisme, bouddhisme, trad. de l’allemand par Joseph Feisthauer, Seuil, 1986, p. 7.

25 Tariq Ramadan, Musulmans d’Occident. Construire et contribuer, Lyon, Tawhid, 2002, 2004, p. 53.

26 Rachid Benzine, Les nouveaux penseurs de l’islam, Albin Michel, 2004; p. 157. Benzine précise que « pour les nouveaux penseurs, l’étude scientifique du texte coranique ne vient pas annuler la démarche religieuse : elle vient la compléter, l’éclairer, lui donner une assise intellectuelle […] Les musulmans aiment à dire que, en islam, il n’y a pas de conflit entre la foi et la science, la foi et la raison » (p. 281-282).

27 Hans Küng, Le christianisme et les religions du monde. Islam, hindouisme, bouddhisme, trad. de l’allemand par Joseph Feisthauer, Seuil, 1986, p. 187.