Par définition, la catégorie du noétique au sens large comprend l’ensemble des formes de vie qui ont un potentiel réel de se développer vers le noétique, et qui ont commencé effectivement à le faire de façon reconnaissable par leur capacités d’ordre intellectuel. Cette catégorie transversale regroupe vraisemblablement à peu près tous les ordres de mammifères et quelques-uns d’autres classes telles qu’insectes ou mollusques. Des sous-groupes à inclure dans cette catégorie pourront être ajoutés progressivement avec les développements futurs de nos connaissances. Il est ainsi possible que, non seulement nous ajoutions d’autres sous-groupes terrestres à cette description du noétique, mais aussi d’autres êtres qui ne nous sont pas nécessairement apparentées et qui existent ailleurs, dans l’Univers. Il se peut que ces formes noétiques lointaines soient  constituées à partir d’autres bases biochimiques que sur Terre. Cependant d’après notre définition ces formes exotiques nous seraient, sinon génétiquement apparentées, du moins matériellement apparentées, d’après leur origine à partir du même état primordial du cosmos, et seraient noétiques de plein droit, d’après la définition. 

           L’évolution noétique sur la Terre a débuté avec les premiers animaux, puis avec ceux qui ont développé des capacités cognitives de plus en plus perfectionnées. Si des formes noétiques se sont développées ailleurs dans l’Univers, il est possible qu’elles aient connu une évolution similaire à celle de la noosphère terrestre. La catégorie du noétique ne correspond pas à un unique graphe arborescent, mais plutôt à autant de graphes arborescents qu’il y a eu (ou qu’il y aura) de développements noétiques à partir d’une forme de vie non noétique. Même sur Terre, le noétique est décrit par plusieurs graphes, chacun correspondant à une branche plus ou moins ramifiée du graphe terrestre global de la vie. Cela nous permet de constater que la catégorie du noétique est d’un type différent de celles des taxa qui sont actuellement considérées dans la biologie actuelle, par exemple, l’espèce, le genre, la famille, etc., jusqu’à l’embranchement et le règne. Le noétique constitue plutôt une catégorie de formes plus générales comme celles qui sont considérées par les physiciens, par exemple, la molécule, la planète, l’étoile ou la galaxie.  

          Le noétique est donc apparenté à tout ce qui existe dans l’Univers plutôt qu’à la vie qui nous est connue et, en même temps, la catégorie du noétique relève d’une catégorisation objective comme celle des objets physiques. Cette double conclusion découle de la définition du noétique et non de l’observation des formes noétiques. Qu’il existe ou non dans l’Univers d’autres formes noétiques aussi avancées que celle de l’homo sapiens n’y change rien.  

            L’ensemble des formes noétiques constitue donc une catégorie universelle. Cependant nous pouvons la considérer comme une catégorie biologique à la condition d’adopter un critère de regroupement phénétique, plutôt que cladistique1

  Homologie et analogie 

          On distingue les similitudes homologues des similitudes analogiques. Par exemple, les membres antérieurs des « humains », au sens de l’homo sapiens, sont homologues à ceux des chevaux ; les ailes des oiseaux sont analogues aux ailes des chauve-souris ou des papillons. La capacité de penser de l’homo sapiens est homologue aux capacités de beaucoup d’animaux munis d’un cerveau, mais elle n’est analogue qu’aux capacités de formes exotiques qui nous sont inconnues. L’intelligence avancée ne peut représenter qu’une classe de formes reliées par l’analogie et sans homologie déterminée, comme dans le cas d’objets physiques (étoiles, galaxies…).  

  Redéfinition de l’humain 

          La définition de l’humanité comporte un enjeu à la fois scientifique et éthique. D’une part, il faut le faire de façon objective, ce qui constitue un enjeu surtout scientifique et, d’autre part, il faut le faire autrement que par la parenté phylétique, enjeu qui est surtout éthique. Si nous définissons l’humanité comme une entité essentiellement noétique, nous ne devrons en exclure aucun groupe d’intelligence transfinie, que ce soit par motif religieux, moral ou autre. Cela permet de dire que nous devons nous comprendre comme étant de formes très diversifiées, très différents les uns des autres. L’humain bien compris est tout ce qui relève du noétique. Cela équivaut à dire qu’est humaine toute entité qui est effectivement capable de se penser. Elle est parmi « nous ».

 

1 La phénétique (du grec, phainein, montrer) désigne l’étude des formes de vie d’après l’aspect phénoménal plutôt que de la parenté génétique. Par conséquent, la catégorie du noétique doit être basée sur un principe phénétique de classification. 1