L’une des plus grandes découvertes (naïves) de la modernité est que l’initiative propre de l’individu joue un rôle important dans ce qui rend effectif le développement du potentiel humain. On a désigné ce rôle comme celui de la volonté propre. On utilise les termes de « vouloir » ou de « volonté » souvent dans le sens d’une sorte de génération spontanée. Il suffirait de « vouloir » pour être en mesure de faire quelque chose ou d’obtenir une certaine considération, etc. Or, la réalité n’est pas si accommodante. L’individu doit d’abord développer quelque chose en lui et parfois dans le monde environnant. Il n’est pas sûr que cela puisse être fait de façon effective même si l’individu en a réellement le potentiel. Toutefois il semble indéniable que dans le contexte actuel de la société moderne un grand nombre d’individus peuvent devenir effectivement capables de beaucoup à la seule condition de le vouloir, par exemple en montrant de la détermination, en insistant, en faisant signer des pétitions, en fondant un mouvement…  

           Le principe actif de la démocratie semble lié à cette découverte du rôle de la volonté. La découverte est naïve dans la mesure où l’on croit à la génération spontanée de la volonté et de son efficacité, et que l’on omet par le fait même que beaucoup d’individus restent ignorés dans leur impuissance à vouloir, ou à « vouloir suffisamment » et de façon efficace. De toute évidence, un certain nombre de personnes et de groupes ont besoin, pour se développer, de quelque chose d’autre, souvent un milieu différent, un contexte différent, qui diffère de l’environnement qui est actuellement le leur.  

            L’efficacité relativement grande de la volonté a procuré une grande impression de liberté à l’humain de notre époque. Il a pu ainsi développer à ce point son potentiel individuel, collectif ou global qu’il tend à magnifier et à absolutiser la volonté, la liberté, l’autonomie. Cette grande impression de liberté provient sans doute en partie du fait que l’on pressent confusément, mais de plus en plus intensément, que le potentiel humain est beaucoup plus grand que ce que l’on a cru dans le passé et en comparaison avec ce qu’on a pu en réaliser. Il est fort probable qu’une grande partie du potentiel, peut-être la plus grande partie, ne peut être réalisée de façon effective à l’époque actuelle et demeurera à l’état de potentiel réel encore pendant longtemps.

Suite