Pour une souveraineté éthique

(English presentation)

Cette lettre ouverte s’adresse expressément aux souverainistes québécois. Cependant elle est aussi, je crois, d’intérêt public mondial1. Votre projet souverainiste concerne bien sûr les Québécois et, pour une toute autre raison, les Canadiens. Comment pourrait-il en arriver à intéresser également le reste du monde, à devenir une question universelle et une cause aussi valable en soi que, par exemple, la question de la démocratie, celle de la lutte contre la pauvreté ou celle de l’environnement ? L’un des premiers buts de cette lettre ouverte est de vous proposer une refonte en profondeur de votre projet souverainiste de façon à en faire un projet éthique et, du coup, à en faire un projet d’intérêt universel. Sous cette forme, peut-être pourra-t-il connaître un nouveau souffle2.

Qu’est-ce que la « souveraineté éthique » ?

Le mot « souverain » est dérivé du latin super, qui veut dire « au-dessus ». Cependant votre but de souverainistes n’est pas d’être « au-dessus » des autres mais  de cesser d’être « en dessous » et il s’agit pour vous de faire passer votre propre nation au même niveau que les autres nations du monde qui sont reconnues. Vous voulez que votre nation soit aussi bien traitée et aussi respectée qu’elles. Si le mot souverain était pris en ce sens, un Québécois  pourrait difficilement être en complet désaccord avec une telle idée. Mais justement, comment voir la question du Québec comme une question qui pourrait recevoir l’appui, non seulement des Québécois, mais aussi bien des non-Québécois ?

En un premier temps, on peut penser la souveraineté éthique par analogie avec ce qu’on appelle le « commerce éthique3 » ou l’ « achat responsable4 », au nom duquel on tente de mieux reconnaître le travail productif des différentes personnes et de leurs groupes respectifs partout dans le monde. Le projet de la souveraineté éthique peut être inscrit dans le même type de mouvance progressiste vers la reconnaissance et le respect des plus désavantagés du monde actuel.

On propose ici de comprendre la juste souveraineté des nations comme l’égalité de principe de toutes les nations entre elles. La souveraineté éthique en est une de respect des nations entre elles et, donc, d’ouverture aux autres. Non seulement l’idée de souveraineté éthique n’est pas menacée par l’interdépendance des nations, mais elle est renforcée par elle. L’idée même de souveraineté d’un État-nation dépend de la reconnaissance de cette nation par les autres nations. En particulier, la souveraineté de la nation québécoise va ainsi de pair avec l’idée même de la démocratie des nations5.

La nation québécoise a tout à gagner, à la longue, de l’établissement des meilleurs rapports possibles avec les autres peuples, y compris ceux qui ne contrôlent aucun territoire. En adoptant l’idéal du respect des groupes, vous pouvez, en tant que souverainistes québécois, faire cause commune avec tous les groupes peu ou pas reconnus. Un nationalisme éthique est possible, qui cherche les intérêts bien compris de notre nation. C’est un attachement à sa nation qui repose sur l’idée de respect mutuel : nous reconnaissons la nation de l’autre au plein sens du mot nation et on adopte envers elle une attitude d’aide, ce qui signifie qu’on l’aide à être véritablement une nation reconnue et à se développer de façon aussi autonome que possible.

En supposant que les jeunes citoyens québécois soient motivés par ce projet de souveraineté par la reconnaissance éthique, ils seront sensibilisés à l’importance du respect de leur nation et en outre à l’importance de respecter les autres nations en général y compris la nation canadienne. C’est, pour nous Québécois et pour tous, un formidable défi6.

Avantages pour les Québécois de soutenir le projet d’une souveraineté éthique

Si ce projet devait un jour se réaliser, en voici un ensemble de conséquences probables qui seraient favorables aux Québécois :

1) La nation québécoise serait reconnue à l’égal de toute autre nation, ce qui la rendrait immédiatement éligible en tant que nation représentée dans les instances internationales telles que l’ONU. Cf. le Référendum mondial pour une Société de Toutes les Nations, Accueil7

2) La nation québécoise se distinguerait en devenant chef de file du mouvement en faveur du respect mutuel de toutes les nations. Cf. le Référendum pour une Société de Toutes les Nations, Pour une révolution mondiale « à la québécoise »

3) La nation québécoise se situerait dans l’éthique du respect des autres plutôt que dans les rapports de force. En démontrant du respect envers toutes les autres nations (incluant la canadienne), celles-ci pourraient plus volontiers l’aider à se développer en tant que nation de façon distincte et autonome. Cf. le Référendum mondial pour une Société de Toutes les Nations, Vers un référendum mondial gagnant

4) Avec l’appui des autres nations en général (incluant la canadienne), la nation québécoise obtiendrait ainsi la meilleure des garanties de préserver les valeurs de sa culture et, notamment, la langue française et ce, quelle que soit sa démographie par rapport au reste du Canada. Cf. le Référendum mondial pour une Société de Toutes les Nations, La sauvegarde de la langue française

Points difficiles du projet de souveraineté éthique

Plusieurs points restent cependant à élucider concernant  le projet d’une souveraineté éthique ; en voici quelques-uns:

a)  Comment une souveraineté « éthique » serait-elle possible étant donné tous les abus commis et que l’on commet encore au nom de la souveraineté nationale et territoriale ?

« les frontières sont des idoles qui exigent des sacrifices humains »

Claudio Magris

Dans l’histoire, les nations ont souvent invoqué leur souveraineté de façon abusive envers  des personnes ou envers d’autres groupes, incluant les minorités ou les peuples colonisés. En ce sens, la souveraineté nationale a contribué à isoler les nations les unes par rapport aux autres8. Les Québécois, bien sûr, ne sont pas à l’abri de ce type d’abus, venant du reste du Canada ou d’ailleurs. En outre, ils peuvent y succomber aussi bien que toute autre nation.

Le Parti québécois a défini la souveraineté comme « le pouvoir d’un État de faire ses lois, de prélever ses impôts et d’établir ses relations extérieures9 ». Cela peut être entendu ou non en un sens éthique. Au sens non éthique, ce type de pouvoir s’est présenté comme absolu et autoritaire et il a été très critiqué pour son irresponsabilité à l’égard des autres nations. Au sens éthique, ce pouvoir serait compris de façon compatible avec le respect des autres nations en général, y compris d’éventuelles nations apparaissant comme rivales10.

Un problème particulier est posé par la question du territoire. Les nations réputées souveraines se considèrent souvent seules propriétaires de « leur » territoire à l’exclusion de toute autre nation.

Aujourd’hui, la plupart des environnementalistes seraient d’accord sur ce point : aucun territoire ne devrait appartenir complètement à une nation, quelle que soit cette nation. Car aucune nation ne peut exploiter son territoire sans tenir compte des conséquences environnementales multiples sur l’ensemble de la planète11. Traditionnellement, en quelque sorte, l’usufruit des territoires est un droit acquis en fait par ceux qui habitent ces territoires. Par contre, ce qui peut être appelé corrélativement nue-propriété d’après cette logique n’appartiendrait à personne ni à aucune nation en particulier, mais plutôt à l’ensemble de l’humanité. Donc toute une façon de considérer la souveraineté et, notamment, la souveraineté territoriale devrait être remise en question.

Qu’en est-il dans le cas du territoire québécois ? Supposons qu’un Québécois nationaliste ait pour maxime « Faisons du Québec un vrai pays ». Un problème peut alors surgir du point de vue de l’éthique. Si, en effet, l’expression « vrai pays » signifie « État territorial », alors cette maxime ne peut être généralisée de façon valable que si on prend garde à la façon dont est comprise la possession d’un territoire. S’il s’agit d’une souveraineté territoriale au sens courant, il y a là un germe de conflit permanent. Un moyen de l’éviter est de distinguer entre l’usufruit et la nue-propriété des territoires. Le territoire québécois envisagé comme nue-propriété n’appartient en tant que tel ni aux Québécois, ni aux Canadiens. Il appartient plutôt à l’ensemble de l’humanité envisagée comme l’ensemble des nations du monde, incluant notamment les nations autochtones du Québec. Cependant les Québécois, mais non les Canadiens hors Québec en tant que tels, en ont en fait l’usufruit.

Et, si les Québécois acquéraient leur souveraineté, ils continueraient comme par le passé à jouir de l’usufruit de « leur » territoire. Il en va de même en ce qui concerne les autochtones qui vivent sur le territoire appelé québécois. Ils en ont l’usufruit là où ils vivent. Quant à la nue-propriété, rien ne serait changé ; elle n’appartiendrait ni aux Québécois ni aux Canadiens comme tels mais à toutes les nations. Le problème de la « partition du territoire québécois » apparaît ainsi complètement dépassé12.

[Explications supplémentaires : L’usufruit et la nue-propriété des territoires

L’usufruit d’un territoire consiste à posséder le droit de jouir de ce qui y pousse, de ce qui y coule et, peut-être, de ce qui se trouve dans son sous-sol ; on pourrait reconnaître, toutefois, qu’avoir l’usufruit consiste à combler ses besoins et qu’au-delà de ses besoins, les ressources n’appartiennent à aucune nation en particulier. En ce sens, aucun pays ne possède la nue-propriété de quelque territoire que ce soit, laquelle revient à l’humanité en tant qu’ensemble de toutes les nations, c’est-à-dire la STN.

Une nation ne peut posséder intégralement et à jamais un territoire de façon exclusive, c’est-à-dire de façon à exclure à jamais toutes les autres nations. Il faudra désormais penser la possession territoriale comme une possession inclusive qui laisse la possibilité à d’autres nations de s’y loger. Avoir un « vrai pays » signifie avoir le plein statut de nation qui habite un territoire et qui a un droit historique à l’usufruit de ce territoire. Cf. Les explications supplémentaires sur le site du Référendum pour une Société de Toutes les Nations :   Qu’est-ce qu’un vrai pays ?  et   La question du territoire .

Il nous faudra aussi repenser notre « vrai pays » comme pouvant être également et en même temps le pays d’autres groupes. Techniquement, un « vrai pays » serait possible au sens du droit à l’usufruit du territoire habité. En ce sens, les revendications territoriales sont universalisables. La possession territoriale en nue-propriété par une nation n’apparaît pas comme telle universalisable ; toutefois, la consommation, l’usage ou la jouissance de l’usufruit des territoires le serait. Cf. Les explications supplémentaires sur le site du Référendum pour une Société de Toutes les Nations :   Qu’est-ce qu’un vrai pays ?  et   La question du territoire .]

b) Comment un souverainiste québécois pourrait-il respecter la nation canadienne ? Jacques Parizeau nous donne une partie de la réponse.

Tirant des leçons de l’échec du référendum de 1980 sur la souveraineté, Jacques Parizeau fait un bon pas vers le respect envers les Canadiens fédéralistes. Il écrit :

« Cela a pris du temps à comprendre que, pour un Canadien, négocier alors qu’un référendum n’a pas eu lieu et n’a pas été gagné est une sorte de trahison […] Pour les Canadiens, le fait que leur pays soit menacé les amène à faire jouer la fierté et l’émotion. À la limite, ils ont l’impression d’être en guerre. C’est ce qui explique des épisodes comme « la nuit des longs couteaux » de 1981, où les premiers ministres du Canada « conspirèrent » — il n’y a pas d’autre mot…13 »

Ainsi Parizeau comprend les inquiétudes, voire les frayeurs, des Canadiens fédéralistes. Logiquement, cela signifie qu’il n’a pas été vraiment surpris par cette « nuit des longs couteaux ». Il n’a pas été plus surpris, sans doute, par l’affaire des commandites14 ni, en particulier, par ce qui s’est passé lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec où, à nouveau, le non l’emporta. Ce résultat était « frauduleux », argue Parizeau se basant sur l’ouvrage du souverainiste Robin Philpot15. Mais cela n’a pas pu le surprendre vraiment, peut-on supposer.

Parizeau à la croisée des chemins

Comme l’a bien laissé entendre Parizeau de façon réaliste, la séparation du Québec était odieuse et criminelle aux yeux des Canadiens fédéralistes. En fait, c’était même pour eux un devoir sacré de considérer tout moyen efficace pour échapper à ce qu’ils voyaient comme la destruction de leur pays. Logiquement on ne peut les tenir pour « coupables » d’avoir voulu défendre leur pays, même si leur comportement doit être critiqué parce que contraire au respect de la nation québécoise. Il faut bien saisir la différence. Condamner moralement une volonté destructrice n’est pas la même chose que faire la critique d’une action motivée de façon erronée mais de bonne foi. Une telle critique va de pair avec le respect d’autrui dans la mesure où elle se veut en accord avec l’attitude d’aide.

Parizeau pourrait avouer que, s’il avait été à leur place, il aurait fait de même ; il l’aurait fait par devoir envers sa patrie. Il pourrait même aller jusqu’à déclarer qu’il comprend fort bien, mais sans l’approuver, que les Canadiens veuillent condamner ou éliminer les souverainistes québécois par tout moyen16.

Aussi, Parizeau ou ceux qui pensent comme lui font dès lors face à un dilemme. Ou bien ils tentent de prendre avantage de la situation en se montrant volontaires et résolus quoi qu’il en coûte aux autres, ou bien ils s’efforcent au contraire de respecter ces autres en leur démontrant, de bonne foi, qu’ils n’ont aucun désir de détruire leur pays et qu’ils voudraient, si possible, chercher sincèrement avec eux une solution acceptable aux deux parties. La première branche du dilemme est encore jugée la plus normale ; tout politique réputé compétent la choisirait. La deuxième suppose plutôt l’attitude du respect, qui est une attitude désintéressée ou, plutôt, intéressée à l’humain de façon plus large, ce qui n’est pas encore bien entré dans les mœurs mais le sera sans doute à quelque moment dans l’avenir17.

Il serait bien surprenant que Parizeau, héroïquement, adopte une telle attitude d’aide envers les Canadiens fédéralistes. En fait, ce n’est pas de façon respectueuse que les pays et les empires se sont faits dans l’histoire. S’il y en a qui ont eu l’attitude de respect et d’aide envers les nations rivales, ils sont disparus totalement. Nous n’en avons aucune trace. Pourquoi serait-ce différent de nos jours ? Néanmoins, on peut le supposer, si Parizeau (ou un autre chef souverainiste) démontrait ouvertement une attitude d’aide envers le Canada, cela ne resterait pas sans écho. Précisément parce qu’il s’agirait d’une attitude désintéressée, on en ferait un exemple de respect rare envers un groupe rival.

Pour un souverainiste québécois, la question serait désormais de savoir 1) comment faire en sorte que les Canadiens fédéralistes veuillent les respecter et en viennent à vouloir ce qui est bon pour les Québécois du point de vue des Québécois, et 2) comment faire en sorte que les Québécois souverainistes eux-mêmes veuillent respecter les Canadiens fédéralistes et en viennent à vouloir ce qui est bon pour eux de leur propre point de vue. L’attitude d’aide est-elle irrémédiablement contraire à toute politique rentable ? Non, si elle en vient, comme par résultat collatéral, à être la plus efficace. Il faut comprendre ici que le point de vue de l’autre est susceptible de changer, de devenir progressivement en accord avec son propre point de vue qui, lui aussi, peut changer18.

c) À distinguer soigneusement l’une de l’autre : critique éthique et critique non éthique

L’expression de pensée critique peut être comprise de deux façons distinctes qu’il importe ici de distinguer. Elle peut être comprise comme une forme de pensée analytique dont l’objet est de discerner entre ce qui est valable et ce qui ne l’est pas (comme dans le criticisme kantien). Elle peut, d’autre part, être comprise comme l’expression d’un blâme, d’une condamnation de certaines pratiques ou de certaines doctrines ou idéologies. C’est le cas de la critique sociale telle qu’elle est apparue par exemple chez nombre de marxistes. Ce deuxième sens peut être vu comme une forme de l’irrespect dans la mesure où il pointe des « responsables » distincts d’injustices et, donc « coupables ».

On notera que la distinction qui est ici faite entre deux formes de pensée critique peut être considérée comme étant elle-même une forme de critique éthique et politique qui se veut respectueuse des personnes et des sociétés et dont l’un des buts est d’encourager le respect et, en particulier l’attitude d’aide.

[Explications supplémentaires : La mise en œuvre de l’attitude d’aide

Voici un résumé pratique de l’attitude d’aide envers un individu ou un groupe, y compris lorsqu’on le voit comme fautif ou criminel :

–          On tente de comprendre les causes, les motifs et les raisons de son comportement.

–          On tente de ressentir et de vivre ce qu’il ressent et vit, ses besoins, ses envies, ses peurs et, s’il y a lieu, ses intentions profondes.

–          On fait attention à la rigueur logique de ses raisonnements et de ses conclusions comme il les comprend lui-même, notamment du lien entre ses croyances, ses intentions et ses actions ; ainsi, on tient compte du lien logique entre sa croyance qu’untel (individu ou groupe) a mal agi et son intention de le punir ou de le détruire.

–          On tente par différents moyens de le faire avancer dans ses croyances, en particulier, de sa croyance qu’untel (individu ou groupe) est réellement mauvais ou a vraiment eu l’intention de mal agir, de faire le mal pour le mal et que, de ce fait, il doit être puni.

L’attitude d’aide est à recommander dans les situations conflictuelles, qui sont si fréquentes entre groupes comme, par exemple, dans le cas des relations mutuelles entre Canadiens fédéralistes et Québécois souverainistes.

Le cas des Canadiens fédéralistes et des Québécois souverainistes :

On peut y voir des contradictions qui seraient cocasses si elles n’étaient germes possibles de violence. Ainsi, les hommes politiques canadiens qui, comme tout « bon » médiateur, veulent ménager la chèvre et le chou, parlent en français de « souverainistes » et en anglais de « separatists ». Sinon ils feraient vite face à des attitudes de rejet de la part de l’un ou l’autre électorat19. Quant aux politiques québécois, ils abusent souvent de l’utilisation du principe de souveraineté comme une menace afin d’obtenir des gains politiques chez les électeurs québécois20.

Témoignage d’un Québécois

Beaucoup de mes compatriotes sont désireux d’en découdre envers « Ottawa » ou le « Canada anglais ». Mais l’inverse est également vrai : beaucoup de « fédéralistes » canadiens (dont nombre de Québécois) tendent à décrire les événements et à poser des gestes de façon dommageable au groupe d’appartenance des Québécois souverainistes. Qu’on se veuille Québécois souverainiste ou Canadien fédéraliste, on devrait au nom du respect des groupes être capable de ce type d’autocritique — qu’il ne faut pas confondre avec l’auto-culpabilisation, c’est-à-dire la désignation de coupables dans son groupe — envers son propre groupe. Je pense donc qu’il faudrait suggérer à tous, quel que soit leur groupe (Américains, Turcs, Arméniens, Israéliens, Palestiniens, Catalans, Basques, ou Espagnols, Innus, etc.), de faire le même type d’examen de l’esprit de leur groupe (ou nation). Notre groupe, croyons-nous, est particulièrement représentatif de ce qu’est l’humain en général. En somme, il faudrait que tous soutiennent notre groupe dans ses confrontations politiques avec d’autres. [Si nous croyons en Dieu] Dieu ne peut être qu’avec nous et contre nos ennemis. En cas de conflit de notre groupe contre un autre, pensons-nous, le jugement de l’histoire nous sera sûrement favorable. Faute d’autocritique, c’est ce que nous tendons tous à croire. Plus on trouvera l’autocritique difficile, plus cela en vaudra la peine !]

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d) Autres difficultés du projet de souveraineté éthique

Les titres ou énoncés suivants correspondent à des textes qui sont accessibles par l’Agorathèque ou par le Référendum mondial pour une Société de Toutes les Nations.

1)      Le concept de respect des groupes :

Le respect des personnes et des groupes dans leur autonomie

Une éthique du respect des groupes

L’attitude d’aide

Le discours politique et l’attitude de condamnation

2)      L’idée de démocratie mondiale :

 Pour une démocratie mondiale

Pour un profond renouvellement des relations internationales

3)       Le progrès sur le long terme en général

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Actions concrètes à poser dès aujourd’hui :

a)         Le lecteur désireux d’exprimer son accord avec le projet de souveraineté éthique peut le faire en souscrivant à la Société de Toutes les Nations (STN), ce qui équivaut à participer au Référendum mondial pour une Société de Toutes les Nations. À première vue, ce sont deux projets sans rapport mais, justement,  la convergence vers le respect mutuel à long terme semble bien commencer là.

b)        La mise en œuvre de l’attitude d’aide : voir les explications supplémentaires: l’attitude d’aide.

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Yvon Provençal (2011)

Département de philosophie

Cégep de Granby – Haute-Yamaska

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1 En tant qu’enseignant de philosophie au Québec, j’ai la responsabilité de sensibiliser les jeunes citoyens aux enjeux essentiels de la société québécoise. La publication de cette lettre ouverte fait partie d’un ensemble cohérent de pédagogies qui sont rendues possibles par les nouveaux moyens de communication utilisant l’Internet. Plus précisément, il s’agit d’une « pédagogie agissant sur le monde » (une « PAM » ; cf. l’Agorathèque).

2 Le projet de souveraineté éthique engage la longue durée à venir. Cependant il en va de même dans les cas de la démocratie dans le monde, de l’environnement ou de la lutte contre la pauvreté. Ce projet n’est donc pas beaucoup plus utopique que bien d’autres projets progressistes. Voir le Manifeste pour un progressisme mondial et à long terme.

3Voir, dans l’encyclopédie libre Wikipédia,  http://fr.wikipedia.org/wiki/Commerce_%C3%A9thique . L’encyclopédie Wikipaedia semble avoir pris les devants sur ce concept.

4 Voir Le collectif « De l’éthique sur  l’étiquette »

http://www.achatsresponsables.com/UserFiles/File/guide_achat_ethique.pdf

5 L’ONU incarne actuellement la démocratie des nations la plus avancée, mais elle est encore loin de considérer toutes les nations comme égales entre elles. Non seulement certaines nations y possèdent un « droit de veto » que les autres nations n’ont pas, mais en outre, un grand nombre de nations n’y sont pas reconnues.

6 Comme dans tous les cas similaires d’assujettissement économique et politique, l’objectif du respect de la nation canadienne par les Québécois ne va pas de soi et devra être clarifié dans la suite de la lettre.

7 Le projet d’une société de toutes les nations est étroitement lié à celui de la souveraineté éthique. En fait, l’un ne va pas sans l’autre.

8 L’un des cas les plus évidents a été l’attitude de la France, dans les années 1954-1962. Au nom de sa souveraineté et en usant de son droit (ou privilège) de veto, elle a refusé de rendre compte de ses actions en Algérie devant l’ONU.

9   Tiré du discours sur la souveraineté lors du référendum de 1980 (cf. texte de la question référendaire).

10 Ce respect doit être vu comme universel, c’est-à-dire universalisable sur l’ensemble de toutes les nations. Cette procédure est inspirée de celle de Kant dans Fondation de la métaphysique des mœurs. Cependant aucune « fondation » (ni « fondement ») n’implique ici l’établissement d’un « impératif catégorique » en ce qui concerne le respect des groupes. Voir l’annexe (« L’éthique évaluative ») de La diabolisation. Une pédagogie de l’éthique, Québec, Presses Inter Universitaires, 2007.

11 Cf. « Souveraineté des Etats et droit international de l’environnement » (P. Karpe, publié par La recherche agronomique pour le développement, 2003)

12 Certes, il faudra développer les concepts d’usufruit et de nue-propriété des territoires, et leurs conséquences bien plus que c’est fait ici. En ce concerne le problème de la partition du Québec, voir dans l’encyclopédie libre et multilingue de Wikipédia, le « Plan B d’Ottawa » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_B_d%27Ottawa , et « Partition of Quebec », http://en.wikipedia.org/wiki/Partition_of_Quebec#Partition_proposals

13 Jacques Parizeau, La souveraineté du Québec. Hier, aujourd’hui et demain, Québec, Éditions Michel Brûlé, 2010, p. 42. La « nuit des longs couteaux » (à la québécoise) est celle du 4 novembre 1981, lorsque les Premiers ministres provinciaux, en l’absence de celui du Québec, s’entendirent avec le Premier ministre du Canada, P.E. Trudeau, sur l’Acte constitutionnel de 1982.

14 L’affaire des commandites désigne l’usage illégal de fonds publics relatif à la publicisation du fédéralisme canadien au détriment du projet politique de la souveraineté du Québec.

15 Robin Philpot, Le référendum volé, Montréal, les Intouchables, 2005 ; cf. Jacques Parizeau, La souveraineté du Québec, p. 64 et 65. Robin Philpot a été le candidat défait du Parti québécois dans la circonscription de Saint-Henri — Sainte-Anne lors de l’élection générale québécoise de 2007.

16 C’est par exemple le cas du Canadien Roy Romanow, en tant que Premier ministre de la Saskatchewan. Il a déclaré qu’il fallait isoler le Québec, « compte tenu de la mauvaise foi évidente du gouvernement séparatiste »; cité par Daniel Latouche, Plaidoyer pour le Québec, Montréal, Boréal, 1995, p. 75. Latouche s’étonne que cela se soit passé ainsi, en 1981, puisque, selon lui, « les concessions exigées par le Québec étaient de toute manière minimales » (p. 76). Cependant, aux yeux des Canadiens hors Québec ces concessions « minimales » représentaient la fin de leur pays. Daniel Latouche n’a pas la lucidité, ou la franchise, d’un Parizeau.

17 De nouvelles mœurs sont souhaitables en ce qui concerne les rapports entre les nations, comme c’est le cas aussi bien en ce qui concerne le respect des femmes ou des gais dans leur autonomie. Il est cependant assez clair que les mœurs ne changent pas partout à la même vitesse et que, partout, il faut du temps.

18 Des événements récents, comme le « printemps arabe » suggèrent que les nouvelles technologies de l’information et des communications ont pour effet d’augmenter l’efficacité de l’attitude citoyenne dirigée vers le respect des autres dans leur autonomie. Cf. Richard Godin, « Réseaux sociaux et nouveaux espaces démocratiques », dans l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française (en ligne, le 5 septembre 2011).

19 Cf. Vincent Marissal, « Situation désespérée, stratégie du désespoir », dans La Presse, 3 décembre 2008.

20 Ce type d’abus apparaît notamment lorsque les tenants du mouvement souverainiste prétendent parler au nom de l’ensemble du Québec après qu’une majorité d’électeurs aient pourtant rejeté la souveraineté lors d’un référendum sur ce sujet ou lors d’élections au Québec.