Ainsi que nous l’avons remarqué précédemment, les sommets du graphe arborescent décrivant le potentiel réel peuvent symboliser des « choix » effectués par la nature. Selon une interprétation de en plus en faveur chez les physiciens, il faudrait voir ces sommets comme les points de branchement de différents « univers », ou de différentes « histoires », qui divergent à partir de ces points1. Ce type d’interprétation permet de décrire de façon mathématique le potentiel réel d’un humain. À chaque fois que quelqu’un prend une décision, il se trouve à se diviser en plusieurs copies de lui-même, chacune poursuivant en quelque sorte sa vie sur un trajet divergent à partir du point temporel de la décision. D’après le graphe du potentiel, il y a au moins autant de trajets distincts divergeant à partir d’un sommet que de décisions effectivement possibles à ce moment2

            D’après notre interprétation, cependant, il en va autrement. La personne reste une. Ce sont plutôt ses potentialités réelles qui se divisent. Lorsqu’elle pressent qu’elle a des possibilités, cela découle sans doute de son souvenir de ses expériences antérieures. Les possibilités ainsi pressenties sont subjectives et ne représentent que très partiellement ce que sont ses potentialités réelles. En fait, l’énorme richesse du potentiel réel est une idée tout à fait dissemblable de l’idée habituelle ou traditionnelle qu’on se fait du possible.

Suite

1 Il s’agit d’abord de l’interprétation qui a été faite par Hugh Everett de la mécanique quantique et telle qu’elle a été développée ensuite avec les travaux d’autres physiciens. On y envisage l’Univers comme une simple structure mathématique, donc sans les effets physico-cognitifs (Cf. la sous-section 3.2.1.1). 1 

2 Max Tegmark décrit ainsi la situation : « Quand une personne prend une décision, les effets quantiques dans son cerveau conduisent à une superposition de résultats tels que « je continue à lire » et « je repose le magazine ». La prise de décision entraîne la division de la personne en plusieurs copies, aucune n’ayant conscience des autres, et chacun perçoit la ramification comme un léger élément de hasard : une certaine probabilité de continuer à lire ou non » (Cf. Max Tegmark, « De l’Univers aux multivers », Pour la Science, Octobre   Décembre 2004, p. 82a). Max Tegmark travaille comme physicien et astronome à l’Université de Pennsylvanie. On considère généralement cette conception dite des « multivers » comme entièrement compatible avec les bases mathématiques de la mécanique quantique. 2