« Vous ne vous identifiez jamais à l’ombre projetée par votre corps, ni à son reflet, ni au corps vu en rêve ou dans votre imagination. Pourquoi donc vous identifiez-vous à ce corps vivant ? »                      Shankara, Écrits védiques1.  

          L’humain semble bien, de prime abord, s’identifier à la matérialité de son corps ou, plus précisément, à la matérialité de certaines parties de son corps telles que le visage ou le cerveau. Or, ce type d’identification est plus superficiel qu’il ne le paraît sans doute à première vue2. Cependant l’humain adulte tendrait probablement, s’il en prenait conscience, à s’identifier plutôt à la réalité de son potentiel réel, incluant des potentialités réelles encore inconnues, ce potentiel étant au préalable distingué des potentialités subjectives, telles que les talents qu’on croit ou qu’on aimerait posséder. Le caractère encore inconnu de son propre potentiel est la partie la plus essentielle dans ce qui fait la valeur de l’humain.

1 Cette citation a été reproduite à partir du livre de Vilayanur S. Ramachandran, Le fantôme intérieur (op. cit., p. 65).  1

2 V. S. Ramachandran explique comment il a mené des expériences portant sur l’identité corporelle de ses patients. Il est facilement parvenu à les tromper en effectuant des corrélations physiques (frottements ou tapotements simultanés) entre une fausse main et la leur, ou entre le nez d’un autre et le leur. Cf. V. S. Ramachandran, op. cit., chapitre 8. On peut remarquer, dans le même ordre d’idées, qu’on s’identifie facilement avec des objets extérieurs à son corps, comme par exemple des vêtements ou une auto. 2