Le potentiel humain est d’abord envisagé ici comme un concept définissable à partir du déterminisme originel. Dans la mesure où le potentiel humain est considéré comme étant entre autres le potentiel de faire avancer la science, il est logique de ne pas le faire dépendre entièrement des lois qui sont actuellement reconnues, mais plutôt, peut-être, de lois ou principes qui sont susceptibles d’être découverts dans l’avenir de la recherche. Ce concept sera désigné comme le concept radical du potentiel humain ou, de façon abrégée, le concept radical de l’humain. Il peut être représenté par un graphe arborescent. De plus, nous supposerons qu’un trajet effectif parcourt ce graphe à partir de sa base et que ce trajet décrit le passage d’un temps réel, comportant les catégories physico-cognitives, entre autres, du présent et du passé effectif.  

           Le déterminisme en droit, qui est la version présente du déterminisme de base, est décrit par les lois de la mécanique quantique et de façon approximative par les autres lois ou principes de la science actuelle. D’après la neurologie, les aptitudes humaines dépendent des interactions de parties spécialisées du cerveau1. Cependant le potentiel humain réel dépend en outre des interactions du sujet avec l’environnement. Un grand nombre de potentialités réelles de l’humain se sont révélées progressivement au cours de la préhistoire et de l’histoire. Ces potentialités n’ont pu devenir effectives qu’à la faveur de certaines transformations de la société humaine et en particulier de ses institutions politiques et socioculturelles. 

            Ici, il apparaît que l’humain n’est pas surtout un corps matériel ni une espèce vivante, ni même un être social qui est déterminé ou se détermine par l’histoire. Nous définirons l’humain par son potentiel de découvertes et de création d’œuvres. Il est fondamentalement un être doté d’un potentiel réel qui continue de se déployer. Ce qu’il est n’est pas défini à partir des théories qu’il a pu produire à un certain moment, mais se comprend comme doué d’une pensée critique, qui cherche et qui avance en se renouvelant.  

            Cela étant posé, même si ce type de connaissance demeure fragmentaire et insuffisant, l’humain arrive à se connaître lui-même peu à peu au moyen de certains des modèles explicatifs qu’il a lui-même produits. Nous poserons de ce fait que la tâche de compréhension du réel par l’humain passe par l’exploitation, de façon cohérente, de différents modèles déjà constitués auxquels il se confronte. Ainsi le potentiel réel de l’humain est ici rapporté à un Univers lui-même pourvu d’un potentiel de transformations, dont l’humain est issu. Le potentiel de l’Univers ne peut être décrit qu’en partie et de façon peut-être provisoire par certaines théories existantes.

1 Selon le neuroscientifique Vilayanur S. Ramachandran, la « grandeur du potentiel humain » échappe aux théories connexionnistes aussi bien qu’aux théories modularistes, c’est-à-dire aux théories qui envisagent le cerveau de façon holiste et à celles qui l’envisagent plutôt au moyen de certaines fonctions très spécialisées. Cf. V. S. Ramachandran, Le fantôme intérieur, op. cit., 2002, p. 31-33. 1