Il y a un « balancement » en « deux traits constants des analyses de Certeau sur le christianisme : celui-ci est à la fois émergence singulière, ne dispose comme tel d’aucun privilège universaliste, et en même temps mouvement constant d’altération, prodigieuse capacité à être sollicité par l’altérité ». Jésus laisse voir « une mort », « un rapport à d’insurmontables altérités », une « irréductible singularité1 »  

                                                                                                                Claude Geffré

           Nous pouvons voir Jésus comme le symbole du petit groupe religieux anéanti jusqu’au dernier, sa mort équivalant dès lors au génocide total. Bien plus que l’humiliation terrible de la crucifixion, c’est l’effacement de toute mémoire jusqu’au dernier membre… sauf qu’il y eut une résurrection réelle du groupe et puis, bien sûr, les évangiles. Les autres groupes victimes n’ont pas eu cette chance ; survivent-ils un peu à travers le christianisme, qui a pris parti pour les vaincus ? 2

1 Claude Geffré interprète alors l’ouvrage de Michel de Certeau Le Christianisme éclaté (Seuil, 1974, p. 68-69) dans Michel de Certeau ou la différence chrétienne, op. cit., p. 24. 1