D’origine italienne (lancé à Trente en 1944) par Chiara Lubich, le mouvement des Focolari1 rayonne dans le monde. Sur le site canadien des Focolari, on invite les « personnes de différentes convictions » et de « différentes religions ». Par exemple, des musulmans s’y retrouvent.

           La pensée ou la doctrine de ce mouvement semble plutôt simple. On y répète que « tous soient un » (Jean 17 :21) et que « l’accomplissement de l’Évangile est dans l’amour et le respect mutuel ». Ils se réfèrent notamment à ces versets du Nouveau Testament : « aimez-vous les uns les autres » (Jean 15 :9-17) et « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18 :15-20).

            Ils affirment, semble-t-il, que ce principe d’amour et de respect peut être retrouvé dans toutes les religions. Bien sûr, cela ne peut guère être vrai que si les sens des mots amour et respect demeurent très flous. Cependant le sens flou assumé comme tel vaut mieux qu’un sens précis et faux. En effet, moyennant une interprétation suffisamment souple le sens de la phrase « aimez-vous les uns les autres »  peut être retrouvé pratiquement dans toutes les religions.  Quant à l’autre passage des évangiles « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux », il peut être acceptable dans nombre de groupes moyennant une interprétation appropriée. Si des personnes sont réunies au nom de Muhammad, du Bouddha, de Vishnou, par exemple, elles pourraient interpréter la phrase de Matthieu comme s’appliquant à elles aussi bien qu’aux chrétiens.

           Certains mouvements s’affirment donc à l’intérieur de l’Église catholique tout en disposant d’une grande autonomie. Jusqu’à quel point leur est-il permis d’être dissidents tout en étant respectés comme tels ? Ce point n’est pas clair encore. Il s’en faut de beaucoup pour que l’existence de tels mouvements réalise l’idée universelle de respect mutuel des groupes. Relativement peu de personnes connaissent ces mouvements. Il faudrait plutôt les voir comme un phénomène à la fois social et religieux, d’abord observable par les catholiques,  faisant signe vers l’idée d’une société de tous les groupes religieux. Le contraste est d’ailleurs frappant entre la situation actuelle et celle qu’on a connue dans le passé de l’Église puisque plusieurs des groupes religieux qui sont nés de l’Église romaine sont passés à l’histoire sous l’étiquette d’ « hérésies ». L’attitude de l’Église actuelle paraît d’emblée bien moins empreinte de mépris et de défiance envers les nouveaux groupes.

1 Le mot italien focolari signifie « chaleur et foyer ». 1