On sait que l’histoire de l’Église catholique a été mouvementée et même, dans ses rapports avec l’islam ou avec les protestants par exemple, plutôt affligeante. On sait moins, peut-être, que la même Église catholique a su composer dignement avec les Églises orientales qui, depuis longtemps, sont restées unies à Rome. Elles ont pu conserver leurs rites et même leur propre théologie concernant l’Église chrétienne1. Les patriarches sont élus par un synode local indépendamment de l’Église catholique romaine. Celle-ci a ainsi pu montrer qu’elle était capable de reconnaître une certaine autonomie à d’autres groupes religieux. Cela semble démontrer que les heurts passés avec les protestants, par exemple, auraient pu être évités si les divergences les plus profondes étaient demeurées sous la forme d’avis contraire et armées de patience plutôt que sous la forme d’une dissidence belliqueuse2. En somme, ce que l’Église n’a pas pu supporter n’était pas la différence doctrinale en tant que telle, mais plutôt l’attitude de condamnation absolue, à laquelle elle n’a pu, malheureusement, qu’opposer la condamnation réciproque plutôt que l’attitude d’aide respectueuse.

            Encore de nos jours, d’après certaines évidences, l’Église n’a pas mis son attitude de condamnation de côté, notamment en ce qui touche les pratiques d’avortement ou d’euthanasie. Cependant, à la lecture de certains de ses textes récents, comme par exemple l’encyclique Dives in misericordia, publiée par Jean-Paul II en 1980, il est clair que l’Église n’entend plus réprimer les personnes comme très souvent elle l’a fait dans son histoire. Une expression de cette nouvelle attitude plus pacifique apparaît lorsque Jean-Paul II déclare dans cette encyclique que la miséricorde de Dieu est « plus fondamentale » que la justice divine. Revenant sur la parabole de l’enfant prodigue, il montre qu’il aurait été « juste » de la part du père de rejeter son fils prodigue, mais qu’il en a décidé tout autrement au nom de la charité. Cet enfant prodigue est, selon Jean-Paul II, analogue « à l’homme de tous les temps ». Par conséquent, lorsqu’il est dit que l’Église « condamne » certains types de gestes, il s’agira bien plus, dorénavant, d’aider les personnes (et leurs groupes respectifs) à bien se développer et à progresser sur le plan humain dans leur vie. Ainsi pourrait être comprise ses prises de position en ce qui concerne la morale sexuelle, par exemple. Il s’agirait surtout, au fond, d’éviter que les humains ne se croient dénués de toute responsabilité après avoir régler les problèmes de façon convenue, conformément à certaines valeurs individualistes.

1 Voir l’article « Ecclésiologie », section « L’ecclésiologie de l’orthodoxie », de Bernard Dupuy dans Encyclopaedia Universalis, édition de 2011. 1

2 Les Églises protestantes ne sont pas à blâmer pour leur dissidence, qui est tout à fait légitime. Elles ont cependant une part de responsabilité dans la violence interreligieuse qui a résulté de leur dissidence. 2