Le théologien catholique Hans Küng a fait de sérieux efforts pour faire avancer dans le sens de la convergence, du moins dans le cas de certaines grandes religions. À son avis, les religions (il parle alors surtout d’anciennes et de grandes religions) présentent plus de convergence que de divergence, dans la pratique, que ne veulent bien le reconnaître « les doctrines et les manuels1 ». Il pose la question : « Sur quoi convient-il de centrer le dialogue avec le bouddhisme ? Il ne semble pas constructif d’insister sur l’existence de Dieu ni sur le caractère transcendant de l’âme individuelle. Il propose de mettre plutôt l’accent sur la pratique et l’« aspiration à dépasser l’existence terrestre … »  Il ajoute même la précision : « par delà les commandements éthiques ». Son intention, là, n’est pas d’abstraire la personne humaine, qui demeure centrale dans la pratique même du dialogue interreligieux, explique-t-il, et c’est la compréhension d’une réalité supérieure acceptable et cohérente pour les uns et pour les autres qui lui importe à ce moment.

           Rien n’indique, par ailleurs, que l’Église catholique ait dans la convergence vers le respect une avance significative sur les Églises protestantes, dont la réunion symbolique apparaît déjà avec le Conseil œcuménique des Églises, ou sur l’Église orthodoxe, qui réunit plusieurs Églises. La convergence de l’Église catholique consisterait alors à adopter un langage analogue de regroupement d’autres groupes religieux en leur proposant des éléments doctrinaux dans le respect de leur autonomie.

          Une convergence semblable est concevable avec l’islam et elle est en principe facilitée par la proximité relative des réalités supérieures, identifiables à Dieu, le Dieu de la Bible et du Coran. Il n’y a pas de raison de croire qu’il serait plus difficile pour l’islam que pour le christianisme de converger dans le respect avec les autres religions. Les positions actuelles de refus chez nombre de musulmans peut changer, évoluer vers plus de respect des autres, surtout s’ils sont eux-mêmes davantage respectés2.

            La possibilité d’une Grande convergence commence à se faire sentir chez les chrétiens et les musulmans. Les hindous ne sont pas en reste puisque ce qui est appelé hindouisme constitue déjà la réunion continentale d’un très grand nombre de groupes religieux évoluant en Inde, dont l’unité est rattachable à un corpus de textes sacrés, incluant les Védas, qui leur sont propres. La convergence dans le respect mutuel semble ainsi avoir une certaine base concrète. En outre, les différences entre les textes sacrés peuvent apparaître comme un enrichissement doctrinal plutôt que comme une cause de rivalité.

            La convergence globale inclut par définition toutes les religions moins grandes et même, en principe, les plus petites en termes du nombre des adeptes, et aussi même les religions plus récentes dans l’histoire, quel que soit leur nombre. Toutes peuvent en principe converger dans le respect des autres aussi bien que les religions les plus grandes ou les plus anciennes.

1 Hans Küng, Le christianisme et les religions du monde. Islam, hindouisme, bouddhisme, op. cit., p. 491-493. Ici, Hans Küng entend faire abstraction des différences doctrinales bouddhisme-christianisme qui n’ont de sens qu’aux yeux d’une « élite infime ». 1

2 Il faut se rappeler que l’Église catholique a été elle-même longtemps réfractaire au « modernisme ». Les musulmans peuvent difficilement faire pis. 2