Dans leur lettre, les évêques de France envoient le message que « Dieu seul est digne d’adoration1». Ils parlent alors, bien sûr, de « Dieu » tel que compris par les catholiques.  Mais les athées et les bouddhistes, en particulier, opposeront vraisemblablement une fin de non recevoir. Néanmoins, ils apprécieront sûrement que les évêques aient pris soin de « proposer » cette croyance aux lecteurs au lieu de tenter de la leur enfoncer dans la gorge. Alors sur quelle sorte de sens final, sur quelle sorte de réalité supérieure vaut-il la peine de chercher à dialoguer ?

"Crois ou meurs!"

Le Dragon au protestant: « Crois ou meurs! »

Précisément, ces évêques ont le « souci », disent-ils, d’affirmer l’unicité du christianisme face aux autres traditions. Ils craignent « une réduction abusive de son originalité dans les catégories générales de la religion2. » Ils précisent ainsi leur pensée : « l’Évangile du christ doit être annoncé aux hommes et aux femmes de toutes races, de toutes langues et de toutes cultures, et […notre Église…] elle-même, comme Église du Christ, demeure un ferment d’universalité concrète […] ». Pourtant, il est assez clair qu’insister ainsi sur « l’unicité du christianisme face aux autres traditions » ne peut guère que provoquer une réaction similaire et en sens contraire de la part de ces autres traditions, qu’il s’agisse de la tradition judaïque, de la tradition islamique, etc.

Or, cette impasse n’est qu’apparente si on envisage la situation de façon conforme au respect des personnes et des groupes. Une confusion est entretenue involontairement entre ce qui fait l’originalité d’une religion et ce qui fait le privilège d’un groupe. Jusqu’à preuve du contraire, toutes les religions ont, comme les différentes personnes elles-mêmes, une originalité profonde en tant que telles. Elles sont vraisemblablement toutes détentrices de « ferments d’universalité concrète » pour reprendre l’expression des évêques français à propos de l’Église catholique. Toutefois, toutes n’ont pas les mêmes privilèges en termes d’influences et de médiatisations. Que signifie alors le respect de tous ? Qu’implique-t-il ? L’analogie avec le respect mutuel des personnes peut nous aider à y voir plus clair.

LOC invitation coeurs

            Ainsi, les évêques de France affirment avoir une « conviction fondamentale » et c’est que « Nous ne faisons injure à personne […] En invitant ceux qui le veulent à accepter et à reconnaître Jésus Christ comme le Seigneur et le Maître de leur vie ». Notons qu’ils écrivent « En invitant… » : ce sont là des mots cruciaux. Inviter, comme proposer, est compatible avec le respect des autres pourvu qu’il n’y ait pas d’intention de nuire à l’un quelconque des autres groupes. Ainsi, l’attitude de ces évêques catholiques peut  encore converger avec celles des autres vers un point de plein respect mutuel.

Explications supplémentaires : Exemples de convergence possible…

Les apports originaux du christianisme sont sans doute importants et éclairants sur certains aspects de la réalité supérieure à laquelle on peut sentir le besoin de croire en général. Cependant il faudra apprendre à les voir comme des apports aux diverses propositions de foi qui sont possibles (en y incluant la « foi » de l’athée ou celle de l’agnostique, notamment), et non comme des Vérités en soi auxquelles il faut absolument croire en rejetant tout ce qui vient d’ailleurs et paraît trop différent. Certes, les non-chrétiens devront de leur côté faire de même. En attendant le jour où cela sera devenu assez évident, ceux qui auront pris de l’avance dans leur critique constructive devront continuer de progresser dans l’attitude d’aide envers ceux qui, à l’inverse, auront pris du retard. Ce sera un processus de longue haleine.

Explications supplémentaires : L’attitude de proposition

Suite

1 « Proposer la foi dans la société actuelle »,  « Lettre aux catholiques de France » : les évêques de France à Lourdes, loc. cit. 1

2 Ibidem. 2