Un rôle mondial de rassembleur pour l’Église catholique ?

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            Y a-t-il encore une place dans le monde actuel pour vous, les catholiques ? Y a-t-il, aujourd’hui, un sens à vouloir être catholique ? Peut-on attendre quelque chose de valable et de significatif de votre part ?

C’est en tant qu’enseignant de philosophie au collégial que j’ai rédigé cette lettre ouverte aux catholiques dans le but tout d’abord de sensibiliser les étudiants aux valeurs de la démocratie, notamment le respect du citoyen et de sa liberté de conscience, de conviction ou de religion. Cela signifie, par exemple, sensibiliser les étudiants au respect des groupes religieux et à l’importance de la critique constructive envers ces groupes. Un autre but consiste à proposer aux catholiques des réponses aux questions posées ci-dessus. Je tenterai de montrer, dans cette lettre, que la réponse à ces trois questions est « oui », mais que certaines conditions devront d’abord être réalisées.

LOC saint-pierre

Basilique Saint-Pierre du Vatican

Pourquoi une lettre ouverte ?

L’idéal serait d’inciter des échanges entre les étudiants et certaines personnes directement concernées par le dialogue interreligieux, telles que des prêtres catholiques ou plus généralement des croyants. Or, les nouvelles technologies paraissent susceptibles d’aider les échanges de façon large, pour ne pas dire planétaire. Je présente ce type de démarche comme une expérience pédagogique unique en son genre qui consiste à exercer une action réelle sur le monde1.

Pertinence de m’adresser aux catholiques

D’emblée, une question se pose. Pourquoi m’adresser aux catholiques plutôt qu’aux autres croyants ? Une réponse trop facile est que je suis né dans un pays où les catholiques sont majoritaires. En tant qu’enseignant en philosophie, cependant, je ne devrais en principe favoriser aucune religion particulière au détriment des autres. Bien sûr, rien n’autorise à croire que les chrétiens et, plus particulièrement, les catholiques sont a priori « meilleurs » ou « plus éclairés » que les autres. J’exposerai dans cette lettre quelques-unes des raisons qu’on peut quand même invoquer lorsqu’on veut trouver un sens valable au catholicisme sans pour autant déprécier les autres croyances religieuses, qu’elles soient chrétiennes ou non.

De plus, l’idée d’une telle lettre ouverte aux catholiques m’a été inspirée en partie par la lecture d’un texte, en l’occurrence une lettre ouverte, en provenance des évêques français qui s’adressaient aux catholiques de France2. Bien sûr, ces évêques laissent voir que, pour eux, le christianisme est une meilleure religion que les autres. Leur raison principale apparaît à la lecture : davantage que toute autre religion, le christianisme fait la promotion du respect des personnes et particulièrement des personnes pauvres, exclues ou en détresse. Pour eux, le christianisme est insurpassable en valeur humaine et, si un jour toutes les religions actuelles devaient se ramener à une seule, ce devrait être au christianisme et, plus particulièrement, au catholicisme. Or, justement, en lisant leur lettre, j’ai trouvé  possible de considérer la croyance catholique comme une croyance rationnelle moyennant une certaine interprétation crédible, que ces évêques ont faite en partie.

Si, en effet, on s’appuie sur la tradition récente de l’Église, soit celle qui remonte aux changements doctrinaux apportés par le second concile du Vatican (1962-1965), on peut considérer que la nouvelle attitude de respect démontrée par cette Église ouvre la porte à d’autres transformations d’une importance incalculable du point de vue de l’éthique du respect des personnes et des groupes (nous y reviendrons plus bas). Cependant il est fort probable qu’il s’agira là d’un processus à long terme, voire à très long terme3. Quoi qu’il en soit, un nouvel esprit religieux a soufflé à Vatican II, si je puis dire. Il est possible de montrer, à mon avis, que les changements y furent à ce point substantiels qu’on n’a pas encore bien compris ce qu’ils impliquent. J’ajoute qu’est en cause la vocation catholique au sens propre, c’est-à-dire universelle, de l’Église.

 

Schéma argumentatif de la lettre ouverte aux catholiques:

1)      L’Église catholique a, de façon remarquable, proclamé la liberté religieuse, ce qui signifie en particulier que, pour elle, « en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience » (citation tirée du texte de la Déclaration de l’Église faite en 1965, à la fin du concile Vatican II4).

2)      De ce fait, l’Église catholique a compris qu’elle ne devait pas imposer sa foi ou ses règles, mais bien les proposer (d’après la lettre ouverte des évêques français, publiée en 1996) en espérant qu’elles soient progressivement adoptées pour l’essentiel par l’ensemble des humains.

3)      Si toutes les religions adoptent progressivement cette conduite de l’Église catholique sur les points (1) et (2) ci-dessus, il y aura logiquement une convergence des attitudes interreligieuses, vers un point théorique de véritable respect mutuel entre les groupes religieux, situable dans le futur à long terme.

4)      Si une telle convergence s’effectue, l’Église catholique se sera attribué un rôle mondial de rassembleur de groupes religieux. Que sera alors devenue l’Église catholique en tant que doctrine et en tant que groupe de croyants ? Le lecteur pourra voir ici esquissée une réponse à cette question.

Explications supplémentaires : L’argumentation de la lettre ouverte aux catholiques

I  Le difficile respect interreligieux

II  Croire de façon convergente en une réalité supérieure

III  « Allez donc, faites de toutes les nations des disciples »

                                                                  Matthieu 28, 19

P.S. : Le lecteur désireux d’exprimer son accord avec le projet d’une Église catholique qui deviendrait la Société de Toutes les Religions (STR) peut le faire en souscrivant à la Société de Toutes les Nations (STN), ce qui équivaut à participer au Référendum mondial pour une Société de Toutes les Nations. À première vue, ce sont deux projets différents mais, justement,  la Grande convergence à long terme semble commencer là.

 Suite

1 Cette expérience pédagogique est caractérisable comme une « PAM », une « pédagogie en action sur le monde ». Cf. l’Agorathèque : Qu’est-ce qu’une PAM ? 1

2 Voir sur le web la « Lettre aux catholiques de France » : « Proposer la foi dans la société actuelle », par les évêques de France à Lourdes, le 9 novembre 1996. 2

3 Voir, dans l’Agorathèque, « Le progrès sur le long terme en général ». 3

4 Il faut savoir que ce type d’affirmation est très nouveau et que le respect de la liberté religieuse pour tous n’apparaît pratiquement jamais dans l’histoire passée des religions. 4