Le principe d’identification est en quelque sorte un complément du principe de réalité. Il peut d’abord être formulé ainsi : non seulement mon passé est effectif mais il s’agit en outre de mon passé.  

            Le principe de réalité est toujours en même temps un principe d’identification parce qu’il doit être pensé comme étant appliqué, expressément ou non, par « quelqu’un », c’est-à-dire par une entité consciente de cette réalité. Si on parle, par exemple, de la réalité physique ou biologique, on le fait du point de vue d’une science. Le « quelqu’un » dans ce cas peut être identifié à un sujet rationnel abstrait, le « on » ou le « nous » des auteurs qui s’expriment en tant que chercheurs dans l’exercice de leurs fonctions.  

            Comme dans le cas du principe de réalité, la langue ordinaire exprime implicitement le principe d’identification. Lorsqu’en général on dit « tu » ou « vous », on se trouve à supposer qu’à un certain moment, un potentiel humain réel particulier se réduira à l’état effectif d’un ou plusieurs sujets qui entendront ce qu’on dit. En outre, on se trouve à supposer que ce ou ces sujets ont eux-mêmes un passé effectif (événements passés effectifs) qui est en partie le leur.  

            D’après notre point de vue, les différents passés subjectifs — le mien, le sien, etc. — sont effectifs (événements et trajets) et, en outre, ils sont effectivement vécus par l’un ou l’autre de nous. Dans ce nous, il n’y a aucun zombie (au sens philosophique, bien sûr). En outre, ce nous ne coïncide pas avec l’espèce humaine mais plutôt, en principe, avec l’intelligence avancée potentielle de l’Univers, sorte de regroupement noétique des individus de toutes les espèces pensantes du potentiel réel global. En un certain sens, nous coïncidons avec la partie consciente et pensante de l’Univers lui-même, celui-ci étant compris, non nécessairement par les théories particulières qui existent maintenant, mais plutôt par celles qui leur succéderont après les avoir dépassées vers une science accomplie qui, elle, sera proprement le fait de l’intelligence avancée

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