La conscience sera donc présentée comme possédant essentiellement deux aspects différents et, d’une certaine manière, opposés l’un à l’autre. Ces deux aspects seront compris conformément aux deux modalités du potentiel et de l’effectif. L’aspect correspondant au potentiel est défini comme ce que l’être conscient peut réellement faire d’une façon ou d’une autre en tant que conscient. Il recouvre ce qui est appelé couramment la conscience fonctionnelle, laquelle représente justement en gros ce à quoi peut servir d’être conscient en général. Cette utilité est le plus souvent interprétée dans le sens de ce qui sert à la survie ou, de façon plus générale, ce qui sert du point de vue de la sélection naturelle. Quant à l’aspect correspondant à l’effectif, sa description permettra d’identifier la conscience effective. Contrairement à la conscience fonctionnelle, la conscience effective semble ne servir à rien. Cependant nous verrons de quelle façon, malgré son inutilité apparente, elle nous importe au plus haut point. 

            La conscience fonctionnelle comporte plusieurs fonctions distinctes. Elle permet notamment d’éprouver des affects et, plus généralement, de percevoir ou d’avoir des impressions diverses, et de faire profitablement l’expérience du réel. Elle permet aussi de réfléchir de façon créatrice, de constituer une personnalité, de se libérer de certaines contraintes et elle rend possible d’avoir une volonté propre. C’est elle, par exemple, qui permet de prendre utilement conscience du Moi et du monde. 

            D’après la thèse fonctionnaliste, les « états mentaux » s’identifient à des rôles qui sont normalement utiles dans un système cognitif1. Beaucoup d’inconnu persiste dans l’étude de la conscience. Sous son aspect fonctionnel, on peut conjecturer de façon plausible que l’apparition d’expériences mentales au cours de l’évolution a servi à intégrer les données très diverses que recueille le cerveau des animaux les plus évolués2.  

            Certaines attitudes réductrices de la part de chercheurs peuvent induire en erreur l’étude de la conscience fonctionnelle. Nous allons en examiner deux en particulier, soit l’attitude qui consiste à réduire la conscience fonctionnelle humaine à un fonctionnement biologique et l’attitude qui consiste à réduire la conscience en général à la conscience fonctionnelle.

1 Pour une définition de la thèse fonctionnaliste voir par exemple Pascal Engel, « La cognition est-elle représentations? », Sciences humaines, hors série n0 35, déc. 2001-fév. 2007 (repris dans Le cerveau et la pensée, op, cit., p. 434). 1

2 Voir John C. Eccles, Évolution du cerveau et création de la conscience, op. cit., p. 235. 2