Ce qui précède montre que la matière physique en général peut être conçue d’après deux modalités distinctes qui sont le potentiel réel et l’effectivité. Par commodité nous désignerons comme « matière potentielle » celle qui est envisagée selon la modalité du potentiel réel, et comme « matière effective » celle qui est envisagée selon la modalité de l’effectivité. 

             La matière potentielle est descriptible en droit comme une onde quantique de matière (ou onde de probabilité). Les états ou les événements qui la concernent sont descriptibles par le graphe du potentiel réel, donc de façon physico-mathématique. 

            La matière effective correspond à ce qui est effectivement observé et elle est descriptible comme un point matériel (ou particule) soumis à des effets physico-cognitifs.  

            Un être matériel quelconque peut être également envisagé d’après ces deux mêmes modalités et ce, même s’il est vivant, même s’il est conscient. La matière qui le constitue peut être décrite au moyen du graphe du potentiel réel, qui représente les événements de conscience et les processus conscients, les uns et les autres en tant que potentiels d’événements ou de processus. Ainsi un cerveau apparaît comme un objet matériel capable de conscience et il est descriptible au moyen d’un graphe du même type que pour la matière physique en général. Les événements de conscience en tant qu’événements effectifs sont également soumis à des effets physico-cognitifs. Ainsi, un événement de prise de conscience se décrit comme nécessairement situé dans un temps effectif qui suppose l’existence d’un moment présent. 

            Cette description ne signifie pas que la matière en général soit consciente. Un électron, par exemple, n’est pas conscient ni ne constitue par lui-même un élément de conscience. La matière simplement physique, qu’il s’agisse par exemple d’une particule, d’un ensemble de molécules ou d’une étoile, n’a évidemment aucun potentiel effectif d’autoreprésentation. Elle peut cependant se modifier, ou évoluer, de façon à constituer un être vivant qui, lui, peut avoir ce type de potentiel. Si elle évolue jusqu’à un être suffisamment intelligent, elle pourra démontrer un potentiel effectif d’autoreprésentation par le langage, ce qui signifie qu’elle sera en quelque sorte devenue quelque chose qui est capable effectivement de penser, de réfléchir, de critiquer et de se critiquer, de critiquer notamment le contenu de ses autoreprésentations. En un sens, l’Univers lui-même possédait dès le départ un potentiel réel d’autoreprésentation. C’est même là, en droit, une façon de décrire plus fidèlement la réalité que, si au lieu de l’Univers, on décrivait ainsi un système matériel quelconque dans cet Univers. L’Univers est ainsi descriptible et c’est la raison pour laquelle nous pouvons le connaître. Il devait nécessairement être tel que nous puissions réellement le décrire1.

 1 Spinoza s’est rapproché d’une telle vue des choses. Considérer les modalités du potentiel et de l’effectif est toutefois plus simple que de considérer le matériel et le mental comme certains des attributs d’un Dieu-Nature. 1