On décrit souvent les événements mentaux comme présentant une différence profonde avec les événements physiques du point de vue de la localisation. Un événement physique, dit-on, peut toujours en principe être localisé en un point, dans un endroit ou à travers un endroit. Par contre, il n’y a pas de sens à localiser la pensée de quelqu’un précisément dans un quelconque endroit, même si la personne s’y trouve. Il en va de même dans le cas de tout autre événement ou processus mental, que ce soit une sensation, une représentation, etc.  

            Il faut toutefois relativiser considérablement cette différence si l’on considère la question d’après le concept de potentiel réel. Considérons en effet ce qui découle de la conceptualisation apportée par la mécanique quantique. Non seulement le principe d’incertitude prohibe la localisation d’un événement physique en un point précis, mais en outre l’inséparabilité ne permet pas de dissocier le système qui se situe à un certain endroit de tout le reste de l’Univers. Envisagé ainsi, il n’y a guère de différence entre un potentiel réel de matière et un potentiel réel de pensée. De plus, un peu comme l’effectivité d’un événement physique, l’effectivité d’un événement de pensée est localisable. On peut très bien dire, par exemple, que telle idée est venue à quelqu’un à tel endroit précis. Il en va de même pour l’événement d’une sensation ressentie à tel endroit. Des limites s’imposent du point de vue de la précision du lieu, mais il en va de même pour l’événement ou le processus physique effectif, il ne se produit pas en des points mathématiques. Une particule n’est pas observée comme un point de dimension nulle et, a fortiori, une pluie ou un ouragan envisagés comme des événements effectifs ne sont pas localisables avec n’importe quel degré de précision.  

            On a parfois suggéré qu’on devrait utiliser deux langages différents pour décrire les phénomènes physiques et les événements qui concernent les personnes. Il apparaît ici qu’au contraire, un même langage peut suffire pourvu que les distinctions requises y soient exprimées. Le potentiel réel d’une personne est généralement riche en contenu d’idées ou de pensées, ou d’événements mentaux de différents types. Il y a là sûrement bien plus de diversité et de nouveauté que dans le potentiel réel d’un électron, d’une molécule ou même d’une plante ou d’un animal non humain. Il n’est néanmoins pas nécessaire de poser que ces deux types de potentiels doivent être formulés dans des langages différents1.

1 Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de parler deux langages différents pour les deux types de comportements ondulatoire et corpusculaire de la matière. Il suffit de considérer qu’il s’agit de deux modalités différentes d’une même réalité physique. C’est bien ainsi que l’on doit comprendre la différence entre le possible et le réel effectif. 1