Montrons d’abord comment l’esprit peut être représenté au moyen d’un graphe du potentiel réel. Prenons, par exemple, le cas d’un humain qui semble animé par certains motifs personnels. Pourquoi Carl monte-t-il dans cette auto ? Parce que, dirait-il, il veut se rendre à son bureau et que cette auto est la sienne. Supposons que cette description verbale représente effectivement une réalité, quelque chose de réel. 

            Envisageons maintenant cette même situation réelle au moyen d’un graphe du potentiel réel et voyons comment nous pouvons en décrire les mêmes éléments que ceux de la description verbale.  

Carl est d’abord, en droit, identifiable à un système physique envisagé à un certain moment Tc, conformément à ce que décrit la figure 6.1. Comme il s’agit d’un système matériel très complexe, il est nécessaire de regrouper un grand nombre d’événements subatomiques (de type quantique). Carl à ce moment est donc décrit par un sommet Tc’ du graphe qui représente, ainsi que le décrit la figure 6.2, le regroupement d’un grand nombre de sommets élémentaires et d’un grand nombre de micro-trajets. Il en est de même, par exemple, dans les cas de son bureau et de son auto. Quant aux motifs conscients de Carl, ils sont décrits comme correspondant en droit à une partie des conditions initiales du système. Toutefois ils sont alors décrits dans un « code » différent de celui qu’utilise Carl et les psychologues (ou d’autres chercheurs), un « code » qui est en droit mathématique, celui qui se trouve constitué par les lois et principes scientifiques de base. Il n’est certes pas facile de voir, au niveau de la structure de base, comment les motifs de Carl sont enregistrés. Cependant il nous suffit ici de considérer que, d’après la science actuelle et d’après les propriétés mathématiques du graphe du potentiel, la description de ces motifs se trouve résumée par le seul sommet qui décrit Carl envisagé à ce moment. 

           D’autres parties des conditions initiales sont par exemple l’existence d’un milieu correspondant à une société moderne, dans laquelle il existe des routes, des usines de fabrications d’automobiles, ou encore, selon le cas, des entreprises d’importation d’automobiles, etc. Toutes ces conditions initiales sont elles-mêmes descriptibles comme des regroupements de sommets et de trajets élémentaires.  

            Du point de vue des lois de base, il n’y a bien sûr rien, dans une telle description, qui puisse prétendre à l’exactitude scientifique. D’ailleurs, il serait pour un psychologue plus prudent, ou plus rigoureux, de dire que Carl pense qu’il veut se rendre à son bureau et qu’il pense que cette auto est la sienne, ou bien que l’on pense cela. Précisément, d’après le graphe, Carl n’agit pas exactement parce qu’il « veut » quelque chose. Cela lui apparaît ainsi, dans sa conscience effective et cette situation se trouve compatible avec ce que décrivent les lois de base. Il faut considérer que la façon dont Carl comprend ce qu’il veut est liée à ce qu’il ressent plus ou moins clairement et à ce qu’il sait et comprend à propos de lui-même. Nous pouvons raisonnablement en conclure que ce qu’il pense vouloir est quand même une évaluation cohérente, bien que partielle et approximative de ce que la réalité de base comporte en fait. D’ailleurs, même si Carl était un expert dans la psychologie cognitive et en neurologie, il ne pourrait dans l’état actuel du savoir prétendre qu’il comprend vraiment bien ce pourquoi il agit de telle ou telle façon. Examinons donc comment une science globale (ou adisciplinaire) peut arriver à décrire un cas de ce type.

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