Une vaste convergence vers l’intelligence semble d’emblée apparaître lorsqu’on passe en revue les différentes lignées animales. Il se peut que l’espèce humaine résulte de l’évolution d’une lignée de primates qui aura été seulement un peu plus rapide (en termes de millions d’années) que celle d’un grand nombre d’autres lignées plus ou moins éloignées. Rien ne prouve a priori que le potentiel réel d’une intelligence réfléchie soit la caractéristique de la seule lignée de primates qui inclut l’espèce humaine. D’autres primates auraient pu sans doute le faire, ou d’autres lignées de mammifères, ou même d’autres lignées du vivant en général. Cependant la thèse d’une convergence globale vers l’intelligence n’est pas a priori évidente.  

            Certains biologistes tendent à considérer l’intelligence animale comme un simple trait évolutif parmi bien d’autres. Les formes de vie, il est vrai, n’ont pas évolué seulement vers une plus grande intelligence, mais aussi vers une plus grande taille, une plus grande rapidité, une plus grande fécondité,  une plus grande toxicité, etc. Ce sont là autant de moyens de survie individuelle, spécifique ou génétique qui ont pu se développer avec la sélection naturelle.  

            L’intelligence animale n’est toutefois pas seulement un moyen de survie ou de reproduction parmi d’autres puisqu’elle permet de trouver des moyens originaux de résoudre toutes sortes de problèmes. Elle devient capable de dépasser l’intelligence sensorimotrice parce qu’elle peut s’aider à progresser dans son apprentissage en cherchant et en adoptant de nouvelles manœuvres ou de nouveaux comportements. L’animal plus intelligent trouve à compenser par des stratégies diverses sa petite taille ou son manque de rapidité. Il apprend à faire preuve de prudence devant la plante ou l’animal inconnu. Il sait mieux protéger sa progéniture, etc.  

            Cependant l’intelligence réfléchie, celle qui s’est développée grâce à l’acquisition du langage de type humain, ne se contente pas de compenser les avantages d’autres espèces, elle les dépasse sans commune mesure. Elle aura permis de construire des outils, des radeaux, des barques et navires, de galoper sur une monture et d’inventer des machines et des engins de toutes sortes, de voler, de dépasser le mur du son, de s’échapper dans l’espace interplanétaire, de mettre au point des remèdes, de trouver des méthodes de planification à long terme, etc. Il est à cet égard ironique qu’elle ait aussi entraîné des catastrophes de pollution et d’insalubrité, et qu’elle ait conduit à des démographies hors de contrôle, ce qui signifie que l’évolution de l’intelligence se poursuit de plus en plus à travers les défis qui résultent de son propre développement.

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