En utilisant des arguments tirés de la combinatoire d’éléments de base, on peut montrer de façon suggestive que le super-ordre du potentiel réel de l’Univers (à ses débuts) était trois, c’est-à-dire que ce potentiel comportait environ 103 états réellement possibles. Or il en va de même, moyennant certaines hypothèses, pour un être humain. On peut montrer que, de façon générale, le potentiel réel d’un humain, quels que soient son âge, son sexe, etc., pourvu qu’il soit en vie, est du super-ordre trois. On peut en conclure qu’un être humain a un potentiel réel de taille comparable à la taille du potentiel réel de l’Univers entier, le mot comparable voulant dire du même super-ordre de grandeur1

Calcul du super-ordre du potentiel global de l’Univers

            Le nombre approximatif de potentialités réelles que comporte l’Univers observable peut être calculé en se basant sur certaines définitions et certaines hypothèses. On définit d’abord le caractère approximatif  comme signifiant qu’on veut établir le super-ordre de grandeur des événements qui étaient réellement possibles dans cet Univers à ses débuts. On suppose que les événements significatifs sont exprimables comme étant les différents états de l’Univers en termes de l’ensemble des protons qu’il contient. Cela permet d’établir un nombre de potentialités réelles qui se chiffre à environ 2 exp(10115). Un tel nombre peut être qualifié de très grand par rapport aux nombres dits astronomiques2.

            Ce résultat équivaut numériquement à environ 10 exp(10115) et relève donc du super-ordre 3. On peut le formuler ainsi :

            Puissance approximative du potentiel global de l’Univers  = 103 

Calcul du super-ordre du potentiel global de l’humain

            Un calcul sommaire du super-ordre de grandeur du nombre de potentialités réelles d’actions et de pensées d’un être humain peut également être effectué moyennant certaines hypothèses. On peut supposer, par exemple, que cet ensemble équivaut à l’ensemble des différentes configurations de neurones. On se base alors sur le nombre de configurations différentes qui, d’un point de vue combinatoire, peuvent être faites de l’ensemble des neurones de ce cerveau. On suppose de plus qu’il y a environ 1010 neurones dans un cerveau humain. Il en résulte que le nombre a priori de configurations possibles des connections entre tous ces neurones est (1010) exposant 1010, soit environ 10 exp(1011), ce qui correspond au super-ordre trois3.

Puissance approximative du potentiel du cerveau humain = 103

           La richesse du potentiel humain serait donc comparable à celle du potentiel global de l’Univers, du point de vue des super-ordres de grandeurs. Certes, cela ne signifie nullement que ces richesses respectives sont comparables du point de vue des ordres de grandeurs au sens habituel. Cette concomitance des deux super-ordres se traduit toutefois par une sorte de rapprochement qualitatif ou catégoriel entre l’humain et l’Univers qui échappe aux modes ordinaires de comparaison. Ces derniers font paraître l’humain d’une petitesse dérisoire par rapport aux immensités du réel, alors que notre nouveau mode de comparaison redonne à l’humain, sinon une dignité morale supérieure, du moins une place moins insignifiante dans l’ordre naturel.

            Dès lors, il devient plus naturel de supposer que l’humain représente bien une forme d’intelligence avancée, capable de progresser encore jusqu’à une compréhension accomplie de la réalité. En d’autres termes, l’humain possède suffisamment de ressources internes pour être un digne représentant de l’intelligence avancée, du moins potentiellement. 

            Ce nombre caractéristique du potentiel humain et, à la fois, du potentiel global, c’est-à-dire 103, n’est pas infini et reste même bien en deçà du super-ordre quatre, 104. Il paraît même petit ou modeste par rapport à d’autres super-nombres qui sont pourtant eux-mêmes parmi les plus petits. Ce calcul ne doit donc pas être interprété comme de nature à rétablir une vision anthropocentrique qu’à juste titre on a crue disqualifiée. Nous ne pouvons même pas conclure que l’espèce humaine est seule, trônant en haut d’une évolution hiérarchisée. Tout ce que nous devons conclure ici des calculs qui précèdent est que le potentiel réel de l’humain, est peut-être celui d’une intelligence accomplie. Si tel est le cas, nous nous trouvons à recouvrer une harmonie avec la réalité de cet Univers que le concept d’espèce humaine nous avait fait perdre.

1 Cela ne signifie toutefois pas que l’ordre de grandeur (usuel) du potentiel humain est comparable à celui de l’Univers. 1

2 Ce calcul a été effectué par Max Tegmark, physicien et astronome de l’Université de Pennsylvanie. Le but de Tegmark était d’estimer le nombre d’univers possibles qui résultent de l’une ou l’autre des possibilités d’états quantiques à partir d’un univers comme le nôtre. Il évalue à 10115 le nombre de protons pouvant s’entasser dans un volume équivalant à celui de l’Univers observable à 108 K, qui est l’ordre de grandeur de la température maximale au cœur des étoiles. Une boîte de l’espace qui contient 2 exp (10115) volumes d’Univers observable épuise toutes les possibilités, où l’expression 2 exp (10115) représente le nombre d’arrangements possibles pour les protons, chacun y étant présent ou non (cf. Max Tegmark, « De l’Univers aux multivers », Pour la science, Oct.-Déc. 2004, p. 80). 2

3 Il existe plusieurs variantes possibles de ce calcul qui permettent toutes d’arriver au même super-ordre trois. Ainsi chaque  neurone établit en moyenne de l’ordre de 105 connexions avec d’autres neurones. En tenant compte du nombre de neurones dans le cerveau humain, qui est de l’ordre 1011, un calcul simple des combinaisons possibles donne : (105) exp (1011) qui est de l’ordre 10 exp 1012), soit encore le super-ordre trois. On peut faire également le calcul sur la base des combinaisons des lettres de l’alphabet, ce qui permet d’évaluer le nombre de discours ou de textes théoriquement possibles qu’ a priori, un être humain a le potentiel de produire. Pour une grande bibliothèque, le nombre de combinaisons possibles excède 26 exposant (1010), c’est-à-dire encore un nombre de super-ordre trois, où 1010 représente le nombre approximatif de lettres dans l’ensemble des livres de la bibliothèque. 3