Gould n’allait pas en rester là. Dans le même ouvrage, le Pouce du panda, il revient sur le problème soulevé par Wallace. Il propose que l’acquisition de son gros cerveau par la lignée des humains aura été relativement facile par rapport, par exemple, à celle de la bipédie. Il invoque comme prémisse que les humains sont des « êtres néoténiques », ce qui signifie que l’espèce humaine se caractérise par une très longue période de gestation, une enfance prolongée et une longévité supérieure à celle de tous les autres mammifères. De ce fait, l’ « accroissement de la taille de notre cerveau, écrit-il, est, au moins en partie, dû au report de la rapide croissance prénatale à des âges plus tardifs. [Cela permet] la transmission de la culture par l’éducation1 ». Gould pense que l’acquisition de la bipédie a été plus difficile que celle de la cérébralisation parce que la bipédie « requiert une restructuration fondamentale de notre anatomie, en particulier du pied et de la hanche2 ».  

            Ce que Gould veut expliquer là, c’est en somme qu’il comprend assez bien comment l’organisme ancêtre de l’espèce humaine pouvait avoir la potentialité de développer ce qui allait être le cerveau humain, mais qu’il ne comprend pas aussi bien comment cet ancêtre pouvait avoir le potentiel d’acquérir la bipédie. En fait, la difficulté d’acquérir la bipédie se sera ajoutée à celle de la cérébralisation. Comme celle-ci dépend de celle-là, cela ne nous avance pas si nous voulons comprendre comment la biologie peut expliquer l’apparition de l’humain. Aussi conclut-il ainsi son chapitre : « La chose la plus surprenante de tout ceci est peut-être cette propriété générale des systèmes complexes, de notre cerveau en premier lieu, consistant à transformer de simples changements structurels qualitatifs en qualités fonctionnelles merveilleusement différentes3. »

1 Stephen Jay Gould, Le pouce du panda, op. cit., p. 121-122. 1

2 Op. cit., p. 151. 2

3 Op. cit., p. 152. 3