Aucune direction d’ensemble n’apparaît clairement dans l’évolution. La plupart des formes de vie qui existent sont des bactéries et des insectes. Il serait arbitraire d’affirmer qu’elles sont moins évoluées que d’autres formes de vie1. Bon nombre d’entre elles, sinon toutes, résultent également d’une longue évolution. On peut néanmoins déceler vaguement, dans l’histoire de la biosphère, une progression vers une sorte de complexité qui reste indéfinie. On y constate l’apparition plus ou moins soudaine de formes de vie qui sont devenues aptes à se mouvoir dans différents milieux (ramper sur le fond marin, nager, ramper ou marcher sur la terre ferme, voler, etc.). On peut reconstituer partiellement certaines séries évolutives qui sont en fait des lignées particulières (de l’hyracothérium, qui remonte à l’éocène, au cheval moderne, de l’Homo habilis à l’Homo sapiens, etc.). Nous ne connaissons pas encore suffisamment les détails de l’évolution pour être en mesure de théoriser ou de conceptualiser une véritable progression de l’ensemble. L’attitude la plus scientifique consiste à réserver son jugement quant à l’existence d’une telle direction.  

            On peut aussi bien faire l’hypothèse de l’existence que celle de la non-existence d’une direction globale. Notre choix, ici, est de poser l’hypothèse d’une telle direction globale tout en tentant de préciser le ou les télos qui sont ainsi visés. Nous faisons l’hypothèse que, si la vie s’est maintenue, si elle s’est diversifiée ou enrichie d’une certaine manière, si elle s’est organisée au point d’aboutir après plus de trois milliards d’années à l’humain, c’est parce que, précisément, d’autres facteurs que la sélection darwinienne la dirigent, et que ces autres facteurs ne sont pas simplement biologiques. Ils concernent la globalité de l’Univers. Cette hypothèse est incluse dans l’hypothèse Tia

            Plusieurs arguments en faveur de l’hypothèse Tia sont plus ou moins évidents. L’un d’eux est qu’on peut facilement constater une forte tendance vers l’intelligence dans l’évolution telle qu’elle s’est développée jusqu’à l’époque actuelle et ce, même si on fait abstraction de l’espèce humaine.

1 Stephen J. Gould a exprimé son opinion sur ce point en écrivant que la « plupart des espèces animales sont des insectes, des acariens, des copépodes, des nématodes, des mollusques et leurs cousins », et on ne peut y voir « aucune tendance généralisée vers une domination de l’esprit sur la matière […]. Et l’arbre de l’évolution m’apparaît plus comme un buisson touffu » que comme des rameaux parallèles. (S. J. Gould, Quand les poules auront des dents, op. cit., p. 292). Cette image du buisson est acceptable à la condition de voir le buisson comme un arbre unique. 1