En son sens premier, le mot catastrophe (du grec catastrophê, renversement) n’a pas une connotation toujours négative ; il signifie bouleversement, renversement ou encore dénouement. Nous envisagerons ici les catastrophes en un sens aussi bien positif que négatif. Il s’agit d’extinctions, parfois massives, mais aussi de productions, toujours renouvelées, de nouvelles espèces qui ont compensé les extinctions massives. Souligner l’aspect positif des catastrophes équivaut ici à un renversement conceptuel qui permettra de traiter sans contradiction l’évolution comme un processus tendant vers la production de formes de vie adaptées à la réalité d’un processus évolutif de longue durée. 

           Les grandes catastrophes qui se sont produites sur la Terre ont été l’occasion pour la biosphère de rebondir vers plus de nouveautés marquantes, scientifiquement intéressantes. Dans le cadre existant de la biologie, les catastrophes d’extinctions massives peuvent de prime abord apparaître comme de graves mutilations de la biosphère. De telles catastrophes auraient pu aussi bien éliminer toute forme de vie, la faire stagner ou encore la faire régresser à ce qu’elle avait été auparavant, par exemple, à quelques espèces simples de bactéries. Or, les faits montrent que ce n’est pas le cas. Il apparaît qu’aucune des catastrophes qu’on a recensées n’a pu annuler tous les acquis évolutifs précédents. À chaque fois, au contraire, de nouveaux acquis ont pu profiter de cette espèce de remise à neuf, ou de métamorphose, pour enrichir d’une toute nouvelle façon la biosphère. Loin d’être éclopée ou diminuée, la vie a continué de plus belle à se développer1. Le potentiel évolutif de la vie terrestre a continué de se développer après avoir franchi ce qui apparaît après coup comme un obstacle, c’est-à-dire le caractère dominant de certaines formes de vie. Un verrou conceptuel saute lorsqu’on considère ainsi de façon positive les grandes catastrophes. Plusieurs de ces catastrophes sont vraisemblablement d’origine astronomique et apparaissent comme prenant part au jeu global de l’évolution cosmique dans laquelle s’inscrit l’évolution de la vie. Une telle perspective suggère de reconsidérer ce que signifie le jeu de la sélection naturelle.

1 Plusieurs biologistes actuels s’inscriraient sans doute en faux ici, alléguant qu’à chacune des grandes catastrophes, la diversité des clades a été réduite et que la vie s’est donc appauvrie. Il faudrait leur donner raison si, du moins, on s’entendait sur leur définition de la richesse du vivant. 1