Les relations de symbiose sont fréquentes chez les animaux et les plantes, ou d’autres organismes. Un exemple bien connu est celui du lichen, symbiose d’un champignon et d’une algue qui ne peuvent vivre séparément l’un de l’autre. Richard Dawkins a proposé l’idée que les êtres vivants sont des « colonies de symbioses de gènes1 ». L’idée de symbiose va de pair, essentiellement, avec celle d’une association étroite de différents éléments vivants ou moléculaires. Dans ce qui suit, cette idée sera exploitée plus à fond. Nous considérerons l’existence d’une symbiose globale qui inclurait non seulement les différentes formes de vie, mais aussi les lignées évolutives elles-mêmes, avec tous les éléments naturels qui participent à leur évolution. On peut, en effet, constater que l’évolution ne se réduit pas à constituer des individus vivants ou des espèces. Celles-ci font partie de lignées qui se développent sur de longues durées. Or, certaines de ces lignées entretiennent mutuellement d’étroites relations qui sont susceptibles de rendre compte de l’évolution de certains caractères des espèces impliquées. 

            La symbiose en son sens le plus habituel peut être décrite comme une coopération entre des individus ou entre des espèces. Par définition, la symbiose globale est la réunion de tout ce qui participe à l’évolution globale. Elle peut être décrite comme une association qui est généralement avantageuse à la survie des organismes qui jouent un rôle d’une façon ou d’une autre dans cette évolution. Dans certains cas, l’association globale permettra à l’organisme d’apparaître et de survivre longtemps dans un environnement fixe ou variable. Dans d’autres cas, l’association globale permettra à un organisme d’apparaître et de survivre assez longtemps pour jouer un rôle d’élément transitoire entre des formes évolutives.  

           D’après l’hypothèse Tia, il existe une symbiose globale, c’est-à-dire cosmique, qui permet avec une probabilité appréciable à une forme intelligente d’apparaître et de se développer de façon à devenir une intelligence avancée. En comparaison avec les théories et les interprétations biologiques actuelles, cette hypothèse rend mieux compte de faits tels que la grande diversité du vivant, l’évolution passée vers la complexité (notamment des sociétés d’ordres multiples à partir des molécules d’ADN, comme les bactéries, les protistes, les métazoaires, etc., puis aux sociétés animales jusqu’à la noosphère humaine). La symbiose globale comporte l’évolution physique, l’évolution biosphérique et l’évolution noosphérique. Dans le cadre scientifique actuel, tous ces faits restent simplement attribués au hasard. Souvent, on ne cherche pas même à en rendre compte. 

           Le concept de symbiose globale servira de base pour définir en plus la nouvelle conception de l’adaptation globale. Celle-ci comporte plusieurs niveaux distincts comme, par exemple, les niveaux individuel et spécifique, lesquels correspondent à la conception habituelle de l’adaptation. Il est cependant important de définir aussi l’adaptation des lignées d’espèces. L’adaptation globale est en quelque sorte l’adaptation de la vie et de son évolution au cadre global du Cosmos. 

          La symbiose globale est une sorte de coopération de degré supérieur, entre des entités ou des processus. Elle va de pair avec l’idée d’une coopération vitale entre des lignées évolutives pourtant d’aspect antagoniste. Ainsi, en un certain sens, les carnivores « coopèrent » avec leurs proies, les herbivores, en ne les exterminant pas ; ils contribuent à réguler leurs populations. On pourra ainsi constater que l’évolution des carnivores et celle des herbivores sont étroitement liées l’une à l’autre. Plus globalement encore, on pourra constater l’existence d’une coopération de degré supérieur selon laquelle certains objets physiques autres que ceux qui se trouvent dans l’environnement terrestre ont de façon importante partie liée avec l’évolution de la biosphère terrestre. C’est évidemment le cas, notamment du Soleil, mais aussi, par exemple, de la Lune et d’autres corps célestes2.

1 Selon Dawkins, les virus pourraient être des « gènes rebelles » qui se sont libérés de telles colonies

(Richard Dawkins, Le nouvel esprit biologique, op. cit., p. 254). 1

2 Il est bien connu que la Lune et le Soleil causent ensemble les marées sur la Terre. De plus, il paraît probable que la Lune ait joué un rôle important dans les mouvements de l’axe de rotation de la Terre et, donc, dans la stabilité requise par l’évolution longue. 2