On comprend encore mal la complexité du développement embryonnaire. L’évolution physique ou biologique présente également des difficultés. L’une des questions les plus souvent évoquées est celle de la cause de l’accroissement de complexité qui est constatable dans le cours de l’évolution depuis les débuts de la biosphère. Les biologistes, mais aussi d’autres scientifiques, tendent à l’attribuer au hasard, celui-ci étant combiné à une logique simple. En effet, il paraît tout à fait normal que l’évolution s’accompagne d’une complexité croissante puisque, allègue-t-on parfois, la vie a commencé de façon très simple. Toute évolution à partir de ce moment ne pouvait que comporter une complexité plus grande par la suite. Puis on peut facilement constater que la complexité tend tout naturellement à s’accroître de façon assez générale du simple fait que certaines formes sont sélectionnées pour leur capacité à s’adapter1.

Ainsi, on peut montrer que l’œil d’un vertébré a pu se former en passant par une série de structures à partir de simples taches sensibles à la lumière2. Pour ce faire, on utilise bien sûr le principe darwinien de la sélection naturelle, mais également, de façon implicite, d’autres lois de la nature. Dans le cas de l’œil du vertébré, qui est l’analogue d’un appareil photographique comportant un système de lentilles, il est évident que les lois de l’optique sont essentielles afin de comprendre comment s’est faite cette évolution.

Or, l’apparente tendance vers la complexité qui se manifeste dans la biosphère ne fait que refléter le potentiel global de l’Univers. En d’autres termes, les lois de base suffisaient dès le début à déterminer certains trajets dans le graphe du potentiel tels qu’ils représentaient une montée vers la complexité et, peut-être, vers l’intelligence avancée Nous ignorons quelle était alors la probabilité de ces trajets. Il semble, d’après la théorie darwinienne, que certains de ces trajets au moins étaient relativement plus probables, ce qui logiquement, c’est-à-dire en évitant toute contradiction, signifiait qu’ils devaient être affectés de l’indice de la sélection naturelle.

Dans cette perspective, l’argument selon lequel la complexité s’accroît naturellement là où il y en a peu s’éclaire d’un jour différent. En effet, comme pour l’indice de la sélection naturelle, celui d’une complexité croissante marque logiquement les trajets les plus probables conduisant à ce qui est observé de nos jours. Au lieu donc de voir la complexité croissante comme une logique vide, une simple tautologie, il faudrait dès lors plutôt la considérer comme une preuve du caractère pygmalien de la structure de l’Univers et, partant, comme signifiant une profonde remise en question de notre compréhension les mathématiques et la réalité naturelle.

1 Par exemple, Stephen J. Gould développe une telle argumentation dans son livre L’Éventail du vivant : le mythe du progrès, Paris, Seuil, 1984. 1

2 L’expérience de D. Nilsson et S. Pelzer le montre assez bien (cf. section 4.1.3). Voir aussi par exemple dans Science et Vie, « L’évolution a-t-elle un sens? » par Philippe Chambon (Science et Vie, no. 1059, déc. 2005; p. 69). Dans La foire aux dinosaures (op. cit., p. 243), S. J. Gould commente l’explication qu’a apportée Charles Darwin à la formation de l’œil de vertébré. Il se sert de ce cas pour montrer que le principe de la sélection naturelle permet d’expliquer beaucoup de choses qui, à première vue, semblent ne pas pouvoir s’expliquer par ce moyen. 2