Les lois et les principes de base de la physique, en y incluant ceux de la mécanique quantique et de la théorie de la relativité, décrivent les interactions gravitationnelles, électromagnétiques, nucléaires et faibles. Chacun de ces types d’interaction a joué un rôle essentiel dans l’évolution globale.  

1)   La force gravitationnelle a joué un rôle constitutif dans la formation des galaxies, des étoiles et des planètes.

2)   La force électromagnétique a joué un rôle constitutif dans la formation des molécules et des atomes d’hydrogène. Elle est impliquée directement dans la formation des acides aminés et des protéines.

3)   La force nucléaire a joué un rôle constitutif dans la formation des noyaux lourds, notamment du carbone, de l’azote et de l’oxygène. La force nucléaire est telle que ces éléments ont pu jouer leur rôle constitutif dans les processus du vivant1.

4)    La force dite faible a joué un rôle constitutif dans la dispersion des noyaux lourds dans l’espace, par le mécanisme d’éjection de matière des supernovae2.  

            Qu’il s’agisse de matière organique ou non, les propriétés de la matière dépendent de l’action combinée de ces quatre forces de base. Précisons cependant que, dans les quatre points ci-dessus, l’expression « a joué un rôle constitutif » ne signifie pas que les forces ou principes impliqués doivent tous être considérés comme irréductibles à d’autres principes plus fondamentaux.  

            Et, comme les évolutions biologique et noétique font partie de l’évolution globale, il conviendra d’ajouter à ce tableau que la sélection naturelle darwinienne a joué un rôle important pour la compréhension de la façon dont se sont effectivement formés les organismes complexes. D’autres principes ou théories biologiques auront permis de mieux comprendre les potentialités réelles de cette évolution. Ils l’ont toutefois fait en termes d’organisation génétique et d’organisation du vivant en général, plutôt qu’en termes de lois et de principes de base des processus réels en général. En outre, les sciences humaines ou sociales, en plus de la philosophie, ont permis d’avancer dans la compréhension de la façon sont se sont formés les traits et les objets culturels, et dans la compréhension de la façon dont se sont constitués les textes et les idées dans l’évolution historique humaine. Et, bien sûr, ces disciplines n’ont pas encore permis d’exprimer les développements noétiques de façon globale, au moyen de concept adisciplinaires. Ces développements demeurent la chasse gardée de disciplines particulières, qu’on n’envisage que rarement de comprendre en rapport avec les autres disciplines de la recherche. 

            Les différentes entités réelles sont apparues et se sont développées de façon très aléatoire, c’est-à-dire probabiliste. Dans chacun des types d’interaction, la contingence physico-cognitive a toujours joué un rôle déterminant en ce qui concerne l’effectivité des résultats.

1 La force nucléaire semble même « ajustée », c’est-à-dire ni trop faible ni trop forte, pour que ces processus biologiques aient lieu. Cette remarque nous renvoie à la problématique dite du principe anthropique. Nous reviendrons là-dessus, notamment dans la sous-section 7.9.4. 1

2 La force dite faible (appelée d’abord force de Fermi) se manifeste dans la transformation du neutron en proton, ce qui produit un neutrino, et parfois dans la transformation inverse. Les neutrinos jouent un rôle clé dans ce qui provoque l’explosion des supernovae, de pair avec l’éjection des noyaux lourds dans l’espace. Ce mécanisme est essentiel pour la formation ultérieure de planètes de type terrestre. La force faible est juste assez grande pour lui permettre de jouer ce rôle. De plus, elle est juste assez faible pour que les étoiles G (type solaire) aient une durée de vie d’une dizaine de milliards d’années environ, ce qui est peut-être l’ordre de grandeur du temps requis pour une évolution ayant de bonnes chances de produire l’intelligence avancée. 2