Les scientifiques ont récemment constaté qu’une évolution physique de tout l’Univers s’est effectuée depuis le moment initial du Big Bang1. L’évolution globale, à la fois physique et biologique, puis humaine, tient actuellement du fait hypothétique et non de la théorie scientifique, un peu comme l’était l’évolution biologique elle-même à l’époque de Darwin. C’est donc à titre d’hypothèse que nous considérerons ici l’évolution globale. Ce chapitre portera davantage sur les données et les explications d’ordre biologique, et leur mise en rapport avec certaines données et certains concepts d’ordre physique. Les trois chapitres suivants traiteront plutôt du cas de l’évolution humaine et, notamment, de la façon dont on peut mieux comprendre le fait humain en se basant sur une meilleure compréhension globale de la nature.  

            Nous décrirons l’évolution globale comme une grande association, y compris en ce qui concerne l’évolution de la vie. Les luttes n’en sont que des modes d’interaction, une expression d’interdépendance. Après avoir tenté de montrer, plus haut, que cette évolution globale peut être vue comme téléonomique, il s’agit ici de montrer qu’elle peut et devrait être vue comme associative plutôt que basée sur des antagonismes. 

            Les biologistes commencent tout juste à envisager une biologie planétaire qui tient compte de l’environnement physico-chimique terrestre dans son ensemble2. Ils ont eu jusqu’à présent l’habitude de comprendre l’environnement comme un ensemble de formes de vie en faisant abstraction de la plupart des variables physiques, telles que les variables cosmologiques, astrophysiques ou même géophysiques. 

            L’évolution globale, telle qu’on l’entend ici, comportera celle du pool génétique global et celle de l’environnement global terrestre. Les transformations du pool génétique peuvent s’expliquer partiellement par la sélection naturelle. Celles de l’environnement terrestre peuvent s’expliquer partiellement en invoquant d’autres principes, tirés de la géophysique ou d’autres disciplines plus ou moins reliées entre elles. Si nous parlons de l’environnement global, cela regarde à la fois la physique, la géologie, la biologie et plusieurs autres sciences plus particulières. Il ne s’agit pas ici surtout de tenter d’expliquer l’évolution globale en nous appuyant sur ces disciplines. Nous tenterons de le faire essentiellement au moyen de concepts adisciplinaires, et plus particulièrement en nous appuyant sur les lois de base et sur le principe de réduction du potentiel réel. Les données de la biologie serviront surtout à illustrer ce nouveau mode d’explication scientifique. 

            L’évolution de l’environnement terrestre global a été marquée par plusieurs apparitions ou émergences qui incluent tout d’abord celle de la vie, puis celles des eucaryotes, de la sexualité, des métazoaires, de l’atmosphère concentrée en oxygène, des vertébrés et, enfin, de l’humanité. On peut dire que l’évolution du pool génétique global semble avoir comporté des phases d’équilibre plus ou moins longues, ponctuées par des catastrophes — extinctions massives suivies de l’apparition non moins massive de nouvelles espèces —. Sur le long terme, avec une certaine probabilité les gènes tendent à se reproduire ne varietur, mais avec une probabilité plus grande ils tendent aussi à évoluer en révélant des phénomènes d’innovations biologiques encore peu décrits et mal compris.

1 La théorie du Big Bang n’a été confirmée qu’en 1965 par l’observation du rayonnement de corps noir du fond du ciel. D’autres observations plus précises l’ont confirmée à nouveau depuis lors. Avant que cette théorie soit confirmée, les physiciens n’envisageaient l’évolution globale que comme une hypothèse peu vraisemblable. Ils considéraient cependant qu’une évolution locale des atomes dans le cœur des étoiles avait joué un rôle important pour permettre ensuite la formation de la Terre. 1

2 Voir Environmental Evolution. Effects of the Origin and Evolution of Life on Planet Earth (deuxième édition), édité par Lynn Margulis, Clifford Matthews, ans Aaron Haselton, Cambridge (Massachusetts), The MIT Press, 2000; Gerald A. Soffen, qui en a rédigé l’avant-propos, utilise la nouvelle expression de « biologie planétaire » (“the emerging field of planetary biology”; Avant-propos, p. ix-x). 2