Le gène évolutif sera défini comme un gène qui, individuellement ou en groupe, possède les caractéristiques qui permettent à une évolution biosphérique longue de se produire.  

           Le gène évolutif est donc le gène que l’on considère non seulement, ainsi qu’on le fait d’habitude, selon son potentiel effectif, mais également selon son potentiel réel. Par exemple, les gènes directement liés à la mort et à la sexualité sont clairement évolutifs. Le concept de gène évolutif permet d’expliquer la mort programmée génétiquement. Le fait que des individus meurent favorise la descendance, quelle qu’elle soit, que celle-ci se soit transformée génétiquement ou non. La sexualité aide à produire, par recombinaison génétique, la diversité et la complexité. La diversité du vivant implique la diversité des adaptations possibles, donc aide à produire de nouvelles formes de vie.  

            La sélection naturelle n’implique de façon nécessaire aucune tendance vers la complexité. L’image du gène égoïste en représente pleinement le mécanisme. L’intérêt du principe darwinien de la sélection naturelle a été néanmoins mis en évidence par l’existence de la complexité, c’est-à-dire de formes de vie déjà diversifiées et élaborées, dont l’existence s’explique en partie au moyen de ce principe. En un sens, tout l’ADN des formes de vie issues de la sexualité est un « surplus » par rapport à ce qui était déjà la pleine réalisation du « gène égoïste », soit les bactéries.  

            Une notion pivot du darwinisme est celle selon laquelle l’évolution se déroule sans plan et sans direction1. Admettons que cela se comprend dans le sens qu’il ne saurait y avoir d’autre direction à l’évolution que celle que lui imprime la sélection naturelle ou, dans la mesure où c’est pertinent, celle que pourraient lui conférer les lois physiques, notamment celles qui déterminent fondamentalement les forces et les mouvements. La science rejette normalement l’idée d’un plan quelconque qui serait surajouté aux lois et les principes de base.

La plupart des chercheurs accorderaient, aujourd’hui, que les lois de base ont cependant imprimé une certaine direction à l’Univers depuis le moment initial du Big Bang.

1 Stephen J. Gould, par exemple, l’affirme en de tels termes : pas de plan ni de direction, mais essentiellement le hasard. Cf. Le pouce du panda, op. cit., p. 39. 1