L’observation ne provoque pas, non plus, la réduction de l’état quantique dans le cas du « chat ». En outre, s’il semble y avoir une sorte d’ « effondrement » d’un des deux états superposés, il s’agit d’un « effet physico-cognitif », qui reste inexpliqué par le formalisme mathématique de la mécanique quantique. Cependant cet effet s’explique de façon simple si nous convenons de le définir au moyen des catégories physico-cognitives. Il y a en effet deux possibilités réelles qui s’excluent mutuellement puisque un seul de ces états est ensuite l’état présent. L’autre état devient un état potentiel passé. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la réalisation de l’une d’elles fasse automatiquement s’évanouir l’autre.  

            Si la situation semble déconcertante, c’est en raison du caractère réel de ces possibilités. Les deux états possibles du « chat » sont bien réels, bien que non effectifs avant l’observation. Ce n’est pas en soi nouveau puisque, depuis Newton, les théories scientifiques prévoyaient essentiellement des possibilités réelles plutôt que des événements effectifs et singuliers. La correspondance entre la théorie et les effets réels était déjà problématique. On convenait des règles de correspondance qui étaient requises, mais rien dans la théorie ne permettait d’expliquer ou de justifier ces règles1. L’arrivée de la mécanique quantique aura en fait permis de mieux éclairer la situation en permettant d’établir la différence de réalité entre le potentiel et l’effectif. 

          

1 Sur ce point, la théorie de la relativité est sur le même plan que la théorie newtonienne. D’ailleurs, Einstein ne croyait pas au « maintenant » qu’il tenait pour une simple impression subjective. Il est facile de voir qu’Einstein aurait rejeté le concept même de processus physico-cognitif. Cf. Albert Einstein, Œuvres choisies. 5. Science, éthique, philosophie (textes choisis et présentés par Jacques Merleau-Ponty et Françoise Balibar, Paris, Seuil, CNRS, 1991, p. 115-116). 1