La recherche scientifique concerne entre autres la compréhension de ce que « nous » sommes réellement. Sommes-nous simplement une espèce animale parmi d’autres?  Ce que nous désignons sous le nom d’espèce humaine, est-ce nous ou seulement l’un de nos modes d’incarnation ? Sinon, sommes-nous un phénomène universel d’intelligence, de recherche, de conscience… ? Le seul fait que nous soyons capable de nous poser de telles questions prouve en tout cas que nous sommes des représentants de l’intelligence avancée et ce, même si nous ignorons dans quelle mesure nous sommes effectivement avancés en ce sens.  

8.1 Qui sommes-nous donc? 

            Dans son livre Qu’est-ce que l’évolution?, Richard Dawkins nous désigne ainsi : « nous, animaux, plantes, protozoaires, champignons et bactéries ». Puis, en précisant sa pensée, il « nous » décrit comme « les rives » des « fleuves » de la succession des ensembles de gènes tout au cours de l’évolution 1. Son intention est de parler au nom de quelque chose, d’une entité plus grande que l’espèce homo sapiens, ce qu’il confirme en écrivant : « bien avant que nous n’ayons une apparence humaine…2». Nous pourrions interpréter cette description poétique par une autre description sur un thème voisin : nous sommes Gaia, la planète vivante devenue consciente d’elle-même 3.  

            L’usage du mot « humain » veut que ce mot s’applique à chacun des humains sans exception. C’est en particulier devenu impératif depuis que nous avons développé et assumé la critique des attitudes d’exclusions à l’égard d’autres personnes 4. Comme ce nous doit être considéré comme capable d’autocritique, il pourrait en venir logiquement à désigner toutes les personnes possibles, c’est-à-dire toutes les entités capables de penser, toutes les entités noétiques

            Notre identification au noétique tranche avec celle que Dawkins présente, qui tient plutôt de l’identification à l’ensemble des formes de vie terrestre, y compris celles qui ne sont pas aptes à penser. Nous pouvons rejoindre partiellement Dawkins sur un point. Nous sommes en effet apparentés à toute la vie terrestre. On a établi que tous les animaux partagent avec les humains plus de 90 % du bagage génétique global 5. Nous pouvons donc dire qu’ils forment en un sens une étroite parenté et même, pourrions-nous dire, qu’ils forment une famille. Les animaux sont notre famille sur Terre. 

            Ces êtres vivants terrestres relativement proches les uns des autres tendent peut-être tous, globalement mais par plusieurs chemins distincts, vers le noétique et l’intelligence transfinie accomplie, en tant qu’état de la bio-noosphère. Cependant en ce qui nous concerne, nous qui pensons, nous serions essentiellement des êtres noétiques et nous ne serions des homo sapiens que par accident. Si nous convenons que nous nous appelons quand même humains — puisque tel serait notre décision —, alors c’est l’humain qui change profondément de signification. L’humain désigne alors toute forme noétique dans cet Univers et l’humanité désigne l’ensemble universel du noétique.

1 Richard Dawkins, Qu’es-ce que l’évolution ? Le fleuve de la Vie (A Darwinian View of Life. River out of Eden, 1995, traduction de Thiên Nga Lê), Paris, Hachette, 1997, p. 33. 1

2 Ibid., p. 58. 2

3 Cette interprétation par Gaia n’est pas tout à fait équivalente à celle qu’a faite James Lovelock, à qui est emprunté ce terme. Celui-ci exclut habituellement l’humain de ce qu’il appelle Gaia. 3

4 Ce « nous » est interprété de façon ontologique et épistémologique dans mon ouvrage Le Dieu imparfait. Essai de philosophie pour notre temps, Québec, Presses Inter Universitaires, 2006, en particulier le chapitre 1, « L’humanité ». 4

5 Voir R. Dawkins, ibid., p. 56-57. 5