Note : Les noms des personnages de ce forum sont fictifs. Toute coïncidence n’est attribuable qu’au hasard bien qu’il soit possible que les prénoms et les noms de famille reproduisent ceux d’étudiants réels. 

      Le concept de potentiel humain peut servir à définir l’humain mieux que tout autre concept. C’est ce qu’entreprend de montrer un étudiant.

Charles Langelier :  

            Je voudrais discuter ici du potentiel humain. Je m’intéresse en particulier aux points suivants :

·         Quelle est la plus grande différence qui permet de distinguer l’humain des animaux ? À mon avis, il s’agit du potentiel de l’humain. Êtes-vous d’accord ?

·         Est-il possible d’évaluer la grandeur du potentiel humain ?

·         Est-ce que l’immensité de son potentiel est ce qui donne une valeur éthique à l’être humain ? 

Catherine Talbot-Marcoux : 

            Tes questions, Charles, sont très intéressantes. J’attaquerai tout de suite la première en essayant de défendre l’idée que l’humain n’est qu’une espèce animale parmi d’autres et que, s’il possède quelque chose de spécial comme un potentiel, c’est surtout un potentiel de destruction. 

Charles L. : 

            Il est vrai, Catherine, que l’être humain a un grand potentiel de destruction, mais je crois que son potentiel de construction est plus important. Par exemple, il a construit les sept merveilles du monde ou bien, par exemple, la Grande Muraille de Chine. 

Catherine T.-M. : 

            Oui, et il y a aussi la Tour Eifel et le stade Taillibert ! Ce n’est pas très sérieux, Charles, lorsqu’on pense à tous les méfaits du soi-disant génie de l’homme. Voici quelques-unes de ses « réalisations » les plus spectaculaires : la bombe atomique et son utilisation sur Hiroshima, les camps de la mort et l’Holocauste, Tchernobyl, le Sida, la thalidomide. Y a-t-il une autre forme de vie qui s’est révélée plus destructrice ? 

Charles L. : 

            Aucun animal n’est capable de l’égaler en destruction, mais aucun non plus en création. J’en conclurais que l’être humain est capable du meilleur comme du pire.  

Stéphanie Thériault : 

            Personnellement, je prendrai la défense de l’humain dans ce débat. J’accorde à Catherine que l’humain est capable de provoquer de grandes catastrophes. Cependant sa capacité créatrice est nettement plus originale. La nature est encore plus destructrice que l’humain avec ses éruptions volcaniques, ses tremblements de terre, ses tsunamis, etc. Par contre, la capacité créatrice de l’humain dépasse tout ce que la nature est capable de faire. Qui pourrait prétendre que la nature est capable d’égaler les chefs-d’œuvre de l’art ou de la musique ?

Charles L. :

            Stéphanie, tu es géniale ! Je pense que tu viens de répondre magnifiquement à l’objection de Catherine.

Catherine T.-M. :

            Pas si vite. La nature n’a jamais égalé en horreur l’Holocauste, par exemple, qui a fait des millions de morts.

Charles L. :

            Oui, pourtant, puisque certaines maladies infectieuses comme la grippe espagnole ont fait encore plus de victimes.

Catherine T.-M. :

            Et tu pourrais, Charles, aussi bien citer le Sida, qui a fait plus de victimes encore. Mais toutes les maladies du monde ne pourront égaler en méchanceté celle des nazis. La violence de la nature est aveugle ; celle de l’être humain est méchante, sadique même.

Charles L. :

            L’être humain a évidemment le génie du mal tout comme du bien.

Stéphanie T. :

            Je soutiens encore que l’humain est au total meilleur que la nature. Les plus belles œuvres du génie humain ont été voulues pleinement. Par contre, on ne peut dire que les humains qui commettent des crimes le veulent vraiment. Je dirais que l’être humain qui fait du mal croit souvent au contraire faire du bien.

Catherine T.-M. :

            Je ne comprends pas ta dernière phrase, Stéphanie. Pourrais-tu t’expliquer ?

Stéphanie T. :

            Ce que je voulais dire est que l’humain qui décide de s’en prendre à quelqu’un d’autre est souvent convaincu que celui-ci l’a mérité. C’était typiquement le cas d’Hitler. Il croyait dur comme fer que les juifs méritaient d’être détruits. Par conséquent, il a fait du mal en croyant faire du bien 1.

(…)

Charles L. :

            Je reviens à mes questions de départ. L’humain a sûrement un grand potentiel d’œuvres. Comment pourrions-nous évaluer ce potentiel ?

Antoine Vaillancourt :

            Ta question n’a pas de sens, Charles. Comment évaluer l’infini ?

Charles L. :

            La question est de savoir, par exemple, si le potentiel humain est infini et, s’il ne l’est pas, quelle pourrait être la grandeur de son contenu.

La question de Charles débouche sur celle de la liberté humaine

Maude Blouin :

            J’ai lu tout ce qui précède, dans ce forum de discussion, et il me semble que le point de départ lui-même est vide de sens. Si on admet qu’un être humain est libre, alors il peut faire n’importe quoi. Je veux dire qu’il n’y a pas de limite.

Charles L. :

            D’accord, Maude, c’est d’abord un point à clarifier. Justement, l’humain est-il libre de faire n’importe quoi ou est-il limité d’une façon ou d’une autre ?

(…)

Gabriel Dumas-Murillo :

            Il est assez facile de répondre à ta dernière question, Charles. Il est évident que l’être humain est limité de plusieurs façons. Il est soumis aux lois de la physique (pesanteur, etc.) et il dépend de son génotype. Il est évident qu’il ne peut faire n’importe quoi.

Maude B. :

            Ce n’est vrai, Gabriel, que si on suppose que les théories de la physique ou du génotype (la génétique) sont valables. Un jour, l’être humain réussira peut-être à trouver d’autres théories. Il reste libre de le faire, non ?

Gabriel D.-M. :

            On voit bien que tu ne connais pas la science. Les lois de la pesanteur ou de la génétique ont été prouvées. Donc, l’être humain n’en trouvera pas d’autres meilleures.

Maude B. :

            J’ai lu (probablement dans un livre philosophique) que les théories scientifiques actuelles n’ont pas été complètement prouvées.

Charles L. :

            Je pense que tu as raison, Maude. Ces théories pourraient être remises en question. Cependant il demeure plutôt probable que des contraintes de type physique ou autre continuent de limiter l’être humain.        

Gabriel D.-M. :

            En fait, l’être humain est limité dans ses capacités par des contraintes génétiques. Par exemple, si l’humain peut apprendre à parler, cela découle de sa structure génétique, qui est différente de celles des autres animaux.

Charles L. :

            Il serait donc possible que le potentiel humain soit limité par les lois de la génétique.

Maude B. : 

            Je reviens à mon point. Comment l’être humain peut-il être limité par la génétique, une théorie qu’il a lui-même créée ? 

(…) 

Charles L. : 

            Après avoir réfléchi à ta question, Maude, je suis arrivé à ce qui me semble la meilleure réponse. On ne sait pas si les lois génétiques limitent vraiment l’humain puisqu’il pourrait un jour trouver une autre théorie qui expliquerait l’hérédité d’une autre façon. Cependant il est probable que la théorie génétique soit une théorie qui restera valable en partie. Ce que je veux dire est que, si un jour on arrive à trouver une meilleure théorie, on continuera à trouver que la génétique donnait déjà une certaine compréhension partielle des limites de l’être humain. 

Maude B. : 

            D’accord, Charles, mais nous ne le savons pas. Nous ne pouvons donc pas affirmer que l’être humain est limité. 

Charles L. : 

            Nous ne pouvons affirmer non plus que l’humain n’est pas limité. Il reste à voir ce qui est le plus probable. Là-dessus, je crois que le potentiel humain est limité mais qu’on ne sait pas encore exactement comment, qu’on a seulement des indications sur ce qui le limite.

      Faute de temps, la discussion s’est terminée ici.
 
1 Le lecteur qui s’intéresse à la question de la responsabilité des nazis sur le plan éthique devrait lire l’agora « La diabolisation des nazis ». Retour 1